La voiture avance plus vite que le bus

De 2008 à 2013, les déplacements en voiture ont connu une hausse de 15 % dans l’ensemble de la grande région de Montréal, alors que ceux en transport collectif ont crû, plus humblement, de 10 %.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir De 2008 à 2013, les déplacements en voiture ont connu une hausse de 15 % dans l’ensemble de la grande région de Montréal, alors que ceux en transport collectif ont crû, plus humblement, de 10 %.

Pendant que l’automobile gagne du terrain, le transport en commun fait pratiquement du surplace à Montréal, révèle une nouvelle enquête quinquennale menée pour les sociétés de transport de la région métropolitaine.

De 2008 à 2013, les déplacements en voiture ont connu une hausse de 15 % dans l’ensemble de la grande région de Montréal, alors que ceux en transport collectif ont crû, plus humblement, de 10 %, selon un sondage téléphonique mené auprès de 78 000 ménages de Montréal, Laval, Longueuil et des couronnes nord et sud. La hausse annuelle moyenne observée par le transport collectif pour cette période est de 1,9 %, alors qu’elle était historiquement de 2,4 % entre 1998 et 2008.

Le nombre de personnes possédant une automobile a augmenté de 11 % en cinq ans, ce qui représente plus du double de la croissance de la population de la région métropolitaine. Le précédent coup de sonde, mené en 2008, avait pourtant permis d’observer un ralentissement de l’acquisition de voitures.

Le nombre moyen de personnes par auto a quant à lui diminué : de plus en plus de personnes délaissent en effet le covoiturage afin de se rendre seul au travail ou l’école.

Besoins criants

Le président-directeur général de l’Agence métropolitaine de transport (AMT), Nicolas Girard, accuse le coup. « Ce n’est pas surprenant que l’automobile continue d’exercer un attrait. Ce qu’il faut, ce sont des services de transport collectif plus compétitifs envers l’automobile », souligne-t-il.

Le grand patron de l’AMT ajoute que les secteurs de la région métropolitaine ayant le plus bénéficié d’investissements majeurs en transport en commun ces dernières années ont connu des croissances substantielles de l’utilisation de ces services collectifs. Le taux de croissance entre 2008 et 2013 des déplacements effectués en transports collectifs est notamment plus élevé pour les résidants de Laval (27,8 %) et des couronnes nord (33,3 %) et sud (22,2 %) que pour ceux de l’île de Montréal (5,7 %) et de Longueuil (4,2 %).

Des 43 000 nouveaux déplacements, 17 000 (40 %) sont en outre attribuables aux résidants de l’île de Montréal, contre 26 000 (60 %) à ceux résidant à l’extérieur de l’île de Montréal.

« L’arrivée du métro à Laval a changé les habitudes de transport. Cela démontre qu’il faut poursuivre les investissements en transport en commun. Pas nécessairement qu’en faisant appel au transport lourd [comme le métro], mais aussi à d’autres options telles que les voies réservées aux autobus », fait valoir M. Girard.

Montréal aime l’automobile

La situation est moins rose à Montréal. L’enquête révèle également que 83 % de la croissance démographique et 60 % des nouveaux emplois se sont réalisés à l’extérieur de l’île de Montréal, alors que Montréal abrite 50 % de la population de la région métropolitaine.

Sur l’île, l’utilisation de la voiture a crû de 12 %, pendant que celle du transport collectif grandissait de seulement 6 %. Dans l’est, le transport collectif n’a gagné aucun utilisateur de plus depuis 2008.

« Il y a quand même eu une croissance, se console le président de la Société de transport de Montréal, Philippe Schnobb. Et ce que l’on constate en lisant ce rapport, c’est que lorsque l’on fait des investissements, les gens adoptent les services ayant été développés. » Il souligne que le transport en commun récolterait la faveur de 35 % des Montréalais, alors que les réseaux de transport de Toronto ou Vancouver ne sont utilisés que par 27 % ou 28 % de la population.

Concernant la stagnation de l’utilisation du transport en commun dans l’est de l’île de Montréal, l’AMT soutient que le développement du service rapide par bus (SRB) au cours des prochaines années, afin de véhiculer près de 70 000 passagers par jour, demeure une priorité, tout comme le développement de la ligne de train Mascouche, et l’éventuel prolongement de la ligne bleue. L’AMT doit déposer un énième rapport à ce sujet au gouvernement du Québec d’ici la fin de l’année 2015.

Mais il faut plus, insiste l’Alliance pour le financement des transports collectifs au Québec (TRANSIT). Le statu quo dans l’offre de transport ne « permet pas de déplacer efficacement les citoyens », croit Philippe Cousineau Morin, porte-parole du groupe.

« Ce sondage confirme une fois de plus qu’il n’y a pas eu de grandes modifications des habitudes de transport des gens de la grande région de Montréal, à l’exception de transport actif [de l’usage de la bicyclette et de la marche pour se déplacer] au centre-ville », dit-il. L’usage du vélo a en effet connu une augmentation de 54 %, tandis que la marche compte maintenant 7 % plus d’adeptes. Une excellente nouvelle selon lui. « Mais le fait demeure que les transports en commun, les gens les prennent lorsqu’ils sont efficaces. C’est pourquoi il faut investir à la fois dans les petits et les grands projets. Les voies réservées pour les autobus, c’est très simple à réaliser. »

14 commentaires
  • Marie-Andrée Blouin - Abonnée 23 janvier 2015 07 h 19

    La voiture avance plus vite que le bus

    Que dire de la qualité du service du réseau de métro !?!
    Résidente sur l'île depuis près d'un an, j'ai abandonné ma voiture au profit de la marche et du métro depuis le début de l'hiver. Aux heures de pointe, nous sommes littéralement entassés comme du bétail dans les wagons. Ceux-ci sont tellement surchargés qu'il faut parfois attendre le deuxième, puis le troisième train avant de pouvoir embarquer. Cela a pour effet de nous faire arriver en retard au travail. De quoi nous donner envie de reprendre notre voiture. Avant hier, on pouvait entendre des usagers exaspérés se plaindre d'avoir à subir des augmentations de tarif sans jamais avoir droit à une augmentation de la qualité du service.

    Marie-Andrée Blouin

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 23 janvier 2015 10 h 41

      Je ne vous contredirai pas, au centre-ville l'heure de pointe, il manque pas de monde. Mais est-ce qu'attendre le 3e train est plus long qu'attendre dans le bouchon à la surface demeure la question.

      C'est tout aussi vrai que c'est beaucoup plus confortable le bouchon en auto que le métro bondé à l'heure de pointe où tu te demande si tu seras en mesure de te frayer un chemin jusqu'à la porte pour ton arrêt.

      Je crois malheureusement pas que le metro ai la flexibilté d'un bus de pouvoir partir vide à partir de n'importe quel point de départ. Mais peut-être que certaines choses pourrait être enviseagble néanmoins. Par exemple, le métro ne s'étant pas toujours rendu à Laval, il doit bien y avoir moyen d'en faire tourner un à l'ancienne dernière station qui reparte vide de ce point.

      Est-ce qu'on travail à trouver des solutions à ces problèmes ? C'est toute la question.

  • Bernard Terreault - Abonné 23 janvier 2015 07 h 40

    Pas étonnant

    Lorsque les rues, les routes, les autoroutes et les ponts sont presque tous gratuits et que, par contre, le coût du transport public augmente plus vite que celui de l'essence, pas étonnant que les gens choisissent la flexibilité et le "sentiment de contrôle" que l'on ressent en conduisant son propre véhicule. Pas surprenant non plus quand villes et gouvernement québécois dépensent bon an mal an des milliards sur le réseau routier, mais presque rien depuis dix ans sur le transport public (remplacer des wagons de métro vieux de presque 50 ans ce n'est pas un "nouvel" investissement).

    • Yvon Marcel - Inscrit 23 janvier 2015 11 h 40

      Excellent commentaire M. Terreault! Malheureusement, ce sont des dynosaures qui nous représentent, tant à Québec qu'a Montréal. Faut dire que nous sommes au Canada! Les gouvernements ont besoin du vote des banlieusards du 450, ils ne vont rien faire pour déplaire à cet électorat, alors qu'une partie de la solution passe par rendre apparent le coût lié à l'étalement urbain, en mettant un coût de passage symbolique sur tous les accès menant sur l'Île, tunnel compris, ne serait-ce un ou deux dollar aux heures de pointe.

      Par ailleurs, les dyno ce sont aussi ceux et celles qui élisent les autres dyno, nos concitoyens habitant l'Île. Il faut trouver une façcon de tarifer l'utilisation excessive de l'automobile au centre-ville en particulier, en mettant en place un service de tarification géographique, comme à Londres, par exemple. Le système n'a pas à être prohibitif, une tarification symbolique suffira.

      Je suis particulièrement déçu des commentaires du ministre Poéti lorsqu'il affirme que nous devons inciter les gens à utiliser les transports collectifs, certes une amélioration de la quantité et de la qualité de l'offre est nécessaire, mais il faut aussi découragé l'utilisation de l'automobile au sein de la cité hautement peuplé et développé en services de toutes sortes. L'automobile ralentit et nuit aux transports en commun, c'est une source de stress et de pollution atmosphérique, et de bruits incessants, dont nous aurions grands intérêts a en diminuer ces effets délétères sur les citadins.

  • Guy Lafond - Inscrit 23 janvier 2015 07 h 42

    Des statistiques qui parlent!


    Belle analyse de la situation du transport dans la grande région de Montréal. Merci M. Orfali!

    Même si les déplacements en voiture ont crû de 15%, il faut continuer de marteler que les bouchons de circulation sont ridicules et nuisibles pour le climat et pour la qualité de l'air.

    Bien que le litre d'essence est de nouveau abordable, le citadin doit quand même faire un effort en utilisant son véhicule à énergie fossile moins souvent et avec plus d'intelligence.

    Parce que je vis dans une ville, je fuis comme la peste les bouchons de circulation. En planifiant bien mon temps, en marchant, en prenant ma bicyclette ou en prenant le transport en commun, je suis toujours à temps pour remplir mes obligations!

    Et vous? Perdez-vous votre temps et votre argent à "griller de l'essence" dans les bouchons?

    Ma "moyenne au bâton" s'est beaucoup améliorée ces dernières années. Comment se porte la vôtre?

  • Henri Gazeau - Inscrit 23 janvier 2015 08 h 07

    Compter ses sous n'est pas tout

    On aimerait voir le gouvernement Couillard moins obsédé par les coupures et plus audacieux en matière d'éco-solutions!

  • Mathieu Marquer - Inscrit 23 janvier 2015 08 h 21

    Logique mathématique

    Il faut dire qu'à force de coupures de service dans le réseau d'autobus, il est difficile d'augmenter l'achalandage autant que cela serait souhaitable...

    • Jean Richard - Abonné 23 janvier 2015 11 h 26

      On oublie souvent de se demander si on ne pourrait pas faire mieux avec ce qu'on a déjà.

      Curitiba, Brésil, une ville comparable à Montréal en population, en étendue et en densité urbaine. Il n'y a ni métro souterrain, ni trains, ni tramway mais seulement des autobus, simples, articulés et bi-articulés.

      Avec un total de 1900 autobus, desservant la zone urbaine et la périphérie, on déplace pratiquement deux fois plus de monde que dans le Grand-Montréal avec environ 2500 autobus, 700 voitures de métro et quelques dizaines de voitures de train de banlieue.

      Comment fait-on ? C'est la conséquence d'un système bien planifié, qu'on n'a pas hésité à ajuster chaque fois qu'un problème faisait surface. C'est aussi la démonstration qu'un système de transport, ce ne sont pas seulement des véhicules, mais il y a aussi l'environnement dans lequel ces véhicules circulent. Avec des voies réservées, des feux prioritaires et des quais d'embarquement, on réussit à atteindre les 25 km/h de vitesse commerciale là où la STM fait à peine 10 km/h. Ça veut dire qu'avec le même matériel roulant et le même personnel, on fait 2,5 fois plus.

      Si le réseau de métro de Montréal est assez performant, on ne peut pas en dire autant de son réseau d'autobus. Avec 1500 autobus, on peut faire mieux, mais pour ça, il faut des infrastructures routières adaptées aux autobus, il faut revoir certains (pour ne pas dire plusieurs) parcours qui ne sont plus du tout adaptés à la demande (c'est pourquoi on voit trop souvent des autobus archi-bondés et des autobus vides). Certains parcours n'ont pas été revus depuis plus d'un demi-siècle.

      Mais ajouter des autobus pour les abandonner dans les bouchons de circulation, ce n'est sûrement pas la solution. L'autobus qui s'arrête à tous les poteaux, ça date de l'époque où les abribus n'existaient pas.