Une expulsion évitée grâce à Ebola

Safiatou Bah a demandé le statut de réfugié au Canada en 2013 en évoquant la persécution qu’elle subissait dans son pays à cause de son homosexualité.<br />
Photo: Thinkstock Safiatou Bah a demandé le statut de réfugié au Canada en 2013 en évoquant la persécution qu’elle subissait dans son pays à cause de son homosexualité.

Safiatou Bah et ses cinq enfants, Ousmane Sow, Mamadou Madiari Sow, Mamadou Bailo Sow, Brihima Sow et Alpha Oumar Sow, ne seront pas obligés de partir pour la Guinée le 10 janvier prochain.

L’Agence des services frontaliers du Canada a en effet accordé un sursis à l’expulsion de la famille après que la députée fédérale d’Ahuntsic, Maria Mourani, se fut portée à leur défense.

Dans une lettre datée de lundi dernier, la députée s’affligeait en effet que l’on s’apprête à expulser une famille comptant cinq enfants mineurs en Guinée-Conakry, malgré l’épidémie d’Ebola qui y sévit.

« Comme vous le savez, notre pays ne délivre plus de visa pour les personnes en provenance de Guinée-Conakry en raison de l’épidémie d’Ebola qui y sévit », écrivait-elle au ministre de Citoyenneté et Immigration Canada, Chris Alexander, et au ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney.

Le Canada déconseille également à ses ressortissants de visiter la Guinée, a-t-elle ajouté en entrevue.

Cela n’empêche pas l’Agence des services frontaliers du pays de continuer à procéder à des expulsions vers les pays en quarantaine. Pendant ce temps, en novembre dernier, les États-Unis ont offert le statut de protection temporaire aux ressortissants du Liberia, de la Guinée et de la Sierra Leone pour une période de 18 mois, en raison de l’épidémie d’Ebola.

Homosexualité

Mme Bah a demandé le statut de réfugié au Canada en 2013 en évoquant la persécution qu’elle subissait dans son pays à cause de son homosexualité.

Excisée dans sa jeunesse, Mme Bah a été mariée de force à un homme qui est aussi le père de ses cinq enfants. Après avoir été surprise en flagrant délit de relation homosexuelle par des membres de sa famille, Mme Bah aurait vu sa maison et sa voiture incendiées, et aurait été battue et insultée, selon le témoignage de son avocate, Me Isabelle Sauriol. En Guinée, l’homosexualité est un crime passible de dix ans de prison. Le père de Mme Bah serait un puissant imam de la Guinée et il l’aurait répudiée. La famille de Mme Bah la menace également de lui enlever ses cinq enfants, qui ont de 2 à 14 ans, pour les envoyer à l’école coranique.

Lettre irrecevable

Paradoxalement, c’est le mari de Mme Bah qui l’a protégée de sa famille et qui l’aurait aidée à gagner le Canada avec ses enfants. Il aurait lui-même fait une semaine de prison en conséquence de ces actions et serait maintenant au Sénégal.

Pour leur part, les autorités canadiennes n’ont pas conclu hors de tout doute à l’homosexualité de Mme Bah. La section d’appel des réfugiés n’a pas admis la nouvelle preuve déposée par l’avocate de Mme Bah, dont des photos et une lettre de son père dans laquelle il lui écrit : « Tu as souillé avec ton homosexualité la dignité des peulhs de la Guinée et des musulmans du monde entier. […] Ou que vous puissiez vous trouver, vous serez tous pourchassés, traqués jusqu’à ce que la sentence suprême divine [tombe] sur vous. » Or, selon Me Sauriol, la Cour fédérale a amorcé au cours de l’été un nouveau courant jurisprudentiel qui pourrait jouer en faveur de Mme Bah, qui est par ailleurs admissible à un examen des risques avant renvoi au mois de mars prochain, si elle est encore au pays.

4 commentaires
  • Daniel Guibord - Inscrit 18 décembre 2014 03 h 48

    Comment rire des Canadiens, et avec leur argent en plus


    De toutes évidences, selon la Cour fédérale, bientôt une simple lettre suffira pour usurper un droit d'immigrer au Canada.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 décembre 2014 09 h 33

      C'est encore plus simple avec le programme d'invetisseur: une banque vous fait un prêt, sans le moindre risque puisque l'argent est reprêté au governement, vous n'avez même pas besoin de venir au Canada, et vous pouvez envoyer vos enfants à McGill au prix québécois!

    • Albert Descôteaux - Inscrit 18 décembre 2014 11 h 18

      Ah, c'est ainsi que McGill recrute la crème de la crème parmi sa clientèle internationale! Franchement...

  • Sylvain Auclair - Abonné 18 décembre 2014 12 h 01

    Réfugiée

    Elle est au Canada, elle est menacée de mort si elle retourne, on devrait la garder.
    En espérant qu'elle et ses enfants s'intègrent.