La réhabilitation, oui, mais des peines sévères d’abord

Pour l’instant, la majorité des agresseurs écroués sont libérés après avoir purgé le sixième de leur peine, soit après quelques mois.
Photo: Thinkstock Pour l’instant, la majorité des agresseurs écroués sont libérés après avoir purgé le sixième de leur peine, soit après quelques mois.

«Je crois à la réhabilitation des agresseurs sexuels s’il y a une réelle prise en charge, mais ça ne doit être qu’une mesure parmi tant d’autres pour prévenir la récidive », martèle le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu. Depuis le meurtre de sa fille, Julie Surprenant, tuée en 2002 par un agresseur récidiviste, le sénateur porte le flambeau de la défense des victimes d’actes criminels.

Après en avoir fait une croisade personnelle, il a porté sa cause sur le terrain politique et s’est rallié au gouvernement Harper pour prôner des réformes aux lois criminelles et aux services offerts aux victimes.

Selon le sénateur Boisvenu, les statistiques jouent aujourd’hui en défaveur de ceux qui prônent une approche centrée sur la seule réhabilitation des individus.

Car les agressions sexuelles, qui comptent pour seulement 5 % des actes criminels commis, sont en réelle progression et perpétrées par des criminels de plus en plus jeunes, dit-il. « À Montréal seulement, on a recensé une augmentation des agressions commises par le biais d’Internet. On ne parle plus de vieux pervers, mais d’agresseurs sexuels de plus en plus jeunes, à cause de l’influence de l’Internet », plaide le sénateur, dont le gouvernement prône d’ailleurs la méthode dure à l’égard des récidivistes.

La pointe de l’iceberg

Le gouvernement Harper entend notamment couper, le 1er avril prochain, les vivres aux organismes communautaires qui accompagnent et soutiennent les délinquants sexuels à leur sortie de prison.

Pour le sénateur, miser sur la seule réhabilitation revient à centrer l’action sur la pointe de l’iceberg, puisque seulement une victime sur dix dénonce son agresseur et que la moitié abandonnera les procédures judiciaires en cours de route.

Au bout du compte, seulement 2,5 % des agresseurs finiront par être jugés et condamnés. « Les procès sont très longs et les sentences, souvent très légères. Je crois que le problème réside plutôt dans le fait que les sentences trop courtes font que les agresseurs aboutissent en prison plutôt qu’au pénitencier. Or, il y a peu ou pas d’encadrement et de thérapie réelle dans les prisons. À mon avis, l’incarcération ne sert à rien si on relâche un agresseur après six mois sans thérapie », estime M. Boisvenu.

Or, pour l’instant, la majorité des agresseurs écroués sont libérés après avoir purgé le sixième de leur peine, soit après quelques mois. En prison, seulement 15 % d’entre eux acceptent de se soumettre à des thérapies de réhabilitation.

« Le message qu’on leur lance, c’est que ce n’est pas très grave », ajoute-t-il, citant l’exemple d’Hugo Bernier qui a écopé de 18 mois après sa troisième agression, mais n’a purgé que trois mois de sa peine avant d’être libéré et d’agresser Julie Surprenant. « S’il avait eu une sentence plus lourde, peut-être aurait-il eu une chance de suivre une réelle thérapie et le temps de régler ses problèmes de violence et de consommation ? »

Libéré, puis surveillé ?

Plus que le resserrement des sentences, le sénateur milite aussi en faveur de mécanismes de contrôle sérieux pour les prédateurs sexuels jugés dangereux, après leur libération. Il défend l’adoption d’un registre national public des délinquants sexuels — un projet cher au gouvernement Harper — et du port du bracelet électronique. « Il faut travailler au-delà de la réhabilitation. Il faut miser sur tous les moyens disponibles pour prévenir les récidives. »

L’idée d’un registre, une mesure musclée dénoncée par de nombreux défenseurs des droits individuels, devrait ne s’appliquer qu’à 15 % des ex-détenus pour des crimes sexuels et garder un caractère non nominatif.

« Aux États-Unis, l’adresse et le numéro de téléphone des délinquants figurent au registre, ce qui ne serait pas le cas ici. La Cour suprême a confirmé que de rendre publiques des informations non nominatives ne contrevenait pas à la Charte des droits », insiste le sénateur.

D’ailleurs, toutes les provinces, sauf le Québec, se sont déjà dotées d’un registre public des délinquants sexuels, sans que cela mène au harcèlement d’ex-délinquants, dit-il. La banque des prédateurs sexuels existe au Canada depuis 2004, et depuis 2006, l’Ontario a même choisi d’y ajouter les photos des agresseurs sortis de prison.

« Ça n’a pas donné lieu à des vendettas, mais plutôt aidé à arrêter des personnes qui avaient brisé leurs conditions de libération. En Ontario, on prévient, alors qu’au Québec, on attend la récidive pour agir », déplore-t-il.

D’autres voix s’élèvent aussi contre la réhabilitation brandie comme seul moyen de prévention. Le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) estime que la réhabilitation contribue à perpétuer la notion que l’agression sexuelle est d’abord « une maladie » et un problème personnel, et non un problème social.

« On pense que les agresseurs doivent d’abord être sensibilisés à l’abus de pouvoir. En ramenant cela à un problème personnel, on balaie les problèmes sociaux que sont l’hypersexualisation et la banalisation de la violence. Si on veut sensibiliser les jeunes dans les écoles, il faut se défaire de cette perception », estime Nathalie Duhamel, porte-parole du RQCALACS.

L’omniprésence de la pornographie sur Internet et l’abandon de l’éducation sexuelle dans les écoles « contribuent à créer un grand vide qui fait que les jeunes s’éduquent où et comme ils peuvent », dit-elle.

Plutôt que d’investir dans des thérapies personnelles, le regroupement juge que le gouvernement devrait s’attaquer à ce problème plus profond par de vastes campagnes publiques de sensibilisation et de prévention, comme cela a été fait pour la violence conjugale ou l’alcool au volant. « Pourquoi ne ferait-on pas le même effort sur la question des agressions sexuelles ? », soulève Mme Duhamel.

Même s’ils portent la cause des victimes, les CALACS s’opposent à l’idée d’un registre, un outil qui met l’accent sur les seuls condamnés, alors que la vaste majorité des agresseurs courent toujours au large sans être inquiétés.

Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu porte le flambeau de la défense des victimes d’actes criminels: «Je crois à la réhabilitation des agresseurs sexuels s’il y a une réelle prise en charge, mais ça ne doit être qu’une mesure parmi tant d’autres pour prévenir la récidive.»
1 commentaire
  • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 mars 2015 10 h 47

    Harper... Quelle plaie!*

    Alors, quelle alliance que Boisvenu et le premier ministre!

    "Le gouvernement Harper entend notamment couper, le 1er avril prochain, les vivres aux organismes communautaires qui accompagnent et soutiennent les délinquants sexuels à leur sortie de prison." Mais quelle imbécilité! Tant qu'à y être pourquoi ne pas faire la même chose avec les patients qui sortent des hôpitaux et nécessitent soins et médicaments? l'État économiserait beaucoup!- non? On pourrait me dire que ce n'est pas la même chose, que les premiers sont des délinquants, des criminels, alors que les seconds sont de malheureuses victimes. Mais personne ne choisi sa vie, personne ne nait pédophile, voire incestueux-se, pas davantage que diabétique, tout ça s'acquière.

    D'ailleurs, ceux qui comme moi on lu l'excellent reportage écrit de Mme Lisa-Marie Gervais hier l'auront très bien compris, mais à l'évidence ils sont très peu nombreux, hélas... En ira-t-il de même ici?

    Pour finir, on parle ici à raison du fait que les agresseurs sexuels sont de plus en plus jeunes (il en va de même des "pimps" où l'on retrouve maintenant aussi des femmes en fait des jeunes filles) et pour ce qui est de l'internet celui ci est incontrôlable et pire encore peu de gens dénoncent alors qu'ils le pourraient: une amie de jadis me dit un jour qu'un homme lui avait envoyé de la pornographie juvénile. Je lui ai démandé si elle l'avait dénoncé et elle m'a répondu que non, elle ne ferait pas ça. Et pourtant, elle même avait été victime d'un abuseur qui lui a finalement gâché sa vie d'adulte et de famille, d'une génération à l'autre, c'est ben pour dire... Quelle tristesse!


    * Avant l'arrivée du Bloc je n'avais jamais voté au fédéral, et à l'automne précédent sa débarque, je le quittais définitivement et ne votai plus de nouveau. Mais cette fois ci je vais voter, que ce soit pour Mulcair, Trudeau le Bloc ou un rat, Tout pour ne pas qu'il passe!