L’aide sociale ou l’itinérance

Robert Brunet, prestataire, dénonce la mesure qui le forcerait à déclarer un deuxième colocataire.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Robert Brunet, prestataire, dénonce la mesure qui le forcerait à déclarer un deuxième colocataire.

« Les changements au programme d’aide sociale annoncés par le gouvernement du Québec entraîneront de l’itinérance », craint Robert Brunet, 65 ans, lui-même prestataire. Ce dernier s’est joint au cri du coeur de huit organisations, lundi matin.

À l’occasion de la dernière journée de dépôt de mémoires sur le projet gouvernemental, sept organisations membres du Collectif pour un Québec sans pauvreté et le Front commun des personnes assistées sociales du Québec ont exigé une fois de plus que le nouveau ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, abandonne le projet de modification du règlement sur l’aide aux personnes et aux familles, annoncé par son prédécesseur, François Blais le 28 janvier dernier.

« Les coupes annoncées appauvrirontdes personnes qui se trouvent en bas de l’échelle », dénoncent-ils. Ils demandent plutôt une bonification des prestations.

Accès au logement

Avec les nouvelles intentions gouvernementales, un prestataire devra notamment déclarer les revenus qu’il obtient à compter de la deuxième chambre louée, plutôt que la troisième, et ce, dès le 1er juillet.

Cette mesure inquiète particulièrement Robert Brunet, qui a pris la parole lors de la conférence de presse des différents groupes sociaux. « Lorsqu’on est sur l’aide sociale, il est déjà très difficile de se loger. Prenez un prestataire qui détient le bail d’un cinq et demi. Le nouveau règlement ne lui permettra de sous-louer qu’une chambre. Il n’arrivera plus à payer son loyer. Les quatre et demi et les logements pour une personne ne sont pas une solution, puisqu’ils sont trop dispendieux. »

M. Brunet a vécu cette « difficile recherche de logement » à la suite d’un épuisement professionnel qui l’a forcé à quitter son emploi et qui a été suivi d’une recherche de travail infructueuse. Il a d’abord fréquenté des refuges pour sans-abri, puis a trouvé un logement de deux pièces et demi, qui lui coûtait 80 % de ses prestations. « J’allais encore manger à la Maison du Père, en échange de bénévolat, pour arriver », raconte-t-il. La solution pour lui a été de trouver un logement social, « une denrée rare », précise-t-il.

Sam Hamad a refusé d’indiquer s’il était ouvert ou non à changer les propositions de son gouvernement, qui visent à « assurer une plus grande équité entre les prestataires d’une aide financière de dernier recours et les travailleurs à faible revenu ». « Il va analyser les commentaires des citoyens, découlant du processus de consultation, avant de se prononcer », a précisé son porte-parole.