Le catholicisme a-t-il un avenir au Québec?

Alors que les églises se vident, le théologien Normand Provencher propose une réflexion sur une nouvelle pratique du catholicisme.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Alors que les églises se vident, le théologien Normand Provencher propose une réflexion sur une nouvelle pratique du catholicisme.

Au Québec, c’est une criante évidence, l’Église catholique est en déclin. Le taux de pratique dominicale est passé de 85 %, au début des années 1960, à plus ou moins 5 %, aujourd’hui. Selon un sondage CROP, réalisé pour l’émission Second Regard en 2013, moins de 60 % des Québécois se disent maintenant catholiques et la moitié d’entre eux avouent accorder peu ou pas d’importance à la religion. « L’Église d’ici, constate donc Normand Provencher dans Il n’est pas trop tard !, se fait plus discrète, fatiguée, vieillie, un peu triste, comme si elle était menacée de disparaître dans un avenir prochain. »

Membre des oblats de Marie Immaculée depuis 1964, le théologien, qui réfléchit sans faux-fuyants à l’avenir de l’Église d’ici depuis des années, est lucide, mais refuse le désespoir. « Nous ne sommes pas, écrit-il, en train de vivre les derniers jours du christianisme et de l’Évangile, nous vivons la fin d’une Église, liée étroitement à notre histoire, avec ses institutions variées, son clergé nombreux, son autorité incontestée. » Ce qui disparaît ici, en fait, c’est la « civilisation paroissiale ». Le choc, pour les catholiques engagés, est dur, mais il peut être l’occasion d’un retour, non pas à l’Église d’avant le concile Vatican II, mais à « la mentalité évangélique ».

De petites communautés

La fermeture des églises dépeuplées et le regroupement des communautés en quelques mégaparoisses ne sont pas, selon Provencher, les voies de l’avenir. Il serait préférable de préserver de petites communautés, selon le modèle latino-américain des communautés de base, par exemple, qui se réuniraient plus simplement autour de la parole de Dieu et qui pourraient même, comme le propose le jésuite Joseph Moingt, célébrer une forme d’eucharistie « domestique », sans la présence de prêtres.

La rareté de ces derniers, de toute façon, impose de revoir les façons de faire. Actuellement, les diocèses recourent aux prêtres d’Afrique et d’Amérique du Sud pour compenser la pénurie de vocations locales. Cela entraîne deux problèmes : on prive ainsi ces Églises d’ailleurs de leurs forces vives et on impose aux fidèles d’ici des pasteurs mal préparés « au ministère dans un environnement culturel et ecclésial si différent du leur ». Provencher propose donc de faire accéder à la prêtrise des laïcs, hommes et femmes, fortement engagés en Église et qui exercent déjà des fonctions de clercs.

Partisan du « passage d’une Église confiée uniquement à la hiérarchie à une Église prise en charge par tous ses membres », d’une Église plus spirituelle que doctrinale bien que nourrie d’une pensée théologique forte, Provencher, sans se faire d’illusions sur la capacité de l’institution à accepter et à opérer rapidement ces changements, rêve d’une Église plus libre, moins préoccupée de sa survie que des gens et de l’Évangile.

L’Église québécoise qu’imagine l’entreprenant théologien sera plus petite et plus pauvre que celle d’hier. Ses audaces n’iront pas sans égarements, mais la possibilité d’un renouveau, dit Provencher, est à ce prix. Il faut avoir la foi pour y croire.

Il n’est pas trop tard! Présent et avenir de l’Église d’ici

Normand Provencher, Novalis, Montréal, 2015, 108 pages


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11 commentaires
  • Michel Coron - Inscrit 27 avril 2015 01 h 51

    L'effondrerment de la Contre-Réforme.

    Il en aur fallu du temps pour que l'Église catholique en arrive à vouloir adopter certains principes énoncés par Luther: liberté de conscience, maiage des prêtres, choix des pasteurs parmi les fidèles, petites communautés, etc. En filigrane, c'est ce que propose M.Normand Provencher. En soi, les propos de l'auteur tel que rapporés ici soulèvent une question quelques peu escamotée, à savoir: la permanence d'une Église sainte, catholique et apostolique. Celleci est-elle possible sans la présence de prêtres ? Si tel est le cas c'est tout l'ordre hiérarchique de lÉglise qui est alors remis en cause. Il ne faut plus alors parler de catholicisme. Tel est bien la rason pour laquelle les prêtres sont plus importants dans nos églises que leur culture d'origine. Du point de vue de l'Èglise, ctte option est essentielle car ce qui importe, c'est l'aspect doctrinal qu'il s'agit de sauver. Évidemment, à quoi sert une dctrine sans fidèle ? Est-il préférable alors de rassembler des fidèles sans doctrine ? On peut être certain que la hiérarchie catholique ne bronchera pas. Elle compte sur une patience séculaire. Même avec 5% de fidèles.

  • Michel Thériault - Inscrit 27 avril 2015 06 h 50

    Le catholicisme a-t-il un avenir au Québec?

    J'espère que non. Pas plus que pour toutes les autres religions.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 avril 2015 09 h 56

      Je suis areligieux (enfin, je crois), mais je suis aussi pour la laïcité, ce qui implique l'acceptation du fait religieux privé.

  • Marc Lacroix - Abonné 27 avril 2015 07 h 07

    Réinventer la spiritualité !

    Pour les plus jeunes, l'Église ne représente pas grand-chose. Pour les plus vieux, quelques un lui sont restés fidèles, mais plusieurs aussi l'ont mise de côté. L'Église paie pour ses phantasmes de grandeurs des années passées, mais le Nazaréen a laissé une empreinte dont la nouvelle Église peut s'inspirer.

    Le Jésus historique était un contestataire, mais une Église ivre de puissance en a fait un empereur, malgré le fait que le Jésus en question n'hésitait pas à déranger les autorités religieuses juives de son temps. Une lecture des Évangiles nous permet de comprendre qu'un Jésus actuel aurait lui aussi des accrochages avec la bureaucratie ecclésiale actuelle. Le pape François — qui s'attaque à l'Empire — n'a pas la partie facile, car ceux qui rêvent de puissance ont de la poigne sur l'Institution.

    Je connais certains religieux, comme l'abbé Provencher qui cherchent à éveiller chez les catholiques l'envie de vivre les Évangiles, mais l'Église Institution, pour des raisons prétendument de tradition refusent encore de s'ouvrir aux femmes et aux laïcs qui voudraient faire plus.

    Pourtant, notre société est malade d'individualisme et de pseudo-productivité qui considèrent l'humanité comme une simple ressource, comme une réserve d'outils, qui servent à faire de l'argent et qu'on jette après usage. La raison économique et l'argent amènent l'humanité en esclavage, elles sont les idoles de notre monde contemporain. Je ne prétends pas que seule l'Église catholique est la voie du futur, car incontestablement, elle doit être rénovée, mais l'étiquette religieuse n'est pas si importante, nous devons apprendre à devenir — humains.

    À ceux qui rêvent d'une société plus humaine, je dirais impliquez-vous et n'hésitez pas à bousculer les conventions. L'abbé Gravel l'a fait, le pape François tente de le faire et plusieurs laïcs tentent actuellement de le faire; l'Institution n'a pas tous les droits sur les Évangiles !

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 avril 2015 04 h 47

      Bravo pour nous avoir exposé votre point de vue juste et éclairé ancré dans L'Histoire au lieu de sur la «croyance». Il est facile en le lisant qu'il n'y a pas eu grande évolution depuis le Nazaréen. Nous faisons face aujourd'hui aux mêmes problèmes que lui il y a maintenant passé 2000 ans. L'évolution humaine ? Des «abbé Gravel et des François» il y en avait dans ces temps-là aussi.

      Deux milles ans et pas un pas de fait !

      PL

  • François Dugal - Inscrit 27 avril 2015 07 h 35

    Moi aussi, j'ai quitté

    Moi aussi, j'ai quitté la pratique religieuse quand la musique jouée à l'église était d'un miévrerie désolante et les sermons un ramassis de bêtise.
    Cen'est pas parce qu'on a la foi qu'il nous prendre pour des cons.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 27 avril 2015 07 h 56

    En absence d'avenir, devons-nous alors, nous...

    ...attendre à sa fin ? Je me permets de poser la question sous un autre angle ? La spiritualité a-t-elle un avenir au Québec? En ces temps où est accordé à l'argent un statut de presque dieu, sorte d'inévitable et incontournable finalité où la «chosification» de l'Homme semble s'inscrire dans un pernicieux processus de déshumanisation ?
    Vous dire que je suis passé par là...
    À telle enseigne qu'une sage ex-employée rencontrée après ma libération du pénitencier de me dire, respectueuse et ferme: «Gaston, tu avais besoins de la prison pour t'humaniser...» Des propos qui en disent long, très long.
    En prison, avant de questionner, me questionner sur la religion, je me suis, au départ,demandé si j'avais besoins de spiritualité? Dans l'état où j'étais, spiritualité m'était incontournable. Sans spiritualité, je serais mort.
    Quant à l'existence «avenir» du catholicisme, celles et ceux qui en ressentent les ou le besoin.s, les ou le goût.s ont une réponse...non pas LA réponse.
    Je suis de celles et ceux ayant besoins et goûts de croire et le catholicisme, pour aujourd'hui, est le «véhicule» que j'ai choisi pour ce faire. Croire c'est aussi prendre un risque. Ce n'est pas pour moi «opium» alors que j'appartiens au «peuple».
    Sans prétention et j'espère...en humilité,
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 avril 2015 05 h 07

      M. Bourdages, certains (par manque de confiance personnelle peut-être) ont besoin de donner un «nom» venant de «l'extérieur» à ce qu'ils ont à «l'intérieur». Votre «spiritualité» vous appartiens; Gaston possède tout ce qu'il lui faut en dedans où il va chercher sa propre définition de lui-même. Ne reste qu'à peaufiner sa relation avec les autres. Et c'est un processus sans fin.

      Je comprends votre ajout «en humilité» pour paraitre moins menaçant, mais il n'est pas du tout «prétentieux» que d'être fier de soi-même. Ne vous laissez pas influencer pas les insécurs. Un homme qui s’est redressé lui-même à plus de valeur qu’un autre qui s’imagine être plus juste que son voisin. Ne confondez plus «être humble» et «être courtois»; le premier vous diminue, le second vous grandit.

      Bonne journée.

      PL