L’enquête publique du coroner débute

Le Collectif opposé à la brutalité policière se montre sceptique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Collectif opposé à la brutalité policière se montre sceptique.

Dans quelles circonstances Alain Magloire, cet homme abattu par des policiers montréalais l’hiver dernier, a-t-il été tué ? Pourquoi s’est-il retrouvé en liberté malgré les menaces qu’il proférait ? Pourquoi sa grande détresse n’a-t-elle pas été prise au sérieux par le milieu hospitalier ? Ce sont là quelques questions auxquelles s’attardera le coroner pendant les deux prochaines semaines à l’occasion d’une enquête publique qui s’ouvre aujourd’hui lundi.

Me Luc Malouin présidera ces audiences, qui verront défiler la preuve ainsi que plusieurs témoins, en remplacement de Me Catherine Rudel-Tessier, récemment nommée coroner en chef par intérim.

Cette enquête publique vise également à examiner la question des interventions d’urgence faites auprès de personnes soupçonnées d’avoir des problèmes de santé mentale. S’il le juge opportun, le coroner pourrait également formuler des recommandations plus larges pour assurer une meilleure protection de la vie humaine.

C’est le matin du 3 février 2014, en face du terminus d’autocars de la rue Berri, à l’angle de la rue Ontario, qu’Alain Magloire a été tué par des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ceux-ci avaient été dépêchés sur les lieux à la suite d’une violente altercation entre M. Magloire, armé d’un marteau, et un membre du personnel d’un hôtel. En crise, M. Magloire avait menacé plusieurs passants et a finalement trouvé la mort sous les balles d’un groupe de policiers de la SPVM, ceux-ci ayant cru que l’homme allait frapper une collègue tombée au sol. D’après des témoins, quatre coups de feu auraient été tirés.

Le 7 février dernier, au moment de décréter qu’il y aurait une enquête publique, l’ex-coroner en chef Me Denis Marsolais, avait indiqué qu’une telle enquête était nécessaire « compte tenu du fait que certaines interventions d’urgence dans des lieux publics auprès de personnes souffrant de troubles de santé mentale ont donné lieu à des décès au cours des dernières années ».

Sceptiques

Le Collectif opposé à la brutalité policière se montre sceptique. Sur son site, il rappelle qu’il faudrait faire la lumière sur plusieurs autres cas qui ne sont pas arrivés dans des lieux publics, comme celui de Jean-François Nadreau, un homme en crise abattu par des policiers en 2012 sur le palier de sa résidence.

Rappelons qu’une enquête publique avait été menée par Me Rudel-Tessier sur un cas similaire, soit celui de Mohamed Anas Bennis, tué en 2005 par des policiers alors qu’il sortait d’une mosquée de Côte-des-Neiges. L’homme aurait menacé avec une arme blanche et agressé « sans raison apparente » deux policiers, qui ont plus tard été blanchis au terme de l’enquête.