L’UPAC enfin libre en 2015?

Avec la fin de la commission Charbonneau, Robert Lafrenière entrevoit une baisse des signalements de cas de corruption potentiels. Il demande aux citoyens de continuer d’être vigileants.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avec la fin de la commission Charbonneau, Robert Lafrenière entrevoit une baisse des signalements de cas de corruption potentiels. Il demande aux citoyens de continuer d’être vigileants.

L’Unité permanente anticorruption (UPAC) gagnera en 2015 sa pleine indépendance, et le monopole des enquêtes sur la corruption au Québec.

Lors de son bilan annuel, le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, a affirmé qu’il avait bon espoir d’obtenir son autonomie.

Le gouvernement Couillard planche sur un projet de loi qui fera du commissaire à la lutte contre la corruption l’équivalent d’un corps policier à part entière. « Il faut que mon indépendance soit encore plus marquée, légalement. Ça ne peut pas être à la saveur du mois », dit-il.

M. Lafrenière veut éviter une situation analogue à la Sûreté du Québec (SQ), où les directeurs généraux sont nommés et dégommés au fil des changements de régime à Québec depuis quelques années. La SQ en est à son troisième directeur général en six ans avec Martin Prud’homme.

L’UPAC a déjà pris ses distances de la SQ. Les « verts » n’ont plus accès à la liste des enquêtes de l’UPAC. Le patron du Service des enquêtes sur la corruption, André Boulanger, ne se rapporte plus à la SQ, mais directement au commissaire Lafrenière.

Il en sera de même pour le prochain directeur des opérations de l’UPAC, qui sera choisi à la suite d’un appel de candidatures. « Il sera complètement détaché de la SQ », affirme M. Lafrenière.

Dans un futur proche, l’UPAC envisage un modèle calqué sur celui des escouades régionales mixtes (ERM). Des policiers de la SQ ou de corps policiers municipaux seront « prêtés » à l’UPAC, qui assumera leurs salaires, pour une durée d’au moins quatre ans. « Ils vont être complètement détachés, pour répondre pleinement de l’UPAC », envisage M. Lafrenière.

Patience

En 2014, l’UPAC a mené 14 enquêtes et elle a procédé à 15 arrestations. C’est moins que l’année précédente (dix enquêtes et 66 arrestations). Robert Lafrenière rejette les comparaisons statistiques. Les enquêtes de l’UPAC gagnent en complexité, dit-il.

En 2015, les vastes enquêtes sur le contrat des compteurs d’eau à Montréal, et le financement illicite du Parti libéral du Québec (PLQ) pourraient arriver à leur dénouement.

M. Lafrenière comprend l’exaspération des citoyens qui attendent de voir le résultat de ces deux projets. « Moi aussi j’ai hâte d’avoir des résultats », dit-il.

Sans se prononcer sur des dossiers précis, il y va d’une observation, sourire en coin. « On a des avancées dans certaines enquêtes, et moins dans d’autres. C’est long, mais ça va bien. On a des dossiers qui sont presque déposés sur le bureau [de la Couronne] », dit-il.

À ce jour, aucun politicien provincial n’a été accusé de crime de corruption (sauf Tony Tomassi, pour une banale affaire de carte de crédit payée par BCIA). Ces lacunes historiques entretiennent l’impression qu’il existe une police politique au Québec protégeant les élus provinciaux contre eux-mêmes. M. Lafrenière ne peut rien contre ces perceptions. « On va essayer de changer ça. Avec l’UPAC complètement autonome, les résultats viendront », dit-il.

Maintenir l’attention

Dans l’ensemble, l’UPAC a 42 enquêtes actives. Avec des effectifs de 325 personnes et un budget global de 42 millions de dollars, l’escouade dispose des ressources suffisantes pour mener à bien sa mission.

Pour 2015, le principal défi de l’UPAC sera de garder l’attention des citoyens. La fin des travaux de la commission Charbonneau prive l’escouade d’une importante vitrine pour sensibiliser le public sur les risques de collusion et de corruption et pour encourager la dénonciation. « Le pendule peut revenir rapidement si on ne parle plus du tout de corruption », craint M. Lafrenière.

L’UPAC a reçu 1000 signalements en 2014. Ces informations sont utiles pour amorcer des projets d’enquête.

« C’est les citoyens qui nous font vivre », dit Robert Lafrenière, qui encourage le public à dénoncer les magouilles.

Prévention

M. Lafrenière est enfin fier d’un volet peu connu des activités de l’UPAC : la prévention. En trois ans, l’escouade a rencontré 17 000 personnes impliquées de près ou de loin dans l’octroi des contrats publics, pour les sensibiliser aux risques de corruption.

La prévention est à la base d’un changement de culture souhaité au Québec, affirme le commissaire Lafrenière.

Dans cet esprit de prévention, l’UPAC promet d’être très présente sur le chantier de l’échangeur Turcot, un contrat de 3,7 milliards de dollars accordé au consortium formé de Kiewit et Parsons. « On va être omniprésents. On va avoir des ressources presque à temps plein sur ce chantier », prévient-il (voir autre texte en page A 5).

6 commentaires
  • Marc Lacroix - Abonné 19 décembre 2014 06 h 49

    Peut-être de l'espoir !

    Il est en effet capital que l'UPAC puisse travailler tranquille et à l'abri des dirigeants politiques du moment qui pourraient vouloir voir cette dernière mettre l'accent sur certaines enquêtes visant des adversaires alors qu'elle en oublierait certaines qui rendent des amis inconfortables.

    Questions de statistiques: le monde des enquêtes est très complexe dans une société de droits, où les procureurs et enquêteurs doivent démontrer "hors de tout doute raisonnable" la culpabilité des accusés. D'utiliser des statistiques pour s'assurer de la "rentabilité" de l'investissement relève de la bêtise de petits comptables sans vision. Par ailleurs, le choix du commissaire est capital et ce dernier ne doit pas être nommé en vertu de ses allégeances politiques, mais plutôt en vertu de ses qualités d'enquêteurs et de gestionnaire d'enquêteurs. Un homme ayant trempé dans la politique ne devrait pas avoir accès à ce type de poste, il est question d'enquêtes, pas de politique.

    Autre chose que les libéraux devraient comprendre, c'est que les coupures dans la Fonction publique provinciale sont dangereuses si l'on veut lutter contre la corruption, car les policiers seuls ne peuvent porter des jugements sur la gestion de contrats d'ingénierie. Si le gouvernement provincial élimine ses ingénieurs, en maintenant des conditions de travail trop inférieures avec les conditions de travail du privé, la lutte est perdue d'avance.

    • Jacques Dumont - Inscrit 19 décembre 2014 07 h 55

      il ne faut pas oublier que si l'on coupe dans la fonction publique a la hache et aussi rapidement les libéraux visent 2 objectifs
      1- diminuent le nombre potentielle de "sonneur d'alerte" pour l'avenir ceux la même qui sont a l'origine des déboires de leur ptits amis

      2-et agissent avant que le rapport Charbonneau ne leur disent d'augmenter l'expertise en régie dans les différent ministères pour contrer la collusion

  • Marino Tremblay - Inscrit 19 décembre 2014 07 h 21

    Police politique, perception ou réalité!

    Je ne vois rien dans ce qui est dit qui peut infirmer que l'UPAC n'est pas une police politique et qui le sera encore plus avec les changements à venir. Des résultats décevants devant toutes la corruption qui est démontrée depuis les quinze dernières années, des années de laxisme avant d'arriver à quelques poursuites au niveau municipal pour sauver la face, aucune poursuite qui touche ou touchera le parti libéral, la reprise des extras sans vergogne au MTQ, tout semble prouver le contraire.

    Dors québécois dors, tout peut continuer comme avant...le système mis sur pied par le parti libéral me semble presque parfait. Quel génie quand même.

    Bonne année 2015!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 décembre 2014 10 h 28

    L’UPAC enfin libre en 2015?

    Doit-on comprendre qu'elle ne l'était pas ?

    PL

    • François Dugal - Inscrit 19 décembre 2014 14 h 15

      Affirmatif, mon colonel.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 20 décembre 2014 09 h 19

      Et que ou qui lui donnera toute sa liberté ? Le nouveau gouvernement libéral ? Attendez... y a comme quelque chose de pas clair quelque part. Je suis un peu étourdi là. Y a comme un spin qui spin un peu trop fort pour ma petite tête.

      PL