Haro sur les armes de contrôle des foules

Maxence L. Valade (à gauche), du collectif Armes à l’oeil, a perdu son oeil gauche lors de l’émeute du 4 mai 2012 à Victoriaville.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Maxence L. Valade (à gauche), du collectif Armes à l’oeil, a perdu son oeil gauche lors de l’émeute du 4 mai 2012 à Victoriaville.

Répression politique et brutalité policière : ce condensé explosif exprimé si tôt en ce début de printemps 2015, après quelques manifestations à peine, inquiète un collectif d’une trentaine de groupes venus demander mercredi que cesse immédiatement le recours aux armes de contrôle de foule.

Première à prendre le micro sur une tribune occupée par une dizaine de porte-voix, Nicole Filion, de la Ligue des droits et libertés, a d’emblée rappelé le triste souvenir de Naomi Trudeau-Tremblay, cette jeune fille de 18 ans brûlée jeudi dernier au visage par un policier du SPVQ et son lance-gaz lacrymogène. « Nous avons tous été saisis par une telle brutalité policière », a-t-elle rappelé, soulignant surtout qu’à côté de cette jeune manifestante vite devenue symbole, d’autres blessés commencent à garnir une triste liste.

Les 34 groupes en ont aussi contre le « traitement différentiel » que subissent certains manifestants — les étudiants, pour ne pas les nommer —, ciblés « non pas pour ce qu’ils font mais pour ce qu’ils sont et ce qu’ils pensent », a déploré Céline Belleau, de l’Observatoire sur les profilages. « Le profilage politique fait partie intégrante des pratiques policières. Il est temps que les instances politiques reconnaissent qu’elles font du profilage politique. »

Le collectif condamne les appels à la tolérance zéro lancés très tôt en début de mouvement — par le maire Régis Labeaume, par la mairesse d’arrondissement Anie Samson, par le ministre de l’Éducation François Blais, par l’administration de l’UQAM. « L’austérité que nous vivons augmente les inégalités sociales, et c’est compréhensible qu’il y ait une colère qui s’exprime », a dit Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec. « Le gouvernement est responsable de la violence qu’il inflige à la population et il est juste normal que celle-ci réagisse. »

Pour Camille Godbout, porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), l’augmentation « claire » de la violence policière dans les manifestations vient tenter d’étouffer « le droit à la dissidence et un droit fondamental, comme celui à la liberté d’expression, que ne font qu’exprimer les étudiantes et étudiants dans la rue », a-t-elle ajouté.

En réaction à des politiques d’austérité contre lesquelles ils en ont, les étudiants prennent la rue « pour se faire entendre, et ce à quoi on fait face ce sont les matraques, les coups de bouclier au visage et les arrestations de masse », a expliqué Fannie Poirier, des comités Printemps étudiant 2015. « On aura choisi de museler une jeunesse qui tente de se faire entendre. »

 

Arrestations de masse

Du collectif Armes à l’oeil, l’étudiant de l’UQAM Maxence L. Valade est venu marteler son message, dont il a fait une cause juridique en poursuivant la Sûreté du Québec pour une blessure reçue au visage avec un fusil de type ARWEN lui ayant causé la perte d’un oeil en mai 2012.

« On parle d’armes à létalité réduite, mais en réalité, il faut le rappeler, elles peuvent causer la mort », a-t-il exposé, en insistant sur la nécessité d’abolir ces armes. Devant lui, sur la table, étaient disposée une série de projectiles apparemment utilisés par les corps policiers lors des manifestations.

Interrogée par les journalistes sur l’apparente accalmie des derniers jours, où les manifestations de soirée se sont déroulées sans remous, Nicole Filion a rectifié le tir. « Il y a plus de tolérance ? Sur les dix manifestations, on en compte cinq où il y a eu des arrestations de masse. C’est quand même la moitié ! »

Quant à l’itinéraire de la manifestation, fourni par certains, pas fourni par d’autres, plusieurs porte-parole ont rappelé que ce « geste politique » de refus d’un « encadrement policier » en donnant le tracé d’une manif a été toléré et accepté pendant de nombreuses années avant de devenir, à la faveur du conflit de 2012, le coeur des disputes entre les pro et les antimanifs. « J’aimerais rappeler que l’organisation dont je fais partie depuis des années n’a jamais fourni un itinéraire aux policiers », a expliqué François Saillant, du FRAPRU, sourire en coin.

Cette répression venue en début de mouvement n’étouffera pas le mouvement social, croient les organisations présentes mercredi, dont plusieurs seront de cette manif appelée ce jeudi par l’ASSÉ à Montréal. « Cette répression vise à décourager l’ensemble des groupes, selon Alexa Conradi. Mais nous disons non à l’intimidation. »