Le souci des pauvres de Mgr Paul Lortie

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier depuis trois ans, a été élu président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec en mars dernier.
Photo: Diocèse de Mont-Laurier Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier depuis trois ans, a été élu président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec en mars dernier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion

Pauvreté, corruption et recherche du bonheur en ce temps de Pâques sont autant de sujets que Le Devoir a abordés en compagnie de Mgr Paul Lortie, le tout nouveau président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. Rencontre avec un homme d’Église qui n’a que de bons mots pour le pape François.

Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier depuis trois ans, a été élu président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec en mars dernier, succédant ainsi à Mgr Pierre-André Fournier, décédé au début de l’année. Cet homme d’Église est né à Beauport. Il a effectué ses études classiques au Séminaire du Sacré-Coeur, à Saint-Victor de Beauce, ainsi que des études théologiques au Grand Séminaire de Québec. Toujours selon les notes biographiques, il a été ordonné prêtre le 16 mai 1970 pour l’archidiocèse de Québec. Mgr Lortie a été nommé au Séminaire du Sacré-Coeur, où il a servi jusqu’en 1972, pour ensuite aller poursuivre d’autres études à l’Institut de catéchèse de Paris, notamment. À partir de 1976, il travailla principalement dans le domaine de l’éducation, d’abord pour l’archidiocèse de Québec et ensuite pour l’Assemblée des évêques catholiques du Québec dans les années 1980. « Vous savez, j’ai surtout travaillé en éducation. J’ai enseigné les mathématiques et l’éducation physique. Mon parcours [au sein de l’Église], je l’ai aimé et j’ai toujours été heureux dans ce que j’ai fait », dit-il.

Le souci des pauvres

Au moment où il a été élu à la tête de l’Assemblée, Mgr Lortie a tenu à dire qu’il servira « en s’inspirant du grand héritage de foi et du souci des pauvres qu’a toujours eu Mgr Fournier », son prédécesseur. Et qui dit pauvreté, aujourd’hui au sein de l’Église catholique, renvoie automatiquement au pape François. « Il nous montre l’importance de développer une rencontre, une relation avec le Christ toujours plus riche, toujours plus féconde, plus manifeste. Le pape François, surtout à cause de sa simplicité, de sa pauvreté, nous fait découvrir que l’unique richesse de l’Église, c’est le Christ. C’est un pape qui est remarquable », estime Mgr Lortie, qui rappelle que le pape a écrit dix conseils pour être heureux. C’est-à-dire ? « Par exemple, vivre et laisser vivre, se donner aux autres, jouer avec les enfants, passer les dimanches en famille, aider les jeunes adultes à trouver un emploi, oublier rapidement le négatif, rechercher activement la paix… », décline Mgr Lortie, qui a aussi abordé la question de la corruption qui mine nos sociétés.

En attendant… Charbonneau

Justement, le Conseil Église et société, de l’AECQ, a récemment produit un document intitulé Dans l’attente du rapport de la Commission Charbonneau : réflexion sur la corruption. Phénomène vieux comme le monde, la corruption, ce « cancer qui ronge le corps social », rappellent les auteurs, « est la perversion d’un geste qu’on rencontre dans toutes les cultures. Un geste qui renforce et nourrit le lien social ». Ce geste est le « don », lit-on plus loin. Or comment faut-il accueillir les recommandations tant attendues de la juge France Charbonneau ? La conclusion du document de l’AECQ aborde la question. « La pire façon de les recevoir serait de considérer comme dorénavant réglé le problème de la corruption et de tourner la page. Quels que soient les règlements et les lois qui pourront être édictés, la corruption restera toujours une menace pour le tissu social et une tentation pour chacun d’entre nous. C’est pourquoi l’indignation que nous ressentons vis-à-vis certaines pratiques corruptrices doit stimuler notre sens des responsabilités et éclairer nos propres comportements. »

En entrevue, Mgr Paul Lortie fait part de sa pensée sur cet enjeu sociétal. « On voit bien que la corruption, c’est comme un cancer qui mine nos relations humaines, que ce soit en affaires ou en politique. Le danger actuellement qu’on remarque dans notre société, ici comme ailleurs, c’est que, quand on ne fait pas référence à la présence de Dieu dans notre vie, la norme première devient le “ moi ”. Et, donc, quand on est uniquement centré sur soi-même, on risque d’oublier les autres et on oublie Dieu. Alors, la corruption est un bel exemple démontrant que le fait de n’avoir aucun autre repère que soi-même nous limite parfois et nous conduit à des dérives importantes. » Selon lui, il y a des « attitudes intérieures » qui alimentent la corruption. Comme ? « Pensons seulement à l’esprit de consommation. Beaucoup de foyers ont deux ou trois téléviseurs. Pourquoi alors ne pourrait-on pas s’entendre pour que, à tour de rôle, quelqu’un puisse choisir l’émission qui lui est appropriée, au lieu de se munir de plusieurs téléviseurs ? », suggère Mgr Lortie.

Le bonheur

Monseigneur, avez-vous un message à livrer pour Pâques ? « Ce qu’on cherche partout sur la Terre actuellement, c’est le bonheur. Il y a tant de milieux qui sont brisés par les guerres. Et le message que propose l’Évangile est celui du Christ, c’est un message de paix. Celui qui rencontre le Christ, sa vie n’est plus la même. Les premiers mots que le Christ a eus à l’égard de ceux qui ont été témoins de sa résurrection ont été les suivants : “ Paix à vous ”. Et, en ce jour de Pâques, c’est ce qu’il veut nous donner : une paix éternelle, une paix profonde qui peut combler les plus grandes soifs, les plus grands désirs du coeur humain. C’est vraiment extraordinaire. »