La lutte des étudiants contre la violence sexuelle se précise

En pleine affaire Jian Ghomeshi, l’enjeu de la violence sexuelle en milieu universitaire a refait surface dans le débat public au Canada.
Photo: Wavebreakmedia En pleine affaire Jian Ghomeshi, l’enjeu de la violence sexuelle en milieu universitaire a refait surface dans le débat public au Canada.

La lutte contre la violence sexuelle sur les campus étudiants pourrait prendre un nouveau tournant cette semaine en Ontario. Vendredi prochain, le gouvernement ontarien présentera son plan d’action plurisectoriel sur l’agression sexuelle et la Fédération canadienne des étudiant-e-s saura alors si le gouvernement a tenu compte de ses recommandations à ce sujet.

Cela fait plus de 30 ans que l’organisation étudiante mène une lutte contre la violence sexuelle sur les campus des universités et des collèges, explique en entrevue Anna Goldfinch, représentante de l’Ontario à la Fédération canadienne des étudiant-e-s. Un dialogue s’est cependant officiellement mis en branle entre son organisation, le gouvernement provincial, le Conseil des universités de l’Ontario et Collèges Ontario, dans la foulée des événements de l’automne dernier.

En pleine affaire Jian Ghomeshi, l’animateur vedette de CBC contre qui plusieurs femmes ont porté plainte pour agression sexuelle, l’enjeu de la violence sexuelle en milieu universitaire a refait surface dans le débat public au Canada.

Les étudiants consultés

« La première ministre [Kathleen Wynne] nous a invités à une table ronde. Il y avait une vingtaine de représentants étudiants d’universités et de collèges de partout en Ontario, raconte Anna Goldfinch. On espère qu’elle a pris en compte nos recommandations. »

La Fédération a rendu publiques ses recommandations mardi matin. Les étudiants exigent d’être consultés pour l’adoption de politiques mises en place afin que les victimes connaissent les options à leur disposition. Ils veulent aussi que des mécanismes soient créés pour rendre les collèges et les universités responsables de l’application de ces politiques et que des fonds publics soient dégagés pour financer des systèmes de soutien et d’éducation relative à la violence sexuelle.

Des politiques inadéquates

Au Québec, des tenants du débat sur la violence sexuelle en milieu universitaire ont remis en question l’efficacité des mécanismes de dénonciation dans les établissements. Plusieurs des politiques en place ne portent que sur le harcèlement en général, sans mesures axées sur le harcèlement sexuel. Anna Goldfinch y voit là un point important : « [on veut] qu’il soit obligatoire pour les universités en Ontario d’avoir une politique sur l’agression sexuelle spécifiquement et non pas seulement sur le harcèlement ».

Les associations étudiantes québécoises voient d’un bon oeil les recommandations de leurs collègues ontariens. L’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) pense que les politiques en matière de violence sexuelle devraient effectivement être conçues de concert avec les étudiants. « On verra ce qui va se passer en Ontario », a affirmé Camille Godbout, porte-parole de l’ASSÉ, soutenant qu’il serait envisageable que des recommandations semblables soient également formulées au Québec.

Même son de cloche du côté du Groupe de réflexion étudiante sur le harcèlement de l’Université de Montréal, créé cet automne. Caroline Trottier-Gascon croit que des changements de politique au niveau national contribueraient à « aider [leur] activisme local ».

En ce qui a trait au financement public des programmes de soutien, la Fédération étudiante universitaire du Québec voit là un enjeu important. « Ce qui est inquiétant, c’est que les coupes dans les universités viennent directement affecter les services aux étudiants ; l’aide psychosociale n’y échappera probablement pas. Dans toute optique, un meilleur financement [de ces services] est central à une amélioration de l’appui donné aux étudiantes et aux étudiants ayant vécu des agressions sexuelles », a fait savoir par courriel Jonathan Bouchard, le président de la FEUQ.

L’Assemblée nationale du Québec tiendra, les 16, 17, 23 et 24 mars, des auditions publiques sur le Plan d’action gouvernemental 2008-2013 en matière d’agression sexuelle. Cela fait suite à la publication, fin 2014, du rapport sur la mise en oeuvre de ce plan d’action. Ce dernier n’aborde que brièvement le cas des universités et des cégeps, mentionnant que la plupart des établissements ont un plan de prévention du harcèlement, « mais celui-ci n’intègre pas nécessairement la prévention des agressions ». L’ASSÉ et la FEUQ ne comptent pas déposer un mémoire à la commission.


 
1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Inscrit 4 mars 2015 11 h 26

    Vivons-nous à une ère...

    ...où une violence...de si multiple formes et contenus...occupe de plus en plus larges espaces ? Je soupçonne que si. Violence verbale: Cf. moult commentaires émis sur des blogues, violence psychologique: (certains milieux de travail) violence dans les sports: Cf. bagarre entre parents et joueurs lors d'un match tenu à Trois-Pistoles en fin de semaine. Pourquoi la violence ? Pourquoi faire usage de celle-ci? Que veulent nous dire les gens qui en font usage ? Par expériences vécues, je sais que la violence a sa propre histoire...de vie. Dans certains cas...de mort. Quel mal de vivre dans toute forme de violence !
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur.