Le fruit social que portent les légumes

Selon une étude de 2010, les jardins communautaires seraient excellents pour lutter contre l’exclusion et encourager les contacts entre des personnes issues de milieux différents.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Selon une étude de 2010, les jardins communautaires seraient excellents pour lutter contre l’exclusion et encourager les contacts entre des personnes issues de milieux différents.

L’été dernier, dans le quartier Vanier, à Québec, une douzaine de familles de réfugiés ont pu participer à un nouveau jardin collectif à côté du jardin communautaire. « Ç’a été une expérience incroyable, se rappelle Patricia Pichette, l’intervenante qui animait l’activité. Je n’aurais jamais pu croire qu’on arriverait à un tel résultat. Il y a eu du plaisir, des sourires, les gens étaient présents chaque fois et il y a eu bien des récoltes. »

Pilotée par l’organisme La Ruche, l’activité répondait à plusieurs besoins à la fois : donner accès à des légumes bon marché, favoriser une saine alimentation, briser l’isolement des nouveaux arrivants, les valoriser et leur faire rencontrer des gens.

Surtout, on a ainsi pu leur offrir un loisir qui les intéresse vraiment.

Selon le président du conseil du jardin, Jacques Garnier, les réfugiés (des Népalais, pour la plupart) étaient particulièrement travailleurs. « On sentait en même temps que ce n’était pas une obligation pour eux, qu’ils aimaient ça. »

L’expérience a eu son lot de difficultés (du vandalisme dans le jardin et des difficultés à communiquer à cause de la barrière de la langue), mais M.  Garnier a déjà hâte à la saison prochaine. « Il ne faut pas lâcher ça. Il faut aller chercher les immigrants, mais aussi les personnes financièrement démunies. »

Les résidants de Vanier ne sont pas les seuls à y avoir pensé. Depuis quelques années, les projets du genre se multiplient.

Selon une étude de 2010 intitulée Retombées sociales du jardinage, au moins la moitié des jardins urbains de Québec et de Lévis sont apparus depuis les années 2000 (on en recense au total une cinquantaine). Cosignée par la professeure Manon Boulianne de l’Université Laval et deux de ses étudiants à la maîtrise, l’étude révèle en outre que la majorité des nouveaux jardins sont collectifs.

Les demandes abondent

« Les gens réalisent non seulement que c’est possible de faire cela en ville, mais en plus, qu’il y a des bénéfices », explique Marie Eisenmann, du collectif Les Urbainculteurs. L’OBNL qu’elle a cofondé s’est fait connaître notamment pour ses pots de jardinage en tissu qui permettent de cultiver des légumes même sans terres arables.

En 2009, ils ont lancé avec succès un jardin collectif sur le toit de l’organisme l’Auberivière, et depuis, les demandes se multiplient pour en démarrer d’autres, notamment dans des complexes de logements sociaux.

La maison Sherpa

Ailleurs en ville, la maison Sherpa, où résident des artistes et des personnes en réinsertion sociale, a aussi lancé son jardin sur le toit l’été dernier.

Des groupes de ressources techniques développent également des jardins surélevés dans des résidences pour personnes âgées ou à mobilité réduite. La mobilité et la facilité d’accès sont d’ailleurs des facteurs clés dans la réussite de tous ces projets.

Si celui de Vanier a fonctionné, par exemple, c’est que le jardin est situé à distance de marche des immeubles à logements où habitent la majorité des familles de réfugiés en provenance du Népal.

M. Garnier a quand même remarqué que c’était un peu loin pour les personnes âgées qui font partie du groupe.

Autre facteur, et non le moindre : l’engagement de ces personnes. L’étude mentionnée plus haut révèle que les bénéfices sociaux de ces initiatives sont souvent tributaires des personnes qui les animent.

Ainsi, à Vanier, on a notamment recouru à une traductrice et organisé des activités spéciales pour tisser des liens.

Les bénéfices sociaux

Mais les jardins communautaires ordinaires ont aussi leurs bienfaits. Selon l’étude de 2010, ils seraient même encore meilleurs pour lutter contre l’exclusion et permettre les contacts entre personnes de milieux différents.

Pourquoi ? « Parce que les jardins collectifs visent souvent […] des populations défavorisées, qui font l’objet d’une intervention professionnelle structurée, tandis que les jardins communautaires rassemblent des citadins de conditions sociales variées », expliquaient les auteurs.