Les militants contre l’islamisation se dérobent

Les manifestants contre l’islamisation ont échangé quelques slogans et insultes avec les contre-manifestants issus de groupes de gauche.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les manifestants contre l’islamisation ont échangé quelques slogans et insultes avec les contre-manifestants issus de groupes de gauche.

Les organisateurs de deux manifestations contre l’islamisation ont eu peu de succès ce week-end à Montréal.

Moins d’une vingtaine de personnes se sont réunies aux abords du Collège de Maisonneuve dimanche pour protester contre l’utilisation de locaux du cégep par Adil Charkaoui pour des cours sur le Coran. Outre une vingtaine de policiers, les protestataires ont trouvé devant eux deux à trois fois plus de contre-manifestants accusant les autres de racisme et répondant notamment à un appel lancé par l’association étudiante. Les uns et les autres se sont échangé des slogans et quelques insultes pendant un peu moins d’une heure avant de repartir chacun de leur côté.

Deux manifestants anti-islamiques ont dû être emmenés à l’écart par les policiers après qu’ils eurent essayé de s’en prendre à leurs adversaires, sans grand dommage. L’un d’eux pourrait faire l’objet d’accusations de voies de fait, a indiqué le Service de police de la Ville de Montréal.

Organisé par un mouvement appelé le Collectif Pro-Charte, la manifestation faisait suite à la suspension temporaire par le collège, puis à la reprise des cours d’Adil Charkaoui après qu’on lui eut reproché d’envoyer ses élèves sur un site Internet contenant entre autres des ouvrages faisant la promotion du djihad et qu’on eut révélé que des étudiants du collège se seraient envolés pour faire la guerre en Syrie.

Pegida bat en retraite

 

Le plus grand non-événement s’est toutefois produit la veille, alors que le groupe antimusulman Pegida Québec a annulé à la dernière minute la manifestation contre « l’islamisation » du Québec qu’il avait prévue au coeur du petit Maghreb montréalais. « PEGIDA Québec à due annulé sa marche pacifique Sûr le conseille des Policiers trop de fou d’allah présent sûr place [sic]», ont-ils expliqué dans leur page Facebook. Ce n’est que partie remise, y a-t-on cependant prévenu en prévoyant tout de suite une autre manifestation au même endroit, samedi prochain, « à l’heure de leur prière ».

Les groupes de gauche qui en avaient appelé à une contre-manifestation ont rassemblé, quant à eux, quelques centaines de personnes d’humeur joyeuse qui ont brandi des bannières et des ballons pour protester contre ce qu’ils ont qualifié d’ordre du jour raciste de Pegida. Ils ont été rejoints plus tard par les participants à une autre manifestation plus grande contre les politiques d’austérité. Bien que considérée comme illégale par les policiers, la contre-manifestation n’a donné lieu à aucune arrestation et à aucun constat d’infraction, ont-ils signalé.

Inspiré d’un mouvement du même nom né en Allemagne à l’automne, Pegida (pour Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident) s’est attiré bien des critiques la semaine dernière. Sous l’impulsion de Québec solidaire, l’Assemblée nationale a adopté mardi une motion unanime dans laquelle les parlementaires manifestaient leur « profonde préoccupation » et invitaient la population « à se détourner d’idées contraires à des valeurs bien implantées au Québec ».

Désarroi

 

De tous âges, les quelques personnes venues manifester devant le collège de Maisonneuve contre les cours d’Adil Charkaoui défendaient différentes positions. Pour certains, les musulmans sont tous à mettre dans le même sac et devraient « retourner chez eux ». D’autres avaient des opinions moins tranchées. « Je sens beaucoup de désarroi dans la population devant l’érosion des valeurs de laïcité », a expliqué une jeune retraitée tenant une affiche la présentant comme une : « Antifasciste contre l’intégrisme ».



À voir en vidéo