Une loi jugée discriminatoire envers les gais en Indiana

Samedi, à Indianapolis, le jeune Jackson Blanchard, 18 ans, a tenu un discours devant des milliers de personnes rassemblées pour s’opposer au projet de loi.
Photo: Doug McSchooler Associated Press Samedi, à Indianapolis, le jeune Jackson Blanchard, 18 ans, a tenu un discours devant des milliers de personnes rassemblées pour s’opposer au projet de loi.

Washington — Une loi sur la liberté de religion dans l’Indiana (nord), qui pourrait selon ses détracteurs permettre aux entreprises de refuser des clients homosexuels au nom de leurs croyances, a provoqué la colère des associations de défense des gais et lesbiennes.

Le gouverneur républicain de l’État, Mike Pence, a ratifié la loi jeudi lors d’une cérémonie à huis clos à laquelle participaient des religieuses catholiques, des juifs orthodoxes et des groupes conservateurs.

« C’est extrêmement important de protéger la liberté religieuse dans l’Indiana », a fait valoir le gouverneur dans un communiqué. « C’était donc important d’adopter cette loi […] pour protéger les églises, les entreprises et les personnes chrétiennes de ceux qui veulent les punir à cause de leurs croyances bibliques ! », a-t-il ajouté.

Il affirme avoir promulgué cette loi, car « de nombreuses personnes ayant la foi ont le sentiment que leur liberté religieuse est attaquée par le gouvernement ».

Quelque 18 autres États ont adopté une telle loi qui s’inspire d’une loi fédérale votée en 1993 sous Bill Clinton, le Religious Freedom Restoration Act, qui rend illégal « d’entraver substantiellement » la liberté religieuse d’un individu.

Vers la discrimination

La loi, qui prendra effet le 1er juillet, ne fait pas mention des homosexuels et M. Pence affirme que si la loi était discriminatoire, il ne l’aurait jamais signée. Mais les militants de la cause homosexuelle assurent qu’elle permet aux entreprises de l’Indiana de refuser des clients homosexuels au nom de leurs croyances religieuses.

« Ils disent en substance que, si votre religion le dit, c’est possible de discriminer des gens », a expliqué Sarah Warbelow, directrice juridique de la Human Rights Campaign, plus grande association américaine de défense des droits homosexuels.

Selon l’association de défense des droits ACLU, cette loi est une « réaction » à l’échec d’un autre texte l’an dernier qui voulait interdire le mariage homosexuel et l’inscrire dans la constitution de l’État.

« Cela porte tort à notre réputation d’État accueillant, ouvert à tous, et cela rompt, par la discrimination, l’équilibre entre la liberté de religion des individus et la liberté des autres », estime l’ACLU de l’Indiana dans un communiqué.

Le patron d’Apple, Tim Cook a exprimé son « profond mécontentement » sur Twitter et a appelé le gouverneur de l’Arkansas Asa Hutchinson à poser son veto à une loi similaire en préparation.

Le groupe d’informatique dématérialisée Salesforce envisage de repenser ses investissements dans l’Indiana. La grande conférence de jeux Gen Con a menacé d’organiser sa convention ailleurs. Et la puissante association sportive NCAA (National Collegiate Athletic Association), qui accueille la finale de basket des étudiants américains à Indianapolis la semaine prochaine, a dit être « particulièrement inquiète ».