François invite les cardinaux à s’ouvrir aux exclus

Cité du Vatican — Le pape François a demandé dimanche aux cardinaux réunis dans la basilique Saint-Pierre de ne pas s’isoler dans une « caste » et d’accueillir les exclus dans l’Église, exhortant à l’ouverture à quelques mois d’un nouveau synode délicat sur la famille.

La vocation de l’Église est de « ne condamner personne éternellement », a martelé le pape lors d’une messe solennelle que concélébraient 160 cardinaux, dont les 20 nouveaux cardinaux créés la veille. Une petite phrase très remarquée qui rompt avec une attitude fréquente de l’Église dans le passé.

Le long sermon du pape avait été soigneusement préparé, comme une feuille de route pour les 165 cardinaux près de deux mois après le sévère discours où, devant la Curie, il avait énoncé « quinze maladies » menaçant tout pouvoir ecclésial : corruption, détachement du réel, arrogance, légalisme, scandales de moeurs…

L’Église doit être « créative pour trouver le langage juste afin de communiquer avec tous ceux qui sont considérés comme inguérissables et donc intouchables », a-t-il encore recommandé.

« Les chrétiens ne doivent pas s’isoler dans une caste ! », s’est-il exclamé, critiquant la logique « des docteurs de la loi », qui, par rigorisme, marginalisent les exclus dans l’Église, comme le faisaient jadis les autorités religieuses juives pour les lépreux à l’époque de Jésus. Le but de cette réglementation religieuse, a-t-il dénoncé, était de « sauver les bien portants » et d’« exclure le danger, traitant sans pitié celui qui est contaminé ». « Jésus révolutionne cette mentalité enfermée dans la peur et autolimitée par les préjugés ».

Sans citer de noms, le pape a critiqué ceux qui, dans la hiérarchie de l’Église, adoptent la même attitude : « ceux qui se scandalisent » face « à n’importe quelle ouverture, à n’importe quel pas qui n’entre pas dans leurs schémas mentaux et spirituels, à n’importe quelle caresse ou tendresse qui ne correspond pas à leurs habitudes de pensée et à leur pureté rituelle ».


Tabou familial

Ce discours rappelait la fameuse phrase de François prononcée en 2013 à son retour du Brésil : « Si une personne est gaie et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? »

En octobre, un deuxième synode sur la famille va s’ouvrir, et ce thème de l’accueil dans l’Église des personnes qui ne sont pas en règle avec la doctrine — divorcés, homosexuels, couples en union libre — sera très controversé.

Le pape est très sensible à la « réintégration » de ceux qui se sont sentis rejetés, et voudrait trouver une solution pour les divorcés remariés, actuellement interdits de sacrements.

Le père canadien Thomas Rosica, porte-parole anglophone du Vatican, a tweeté : « cette homélie devrait être le document de travail pour le synode des évêques sur la famille ».

5 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 février 2015 06 h 13

    Pape

    Enfin un Pape qui se rapproche de son boss, le menuisier, l'homme de la plèbe. Enfin un Pape qui se souvient que la religion catholique n'est pas «une religion du juste» mais une ouverture du ciel aux petits, aux malheureux et aux mal-aimés. Sera-t-il crucifié sur la place publique lui aussi; ou deux milles ans auront-ils suffit à faire comprendre le message original ? Que les «docteurs de la foi» se souviennent que des douze qui ont occupé leur fonction les premiers, plusieurs étaient des pêcheurs et un certain récepteur d’impôt et qu’ils furent choisit exactement pour cette raison.

    La paix soit avec vous.

    PL

  • Johanne St-Amour - Inscrite 16 février 2015 08 h 28

    Les exclu.es?

    Je pensais bien qu'il parlait des femmes: exclues du sacerdoce et des postes de pouvoir! Le sexisme perdure!

  • Michel Lebel - Abonné 16 février 2015 09 h 51

    Pas d'exclusion!

    Il y a un paradoxe dans ce pape: il favorise les exclus, mais il a une nette propension à exclure ceux qui ne pensent pas comme lui. Ce pape braque. Est-ce la bonne façon de faire? J'en doute, son discours devrait être plus inclusif. Les réformes prévues, il ne poura les faire seul!! Sa popularité auprès de bien des gens n'est pas une garantie du succès de ses réformes. Le pape n'est pas un politique!!


    Michel Lebel

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 février 2015 11 h 13

      «exclure ceux qui ne pensent pas comme lui.» Ouais... le créateur de cette religion avait le même problème avec les Pharisiens.

      «Le pape n'est pas un politique!!» Devrons-nous maintenant protéger le religieux du politique ?

  • Yvon Bureau - Abonné 16 février 2015 14 h 28

    Inclure est chrétien !

    Merci pape François.

    Jésusien, je suis avec vous, même si je cherche ce qu'il reste de mes croyances religieuses. Que sont devenues nos croyances ?! Comme aurait dit abbé Pierre, une fois que l'on a dit que Dieu est amour, tout ce que l'on va ajouter appartient au monde des conneries.

    Pape François, vous et moi, nous savons que l'essentiel passe par l'implicite. Osez encore une action porteuse de messages profonds : le sacerdoce ouvert à toute PERSONNE, ouvert donc aux femmes et aux hommes. Et l'Église se transformera.
    Autre action ? Demandez aux cardinaux, hors des liturgies, de s'habiller comme du monde. Robes en moins, quoi.

    Vous et moi, nous devons prier pour le cardinal Ouellet..., et pour les cardinaux Ouellet de ce Vatican.