Des milliers de «Charlie» rendent hommage

Le consul général de France à Montréal, Bruno Clerc (coin inférieur gauche), s’est emparé du mégaphone pour s’adresser à la foule venue se recueillir au pied de l’hôtel de ville de Montréal. Le maire Denis Coderre avait invité de nombreux dignitaires et chefs religieux à participer à la vigile.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le consul général de France à Montréal, Bruno Clerc (coin inférieur gauche), s’est emparé du mégaphone pour s’adresser à la foule venue se recueillir au pied de l’hôtel de ville de Montréal. Le maire Denis Coderre avait invité de nombreux dignitaires et chefs religieux à participer à la vigile.

La marseillaise, l’hymne national français, a résonné haut et fort à Montréal mercredi soir. Par centaines, des citoyens ont répondu présents aux diverses vigiles rapidement organisées au courant de la journée, quelques heures à peine après le tragique attentat à Charlie Hebdo qui a coûté la vie à 12 personnes.

« Vive la France ! », « Liberté ! », « Charlie ! », ont crié à tue-tête près de 1000 personnes rassemblées devant le consulat général de France à Montréal, en plein centre-ville de la métropole. Vers 18 h 30, l’avenue McGill, où se situe le consulat, a été littéralement envahie par une foule d’individus brandissant à bout de bras des pancartes « Je suis Charlie » ainsi que des drapeaux de la France. « J’ai eu une boule au ventre toute la journée. C’est un coup pour la France, mais surtout pour la liberté de presse », a confié Samuel Olivet, un Montréalais d’origine française. Reda Bouziane, d’origine marocaine, a aussi voulu assister à la vigie. « L’intégrisme prend trop d’espace sur la place publique, il faut se mobiliser et dénoncer ces atrocités qui ne devraient jamais être liées à l’islam ! », a lancé le jeune homme de confession musulmane. Julien Elie, un mordu du Charlie Hebdo, peinait à cacher son désarroi. « J’étais un lecteur assidu, en dix ans, je n’ai pas manqué un numéro… Ils ont tué la finesse d’esprit. Tout ce que j’aimais. C’est l’horreur », a-t-il dit, la voix émue.

Un peu plus tôt en soirée, un premier rassemblement s’est tenu vers 17 h devant l’hôtel de ville, où le maire de Montréal, Denis Coderre, avait invité de nombreux dignitaires. Plusieurs consuls étaient au rendez-vous, dont, sans surprise, le consul général de France à Montréal, Bruno Clerc. Des chefs religieux, de divers horizons, ont aussi tenu à participer au recueillement collectif.

« Nous avons été touchés au coeur de la France, de la liberté… Mais la liberté, elle ne meurt et ne mourra jamais ! » s’est exclamé M. Clerc aux quelque 200 personnes venues malgré le froid glacial. À la fin du discours, les participants, bougies à la main, ont chanté en coeur La marseillaise. Les yeux de tous étaient alors fixés sur la façade de l’hôtel de ville, où une série de jets de lumière multicolores ont attiré l’attention sur une bannière géante où on pouvait lire « Je suis Charlie ».

« Il s’agit d’un acte ignoble, barbare. On s’est attaqué à ce qu’il y a de plus précieux : notre liberté, la liberté d’expression et la liberté de presse », a commenté le maire Coderre, flanqué du ministre des Transports, Robert Poëti. Ce dernier s’est aussi dit « horrifié » par les attentats survenus à Paris.

Les chefs religieux affligés

Les représentants des communautés religieuses venus à l’hôtel de ville ont admis être très mal à l’aise avec le fait qu’un tel massacre puisse être lié à l’islam. « Les premiers otages d’un tel acte de fanatisme, ce sont les musulmans… qui deviennent les cibles d’atroces préjugés. Mais nous continuons à dénoncer ces actes, car ils vont à l’encontre de notre foi », a déploré Carmen Chouinard, porte-parole du Centre islamique libanais à Montréal. « Le fait que des gens se servent du nom de Dieu pour justifier leur crime barbare, c’est une tragédie qui me peine profondément », a pour sa part déclaré l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine.

Les membres de la communauté juive ont aussi été nombreux à s’indigner. « Cette tuerie n’a rien à voir avec la religion. L’islam vise la paix. Ce qui est arrivé aujourd’hui est une abomination », a déclaré Mayer Feig, membre de la communauté hassidique.

Partout sur la planète, de nombreux rassemblements populaires ont été annoncés mercredi dans la soirée, ainsi que dans la matinée de jeudi, en hommage aux victimes de l’attentat. En France et dans le reste de l’Europe, plus d’une centaine de villes ont organisé des vigiles. Ailleurs, le quotidien Le Monde a recensé plus de 50 métropoles où des recueillements collectifs se sont tenus, de New York, à São Paulo, en passant par Le Caire et Moscou.

Encore et encore, le peuple de la France s’est tenu debout pour protéger les valeurs universelles que des générations ont défendues. La France et la grande ville de Paris offrent au monde un exemple intemporel qui surpassera la vision haineuse de ces tueurs.

Le Canada et ses alliés ne seront pas intimidés, et nous continuerons de faire front commun contre les terroristes qui voudraient menacer la paix, la liberté et la démocratie auxquelles tiennent nos pays

Ces événements sont intolérables et inacceptables. Jamais nous ne nous inclinerons devant de tels gestes d’intimidation, de violence et de haine.

Ces gens ne représentent pas l’islam. C’est une honte. Lorsqu’une caricature ou un article nous offusque, nous sommes en droit de le dénoncer, mais à travers les mots.

Le “ respect de la religion ” est devenu un code signifiant la “ peur des religions ”. Les religions, comme toutes les autres idées, méritent la critique, la satire, et, oui, une irrévérence courageuse.

Cette attaque horrible avait pour but de diviser. Nous ne devons pas tomber dans ce piège. C’est le moment de démontrer de la solidarité à travers le monde.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 8 janvier 2015 02 h 59

    L'unité...

    L'unité d'esprit est la force invincible de la liberté.