Pas de «communauté musulmane» pour réagir

Dans la foulée du carnage survenu à Charlie Hebdo, on a rapidement eu écho, jeudi, des bévues commises par une association musulmane québécoise, qui aurait imputé à la propre intolérance et à l’islamophobie du média satirique français son sort funeste, plutôt qu’à l’islam radical. Or de quelle voix s’agit-il ? Aux yeux de plusieurs observateurs, aucun organisme au Québec ne peut prétendre parler au nom des Québécois d’obédience ou de culture musulmanes, un groupe culturel hétéroclite où s’entremêlent diverses factions religieuses et athées de langues et d’origines multiples.

Si une poignée d’autres organismes, dont le Forum canadien des musulmans et l’association Mosquée de la capitale à Québec, ont tenu à dénoncer l’horreur des attentats perpétrés, des observateurs de la culture musulmane s’insurgent contre ces groupes « autoproclamés » qui prétendent représenter une « communauté », composée en réalité d’une constellation de groupes.

« LA communauté musulmane, ça n’existe pas. C’est une vue de l’esprit, encouragée par certains leaders et des médias. Je trouve irresponsable de proclamer certaines personnes porte-parole de la communauté musulmane, chaque fois qu’il y a un attentat. Ces gens ne peuvent parler qu’en leur nom. Je suis d’abord citoyen et c’est comme citoyen que je réagis », a défendu Mohammed Lotfi, réalisateur et animateur de l’émission de radio Souverains anonymes et blogueur à Voir.

Alors que le monde entier dénonce l’islamisme radical qui a coûté la vie aux caricaturistes et aux autres collaborateurs du journal satirique, le réalisateur juge qu’appeler les « communautés » musulmanes à réagir à chaque attentat est un piège dangereux. « Quand on s’appelle Mohammed, on est vite récupéré d’un côté ou de l’autre. Nous serons toujours pris entre la peste et le choléra. À part être associés à une culture traversée par l’idée du Prophète et le Coran, il n’y a rien de commun entre les divers musulmans du Québec qui sont de langues et de pays différents et qui regroupent autant des pratiquants, des athées que des partisans de la laïcité », ajoute le réalisateur, lui-même un laïc.

En France, des imams ont appelé « les musulmans » à manifester publiquement « leur désapprobation » des actes terroristes. Or, soutient Majid Blal, poète et représentant du Regroupement des auteurs canado-marocains (RACMA), les gens d’obédience ou de culture musulmanes n’ont pas — comme le laissent penser ces leaders religieux — à se sentir coupables par association. « Nous sommes d’abord écrivains, professionnels, travailleurs, avant d’être des religieux. Nous condamnons énergiquement. Se dissocier suppose être associé a priori. On se dissocie quand on a été partie prenante, protagoniste ou sympathisant. Personne ne devrait nous faire sentir coupables par association », affirme le poète, qui dit parler en son nom personnel.


 
3 commentaires
  • Djosef Bouteu - Inscrit 9 janvier 2015 08 h 50

    Grave manque de jugement de cette asso.

    «une association musulmane québécoise, qui aurait imputé à la propre intolérance et à l'islamophobie du média satirique français son sort»

    Tout simplement écoeurant que ce rejet sectaire des valeurs de liberté d'expression au profit de la terreur théocratique. «Tremblez vous qui osez parler en mal de notre idéologie, si vous vous prenez une balle dans la tête ce sera de votre faute!» Quel beau message de paix.

    Avec, bien entendu, la rengaine mensongère habituelle qui consiste à traiter d'islamophobe toute critique de la religion.

    Toutes les idéologies politiques et religieuses peuvent être critiquées librement et caricaturées si ça nous chante dans une société libre et démocratique.
    Ce n'est PAS et ne sera JAMAIS négociable.

    Charlie Hedbo critiquait toutes les religions.

  • Djosef Bouteu - Inscrit 9 janvier 2015 09 h 00

    Une perle de sectarisme de Geneviève Lepage

    «L’islam n’est pas une menace. Ce qui est une menace, c’est que des organisations comme Charlie Hebdo fomentent elles-mêmes la division et l’intolérance»

    Mauvaise réponse, madame Lepage. La menace, c'est de terroriser et de tuer des gens au nom de la religion pour faire taire toute critique d'une idéologie.

    Votre idéologie politico-religieuse sera critiquée et caricaturée comme n'importe quelle autre idéologie si des gens ont envie de le faire. Ce n'est pas négociable puis-ce que nous ne vivons pas dans une théocratie.

    Toutes les accusations d'islamophobie que vous pourrez inventer ne suffiront pas à cacher l'horreur de l'attaque contre la liberté de presse orchestrée contre les 12 victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo.

  • Djosef Bouteu - Inscrit 9 janvier 2015 09 h 03

    Voici un meilleur modèle de sensibilité

    Pour un meilleur modèle d'Islam civilisé qui respecte la liberté de presse et d'expression, il y a beaucoup mieux :

    «Lamine Foura, fondateur et secrétaire du Congrès maghrébin au Québec, l’islamophobie n’est pas l’enjeu: «Les musulmans sont autant victimes de cet acte. C’est l’humain qui est vraiment touché ici. Aller tuer des gens simplement parce qu’ils ont fait des dessins, des caricatures, avec un tel sang-froid... c’est horrible, je suis vraiment abattu.» »