Le ROME aligne les options pour éviter le PL20

La députée péquiste Diane Lamarre juge «inconcevable» que le ministre se «borne» à discuter de la version du projet de loi 20 avec la FMOQ sans consulter les autres acteurs impliqués dans l’administration des soins.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La députée péquiste Diane Lamarre juge «inconcevable» que le ministre se «borne» à discuter de la version du projet de loi 20 avec la FMOQ sans consulter les autres acteurs impliqués dans l’administration des soins.

Douze mesures concrètes pour l’accès aux soins. C’est ce qui ressort du sommet organisé ce week-end par le Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), où 300 professionnels de la santé et des citoyens se sont joints aux médecins pour trouver des solutions de rechange au projet de loi 20 et éviter, par le fait même, l’imposition de quotas de patients et de pénalités financières.

Révision du mode de rémunération des médecins, prolongation des heures d’ouverture des CLSC, création d’un organisme indépendant voué à l’accessibilité, autant de propositions efficaces et « non coercitives » que doit privilégier le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. C’est du moins ce qu’a avancé la présidente du ROME, Catherine Duong, alors que l’événement tirait à sa fin dimanche après-midi. « Les mesures sont basées sur une réflexion effectuée entre médecins, infirmières, pharmaciens, gestionnaires du réseau, etc. Nous dénonçons le manque de vision du gouvernement qui refuse de nous écouter », a déclaré la médecin.

Dans la déclaration commune qu’il a fait parvenir au ministre, le collectif suggère notamment d’accélérer la mise en place d’ordonnances collectives, afin de permettre aux infirmières et aux pharmaciens d’être plus proactifs. « Il est clair que tous les professionnels veulent un modèle d’accès aux soins qui mise sur l’interdisciplinarité et non pas qui s’attaque seulement aux médecins », a fait valoir la députée péquiste Diane Lamarre, qui a participé au sommet. L’ex-présidente de l’Ordre des pharmaciens juge « inconcevable » que le ministre se « borne » à discuter de la version du projet de loi 20 avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) sans consulter les autres acteurs impliqués dans l’administration des soins.

La FMOQ montrée du doigt

Questionné sur les propositions du ROME, le ministre Barrette a déclaré que plusieurs d’entre elles sont déjà en cours de mise en oeuvre. D’autres peuvent être implantées directement par les médecins, a-t-il même affirmé. « Ils peuvent déjà, demain, ouvrir leurs cliniques sept jours sur sept, durant 12 heures […] les heures d’ouverture des cliniques ne relèvent pas du [ministère] ! », a lancé Joanne Beauvais, l’attachée de presse du ministre. Quant au refus de discuter avec le ROME, elle répond que les médecins ont choisi d’être représentés par la FMOQ, « c’est donc avec cette organisation que nous discutons ».

Paul Lamarche, professeur au Département d’administration de la santé à l’Université de Montréal, se désole de l’attitude du gouvernement. « Ce n’est pas en punissant les médecins ni en ayant une attitude autoritaire que le ministre va rendre le réseau plus accessible », dénonce-t-il. Celui qui a été responsable de la réforme de la Santé sous Marc-Yvan Côté, au début des années 1990, craint que les recommandations du regroupement restent lettres mortes. « Le problème, c’est que la vision plus sociale de la médecine qui est véhiculée par ROME ne se retrouve pas à la FMOQ », dit-il. Une réflexion que partage le député de Québec solidaire, Amir Khadir, qui a aussi participé au sommet. « La FMOQ a un rôle à jouer dans les négociations, mais ça ne doit pas être la seule instance, il faut des États généraux, toutes les visions doivent être considérées », ajoute-t-il.

« Ces propos sont démagogues », a rétorqué le président de la FMOQ, Louis Godin, qui a affirmé que les membres de l’exécutif sont « élus et tout à fait représentatifs » des membres. Il estime que la vaste majorité des propositions soumises durant le sommet de ROME sont déjà mises en avant à la table des négociations. Par exemple, a-t-il poursuivi, la révision du mode de rémunération des médecins est en cours, et un nouveau modèle sera présenté dans les prochaines semaines.

Les 12 solutions proposées par le ROME

1. Implanter un modèle de soins interdisciplinaires.

2. Augmenter et donner priorité aux budgets pour le financement de la première ligne de soins.

3. Assurer des services médicaux 7 jours sur 7, 12 heures par jour.

4. Accélérer la mise en place des ordonnances collectives.

5. Abolir progressivement les activités médicales particulières (qui obligent à effectuer des heures à l’urgence ou en CLSC).

6. Favoriser la création d’un organisme indépendant non syndical, dont le mandat unique est l’amélioration de l’accessibilité aux soins de santé (ex.: le modèle GPSC de la Colombie-Britannique).

7. Revoir le mode de rémunération des différents professionnels de la santé pour ne plus se baser que sur les actes cliniques.

8. Organiser des États généraux sur la Santé avant de rédiger un nouveau projet de loi.

9. Mise en place d’une politique nationale favorisant le maintien à domicile des aînés.

10. Favoriser un ratio de 55 à 60% de médecins de famille/médecins spécialistes.

11. Réaliser le déploiement des dossiers médicaux électroniques.

12. Implanter systématiquement des coordonnateurs pivots pour des clientèles ciblées.