Vigile pour des morts sans voix

Les jeunes ont entonné «We Are the World», de Michael Jackson.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les jeunes ont entonné «We Are the World», de Michael Jackson.

Indignés par le manque de visibilité médiatique de l’attentat ayant fait 148 morts à l’Université de Garissa, au Kenya, des étudiants de l’Université de Montréal (UdeM) ont organisé un rassemblement en mémoire des victimes.

Ils étaient près de 200 à s’être réunis au parc Jean-Brillant, à quelques pas de l’UdeM, dimanche soir. À la lumière des bougies ils ont chanté en coeur We Are the Wold de Michael Jackson, afin de témoigner leur soutien aux familles des étudiants tués par des islamistes somaliens shebab, le 2 avril dernier.

Brian Dushime, étudiant en économie et politique à l’UdeM, a vécu et étudié pendant trois ans au Kenya. « J’y ai vécu, j’étais moi-même étudiant au secondaire à Nairobi. Je ne comprends pas qu’une chose pareille soit arrivée. Je suis triste de voir qu’on peut s’attaquer à une université, à un lieu d’enseignement. Nous nous devions de rendre hommage aux victimes, nous devions créer cet événement », explique-t-il.

Charlie et cie

 

L’étudiant s’est dit surtout choqué par le manque de couverture médiatique du drame. « La mort des 12 journalistes de Charlie Hebdo a fait les gros titres pendant plus d’une semaine, on en a fait des dossiers spéciaux, on en parlait partout. Les gens se sont mobilisés à travers le monde en criant “Je suis Charlie”. Et là, on se retrouve avec 148 morts au Kenya, essentiellement des étudiants, il faut le rappeler, et presque rien là-dessus dans les médias », se désole-t-il. Il ajoute avoir été davantage renseigné sur l’ampleur du massacre par les réseaux sociaux, tels que Twitter et Facebook, que par les médias traditionnels.

Guy-Serge Luboya, originaire du Congo, partage cette opinion. « Sans rentrer dans une comptabilité macabre, je me demande pourquoi le Kenya n’a pas eu la même couverture médiatique que Charlie Hebdo. Je crois qu’aujourd’hui on banalise malheureusement la mort des Africains pour la simple et triste raison que c’est devenu quelque chose de commun. Avec la quantité de problèmes que connaît l’Afrique, les guerres et les attaques en tout genre, le monde entier commence à considérer ça comme un fait divers. »

Les deux Montréalais ne rejettent pas la faute uniquement sur les médias et montrent également du doigt le manque d’action des représentants politiques. Brian Dushime s’offusque notamment de voir que des présidents du monde entier et même d’Afrique n’ont pas hésité à marcher dans les rues de Paris en l’honneur des victimes de Charlie Hebdo, mais qu’aucun d’entre eux n’a daigné se rendre au Kenya. « La plupart n’ont même pas fait d’annonce officielle, rien. Pourquoi ? Ils n’en valent pas la peine ? »

Un climat de peur

 

Dix jours après le massacre à l’Université de Garissa, le Kenya a connu un nouveau drame. Un étudiant a été tué dimanche, et 150 autres blessés dans une explosion accidentelle d’un câble électrique. Pensant être victimes d’une nouvelle attaque islamiste, des étudiants du campus Kikuyu de l’Université de Nairobi, sont entrés dans un état de panique, menant certains à se jeter par les fenêtres de leur chambre, certains du cinquième étage, a expliqué à l’Agence France-Presse le professeur Peter Mbithi.

« C’était un simple câble électrique, c’est fou ! Ça montre le climat actuel au Kenya. Un climat de peur, de terreur et de panique dans lequel vivent les étudiants en ce moment. Ce n’est pas normal ! Quand aller à l’école devient un danger de mort, c’est inquiétant et injuste. »

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