Catastrophe aérienne de Charm el-Cheikh - La thèse de l'accident est toujours privilégiée

Le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères, Renaud Muselier, a lancé hier un bouquet de fleurs à la mer sur le site de l’écrasement du Boeing 737 de Flash Airlines, en mémoire des 135 touristes et 13 membres d’équipage disparus
Photo: Agence Reuters Le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères, Renaud Muselier, a lancé hier un bouquet de fleurs à la mer sur le site de l’écrasement du Boeing 737 de Flash Airlines, en mémoire des 135 touristes et 13 membres d’équipage disparus

Charm el-Cheikh — Les recherches ont repris hier pour repêcher les corps des 148 occupants du charter égyptien qui s'est abîmé la veille près de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, juste après son décollage pour Paris. Des informations de Suisse et d'Italie jettent un doute sur la fiabilité de la compagnie qui exploitait l'avion.

Sur la mer Rouge, les secouristes embarqués sur quarante navires civils et militaires, appuyés par des hélicoptères, n'ont retrouvé que des petits débris du Boeing-737 et une soixantaine de morceaux de corps humains dont l'identification sera difficile. Le vol FSH604 de la compagnie Flash Airlines transportait 135 touristes, dont 133 Français, une Marocaine et une Japonaise, et treize membres d'équipage égyptiens.

Un des membres de l'équipage était détenteur de la double nationalité canadienne et égyptienne, a confirmé une porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, Pamela Greenwell, dimanche. L'identité de l'homme n'a pas encore été révélée, la famille n'ayant pas été informée de son décès.

Quant aux recherches, elles seront compliquées par la profondeur de 800 m à laquelle reposerait le fuselage de l'appareil.

La France a annoncé l'envoi sur la zone de l'avion de patrouille maritime Bréguet et de la frégate Tourville. Le robot d'intervention Achille, spécialisé dans les recherches sous-marines, et un groupe de plongeurs en provenance de Djibouti doivent également aider les autorités égyptiennes à localiser l'épave ainsi que ses «boîtes noires» (l'enregistrement de données du vol) qui devraient permettre de déterminer les causes de la catastrophe.

Contrôles de sécurité

L'Égypte a affirmé que les contrôles de sécurité réalisés sur le Boeing avant son départ pour Paris n'avaient rien révélé d'anormal, mais selon l'Office fédéral suisse de l'aviation civile, la compagnie était interdite de vol dans le pays depuis fin 2002.

«Une série de défauts de sécurité ont été détectés sur un avion de Flash Airlines au cours d'un contrôle de sécurité de routine réalisé à l'aéroport de Zurich en octobre 2002», a expliqué Célestine Perissinotto, porte-parole de l'agence helvétique, qui a ajouté que le rapport suisse avait été transmis au Caire, sans suites.

Le ministre égyptien de l'Aviation civile Ahmed Chafiq a dénoncé des accusations «sans fondement». «S'ils ont des preuves, ils n'ont qu'à nous les transmettre», a-t-il déclaré. Le chef-pilote de Flash Airlines Hassan Mounir a nié tout problème technique, affirmant que l'interdiction de vol en Suisse était due à «un problème financier».

Le président du directoire du groupe FRAM, Georges Colson, dont 125 clients ont trouvé la mort dans l'accident, s'est déclaré «surpris» par cette interdiction de vol. L'avion était «normalement entretenu comme tous les appareils commerciaux qui transportent des voyageurs régulièrement», a-t-il dit.

Quant au ministre français des Transports Gilles de Robien, il a appelé à la «prudence extrême» devant cette information dont le ministère français n'avait selon lui pas connaissance. «On dit que ce serait plutôt pour des raisons économiques que cette compagnie ne survolerait pas la Suisse», a-t-il commenté sur Europe-1.

Hassan Mounir a en revanche confirmé qu'un des deux Boeing de Flash Airlines avait dû atterrir à Athènes, un moteur ayant pris feu alors qu'il ralliait Bologne en octobre 2002. Mais «c'est normal [...], il peut y avoir un incendie de moteur pendant un vol», a-t-il dit, assurant que les appareils étaient «très bien entretenus».

«Dire que l'avion était décrépi serait un compliment», a lancé un passager, Eugenio Gedda, interrogé par la télévision nationale italienne. Hassan Mounir n'a pas pu préciser si l'incendie concernait l'avion qui s'est écrasé samedi. L'autre Boeing 737 a effectué hier le transfert de touristes de France vers Le Caire, selon l'aéroport de la capitale.

Un accident

Malgré les menaces d'attentats terroristes qui ont conduit au renforcement de la sécurité dans le transport aérien, les autorités égyptiennes et françaises privilégient la thèse d'un accident dans la catastrophe de samedi.

Selon le secrétaire d'État au Transport Dominique Bussereau, «un problème au décollage» a forcé l'appareil à effectuer un demi-tour pour revenir sur la piste et «apparemment c'est pendant cette manoeuvre que l'accident s'est produit». Ahmed Chafiq a évoqué un problème mécanique, qui a entraîné la chute de l'avion de 1500 mètres en 17 secondes.

Des 148 personnes, les autorités égyptiennes estiment avoir retrouvé les restes de 11 à 13 corps, dans un état tel qu'il faudra recourir à des «moyens techniques et scientifiques» pour les identifier, a estimé le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Renaud Muselier.

Le ministère français des Affaires étrangères a précisé hier que toutes les familles des victimes françaises avaient été contactées. Le gouvernement leur a proposé de se rendre sur les lieux par un vol spécial qui devrait quitter la France «mercredi ou jeudi».

Des cérémonies d'hommage aux victimes ont été organisées hier au large de Charm el-Cheikh et à Paris. Des représentants égyptiens, français et japonais ont jeté trois couronnes de fleurs aux couleurs de leurs trois pays dans la mer Rouge, tandis que dans la soirée une messe était célébrée dans la cathédrale Notre-Dame.