OGM, traçabilité, étiquetage et inspection - La table est mise à Québec

Année du «singe de bois» pour les Chinois, 2004 devrait plutôt être au Québec l'année de la vache folle... mais aussi des organismes génétiquement modifiés (OGM), de la traçabilité et de l'inspection des aliments qui, au début du mois de février prochain, vont rythmer les discussions de la Commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation.

Les «nouveaux enjeux de la sécurité alimentaire au Québec» — c'est le titre donné à ce grand débat public — y seront en effet à l'honneur, histoire d'«examiner à tête reposée», explique la présidente de la commission, Fatima Houda-Pépin, les craintes des consommateurs et les appréhensions du milieu agricole devant les grandes questions alimentaires de l'heure. Une première au Québec, selon elle, qui devrait déboucher sur plusieurs recommandations visant à mettre les pendules à l'heure dans les campagnes et sur les tablettes d'épicerie.

L'exercice est attendu par les acteurs du milieu de la bouffe, qui prévoient se présenter nombreux au portillon pour faire entendre leurs points de vue sur l'innocuité des aliments, les systèmes de traçabilité et d'inspection des viandes ou encore sur la délicate question de l'étiquetage des produits qui, dans la mouvance des crises alimentaires d'ici et d'ailleurs, ont souvent tenu le haut du pavé dans la sphère publique.

De l'actualité toutefois, tout comme des chicanes entre le Canada et les États-Unis sur le cas d'une vache folle, la Commission n'en veut pas autour de la table, prévient Mme Houda-Pépin. «Ma préoccupation va au delà de ces sujets qui sont dans les médias pendant une semaine ou deux, dit-elle. Notre objectif est plutôt d'examiner en profondeur la question de la sécurité alimentaire de la ferme à la table. À tête reposée. Loin des allégeances politiques. Et dans un débat sérieux et transparent interpellant tous les maillons de la chaîne alimentaire: producteurs, intégrateurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs... »

La table est mise. Quant au menu, contenu dans un document de 63 pages, il a depuis le 12 décembre dernier été rendu public, histoire de susciter le dépôt de mémoires d'ici le 23 janvier prochain. Au programme: l'inspection des aliments, que la commission se propose de disséquer pour mesurer son efficacité dans le contexte tantôt fédéral et tantôt provincial qui caractérise la question au Québec, ou encore pour savoir s'il est en harmonie avec les risques associés aux aliments transgéniques. Des aliments que la commission se promet de passer au crible d'ailleurs, en ce qui concerne les effets sur la santé et sur l'environnement, mais aussi en ce qui concerne l'étiquetage.

Autre sujet à se mettre sous la dent: la traçabilité, actuellement réservée au Québec aux bovins — de la naissance à l'abattage seulement — mais que plusieurs aimeraient bien voir s'étendre jusqu'aux rayons réfrigérés des supermarchés et aussi à d'autres types d'élevage.

«Ce sont les trois thèmes centraux, précise Mme Houda-Pépin. Mais la Commission reste ouverte à toute autre question touchant la sécurité alimentaire.» Au grand bonheur des accros de la nutrition, qui au passage pourront, même si la chose n'est pas inscrite dans le menu, apporter avec eux leurs inquiétudes sur la surtransformation des aliments, sur l'obésité des enfants ou bien sur les gras trans — à l'origine, avec les graisses hydrogénées dont ils émanent, de maladies du coeur. Quant aux aficionados du bio, ils comptent également, prévient Robert Beauchemin, président de la Table filière biologique du Québec, demander au chef un repas spécial, faute de l'avoir vu sur la carte, composé d'ingrédients indigestes pour eux: une production certifiée désormais contaminée par des organismes génétiquement modifiés (OGM).

Multiforme, le débat doit avant tout être vu «comme un inventaire, un état des lieux de la situation qui prévaut au Québec, estime Laurent Pellerin, président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), dont l'organisme doit déposer lui aussi un mémoire devant les membres de la Commission. Quand il est question de la sécurité alimentaire, on se rend compte que le niveau de perception [de chacun de ces sujets] est assez irrégulier dans notre société. Je crois donc que cette rencontre permettra de mieux informer les gens et de favoriser le partage des points de vue sur les tendances, les idées ou les écoles de pensée de tous. L'exercice va sans doute influencer les comportements et enrichir le débat. Et si cela débouche sur des recommandations qui font l'unanimité, tant mieux.»

La présidente de la Commission le souhaite d'ailleurs. «Nous n'avons pas l'intention de chercher la petite bête à personne, dit-elle. On veut plutôt rassurer le consommateur sur ce qu'il mange, informer la population sur ces enjeux et, ultimement, proposer au gouvernement des pistes d'action.» Le bilan des travaux de cette commission doit être déposé en juin de cette nouvelle année au cabinet de la ministre. Après quoi, «nous allons certainement interpeller les autorités visées par les recommandations pour assurer le suivi», dit-elle.

Les groupes de pression qui animent le secteur alimentaire devraient également s'en charger, soit pour minimiser l'impact d'éventuelles décisions gouvernementales sur la santé de leurs finances ou encore pour exiger, comme plusieurs le font depuis l'arrivée des libéraux au pouvoir, que Québec tienne une promesse de taille faite pendant la campagne électorale: «développer une politique rendant obligatoire l'étiquetage de tous les aliments contenant des organismes génétiquement modifiés [OGM]», comme stipulé dans le programme du Parti libéral publié en janvier 2003. Une promesse qui risque de venir hanter à plusieurs reprises les 10 membres de la Commission en 2004, comme l'annoncent depuis quelques mois les pourfendeurs de transgènes.