Une bière par quartier?

Une bière du broue-pub, au Trou du Diable
 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une bière du broue-pub, au Trou du Diable
 

La queue de la comète du boom des micros touche surtout les quartiers des grandes villes. Au rythme où vont les choses, chaque quartier de Montréal et de Québec devrait finir par avoir sa microbrasserie et sa bière locale.

Pendant des années, Québec ne comptait que deux brasseries artisanales : l’Inox et la Barberie. Or, en cinq ans, on en a vu pousser dans Saint-Roch, dans Limoilou, à Sainte-Foy, Vanier et Lac-Beauport.

Et ce n’est pas tout : un nouvel établissement doit ouvrir dans Saint-Sauveur l’été prochain : la Griendel. Pour l’un de ses cofondateurs, Martin Parrot, « la vie urbaine dans les quartiers se décline de la même façon que dans un village. […] On voulait faire un bar de quartier. Dans Saint-Roch, il y avait déjà la Korrigane et la Barberie, mais il n’y avait rien dans Saint-Sauveur ».

Pourquoi un bar de quartier ? « Quand tu arrives quelque part, la meilleure place où prendre le pouls du quartier, c’est dans les petits cafés et les petits bars. Ce sont des endroits avec de belles ambiances, où la clientèle n’est pas anonyme. »

Quant à la fabrication de bière, c’est une exploration perpétuelle. « C’est un vrai trip de sorcier, de fabricant de potions magiques », lance-t-il. Le jeune brasseur est même en train de boucler un documentaire sur les microbrasseries du Québec. « Ces endroits-là deviennent des poumons sociaux pour les gens de tous les âges. C’est vraiment beau à voir. »

À Montréal, c’est la même chose. Longtemps réputée pour les microbrasseries comme le Cheval Blanc et Dieu du ciel !, la métropole a vu les fûts artisanaux se multiplier ces dernières années.

C’est le cas de la Succursale, qui a ouvert ses portes en mai 2011, rue Masson. Pour le copropriétaire Jean-Philippe Lalonde, le métier est un véritable mode de vie. « Je voulais vendre des produits à des gens que je connais, résume-t-il. C’est le fun de voir les gens qui apprécient ton produit sur ton lieu de travail. »

Comme plusieurs, il a fait ses classes chez McAuslan avant de se lancer en affaires. Avant cela, il avait étudié en musique, et la fabrication de bière était un passe-temps depuis la fin de l’adolescence. Avec les années, celui-ci est devenu une passion qu’il s’évertue à transmettre. La Succursale cultive d’ailleurs le goût de ses clients en organisant des visites dans d’autres microbrasseries du Québec.

Sinon, le choix du secteur Masson s’est fait un peu par hasard. « On cherchait un quartier périphérique où il n’y avait pas trop de bars et où ce serait possible de développer une clientèle », dit-il.

Le hic : les terrains

Tous le disent : ce n’est pas facile de trouver un emplacement sur l’île. La Dunham, par exemple, se serait peut-être établie à Montréal, n’eût été le manque de terrains zonés industriels, explique son fondateur, Sébastien Gagnon. Finalement, l’entreprise a misé sur Chambly en rachetant l’ancienne microbrasserie Brasseurs et frères.

Contrairement à la Succursale, la Dunham n’a pas de broue-pub et possède son usine d’embouteillage.

« Ça prend beaucoup d’huile de bras pour arriver à mettre une caisse sur une étagère d’épicerie, dit-il. C’est quasiment de l’artisanat. Je pense que personne ne fait ça pour l’argent. On est capable de vivre décemment, mais si tu ne tripes pas là-dessus, ça ne marchera pas. »

Dès 2004, Sébastien Gagnon avait ouvert à Montréal un bistro spécialisé dans les microbrasseries du Québec, le Vices Versa. « On a fêté notre 10e anniversaire en février 2004. Je pense que ça suit une mouvance d’achat local. Il y a aussi une grosse influence des États-Unis et du Vermont, où les microbrasseries sont très développées. »

À ses yeux, l’engouement pour la bière des micros découle d’une véritable mentalité. « Depuis cinq, six ans, de plus en plus de gens s’intéressent à ça. Ils sont beaucoup plus sensibles à l’achat local, aux emplois locaux. Les microbrasseries s’inscrivent parfaitement dans ce courant-là. »

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