Coup dur pour l’image du Québec à l’étranger

Couper dans la subvention, c’est mettre fin à tout un réseau de chercheurs qui faisait rayonner le Québec depuis 1997 et qui n’existera plus sans l’AIEQ, insiste M. Jaumain. 
Photo: iStock Couper dans la subvention, c’est mettre fin à tout un réseau de chercheurs qui faisait rayonner le Québec depuis 1997 et qui n’existera plus sans l’AIEQ, insiste M. Jaumain. 

Les mesures d’austérité du gouvernement Couillard condamnent l’avenir du rayonnement du Québec à l’étranger. Le Devoir a appris que le Conseil du trésor a décidé de mettre fin, le 1er avril, à la subvention versée à l’Association internationale des études québécoises (AEIQ) de même qu’au salaire du fonctionnaire du ministère des Relations internationales (MRI) qui est « prêté » à l’organisme.

« Il tue tout à fait le réseau en faisant cela. Il est clair que l’AIEQ, devant une telle décision, est condamnée à disparaître et c’est ce qui est le plus difficile à accepter pour nous tous », a déclaré au Devoir Serge Jaumain, vice-recteur aux relations internationales de l’Université libre de Bruxelles et président de l’AIEQ. « Il y a quelque chose qu’on ne comprend pas dans les décisions qui sont proposées. »

En plus du salaire du fonctionnaire du MRI, soit Robert Laliberté, l’AIEQ bénéficie normalement d’une subvention de 200 000 $ du gouvernement, qui est en diminution depuis quelques années. Elle a été réduite de 20 %, soit à 160 000 $, pour l’année en cours, ce qui a forcé la cessation de la plupart de ses activités et le congédiement de ses deux employés permanents.

Les fonds de l’AIEQ — qui comprennent aussi les cotisations de quelque 3000 membres à travers le monde, permettant d’amasser plus de 100 000 $ — servent principalement à payer deux employés, qui gèrent le secrétariat de l’association (activités, membership) et les communications via un bulletin électronique hebdomadaire envoyé aux membres, et le local où ils travaillent. Ils servent également à offrir des bourses d’études et de recherche et à payer les frais de déplacement de chercheurs — étudiants ou professeurs — issus de toutes les disciplines et de créateurs québécois, surtout des auteurs, invités à représenter le Québec dans différents colloques internationaux.

Faire rayonner le Québec

« Ça sert à faire rayonner le Québec à l’étranger », résume Serge Jaumain. Lui-même, dans ses cours sur l’histoire du Canada et du Québec, s’est déjà servi des fonds de l’AIEQ pour inviter de jeunes doctorants et chercheurs qui n’avaient pas les moyens de voyager. Il estime à cinq millions de dollars le montant que les universités du monde entier, y compris les universités canadiennes, déboursent pour envoyer à l’étranger des professeurs et des chercheurs qui donneront des cours sur le Québec et contribueront à son rayonnement. « On forme tout de même un peu les générations futures, et un certain nombre de mes étudiants qui suivent mes cours seront les dirigeants de demain. Le fait qu’ils ont eu une petite formation sur le Québec est un atout formidable, qui profite à tous. »

Un grand nombre de Québécois ont profité des fonds de l’AIEQ, ajoute-t-il. Stanley Péan, Dany Laferrière, Monique Proulx et Kim Thuy, pour ne nommer que ceux-ci, ont pu représenter le Québec dans des colloques à l’étranger. « Je suis absolument persuadé qu’en faisant cela on perd de l’argent. Car il est évident qu’à moyen terme c’est un investissement extrêmement rentable pour le Québec. »

Un investissement qui n’est pas facile à chiffrer, reconnaît-il. « J’ai toute une série d’étudiants qui sont passés par mes cours, qui ont entendu parler du Québec et qui y sont allés faire une maîtrise ou un doctorat. Ils ont payé des droits de scolarité, ils ont investi, ils s’y sont parfois même établis. » Des retombées que ne voient sans doute pas les fonctionnaires du Conseil du trésor, déplore-t-il. « Ils ont une feuille de route et cherchent à montrer qu’ils ont réussi à diminuer les dépenses de l’État. Ils ont raison de dire qu’à la fin de l’année les dépenses seront réduites, mais, au bout de trois ans, c’est une perte nette qui ne se verra peut-être pas dans les chiffres mais qui se verra pour le Québec, pour son image internationale. »

Le MRI défend l’AIEQ

Selon nos informations, la ministre des Relations internationales, Christine Saint-Pierre, tenterait toujours de défendre l’organisme auprès du Conseil du trésor pour faire renverser la décision. Le président de l’AIEQ entend rencontrer Philippe Couillard, qui sera en visite en Belgique à la mi-janvier. « Ce qui est tout à fait incompréhensible, c’est que l’association a été mise en place par le gouvernement québécois, a-t-il précisé. Les gouvernements qui se sont succédé, tant péquistes que libéraux, l’ont toujours soutenue. »

Il serait absurde de penser que les chercheurs et les gens intéressés au Québec dans le monde vont vouloir continuer à porter à bout de bras son rayonnement, si le gouvernement lui-même ne le fait pas. « C’est la passion pour le Québec qui justifie notre engagement. D’autres comme moi font tout ça bénévolement. Je vais le dire à M. Couillard quand je le verrai. Si votre gouvernement me dit que ce n’est plus une bonne idée que de faire rayonner le Québec, et c’est le message qu’on reçoit actuellement, je ne vais pas continuer. Ça n’en vaudra pas la peine. »

Couper dans la subvention, c’est mettre fin à tout un réseau de chercheurs qui faisait rayonner le Québec depuis 1997 et qui n’existera plus sans l’AIEQ, insiste M. Jaumain. « Créer un réseau comme celui-là, il a fallu 17 ans. Si on le casse, il faudra très longtemps pour remettre les choses en place, sans compter que ça enverra un message assez décourageant. »

C’est d’autant plus dommage de forcer le démantèlement d’un tel réseau d’études québécoises qu’il tirait profit, depuis trois ans, de la disparition de celui des études canadiennes, que le gouvernement fédéral a cessé de subventionner. « Un certain nombre de chercheurs s’étaient tournés vers les études québécoises parce qu’ils avaient compris que le soutien était encore là de ce côté », explique le président de l’AIEQ. Les études canadiennes sont ainsi devenues « moribondes » et tout porte à croire qu’il en sera de même pour les études québécoises, a-t-il conclu avec déception.