Un seul employé de nuit était insuffisant, admet le copropriétaire

Aux audiences du coroner sur l’incendie tragique de L’Isle-Verte, qui a fait 32 morts en janvier dernier, le copropriétaire de la résidence pour personnes âgées, Roch Bernier, a concédé que d’avoir un seul employé en poste cette nuit-là, qui n’avait jamais participé à un exercice d’évacuation, n’était pas suffisant.


L’enquête publique présidée par le coroner Cyrille Delâge a repris mercredi matin au palais de justice de Rivière-du-Loup.

M. Bernier a admis ne pas avoir obligé son employé Bruno Bélanger, en poste la nuit du drame, à participer à un exercice de sécurité incendie. Pas plus que l’autre employé de nuit de la résidence du Havre.

Or, il y avait 52 résidants âgés, dont plusieurs ne pouvaient marcher, se déplaçant en fauteuil roulant ou à l’aide d’une marchette.

«Un employé seul ne peut pas tout faire», a admis M. Bernier, qui a aussi dit qu’une évacuation de nuit, quand des résidants sont endormis et parfois sous l’effet de médicaments, est plus ardue.

Bombardé de questions sur ce choix de n’avoir qu’un seul gardien de nuit, M. Bernier a dit que cela respectait la loi.

«Et dans ma tête, j’allais avoir de l’aide de l’extérieur», a-t-il expliqué en faisant référence aux pompiers.

«Mais les pompiers, ils ont un délai de 15 minutes», a rétorqué le coroner, visiblement irrité par cette explication.

De plus, le plan d’urgence de la résidence prévoit que l’une des premières étapes en cas d’incendie est l’évacuation des résidants. Or, M. Bélanger est d’abord allé réveiller l’autre copropriétaire, Irène Plante, bien que cela ne soit pas prévu dans les directives écrites.

M. Bernier a justifié cette décision en indiquant que l’évacuation pouvait se faire plus facilement et plus efficacement à deux.

«Vous ne pensez pas que vous avez ainsi perdu de précieuses minutes?» lui a lancé la procureure du coroner, Marie Cossette.

Elle a ensuite demandé à M. Bernier si le préposé n’aurait pas pu téléphoner à Mme Plante pour la réveiller au lieu de se déplacer. Celui-ci a admis qu’il avait effectivement un téléphone à cet effet.

Lors des journées précédentes d’audiences, il avait été mentionné que les résidants sont restés coincés à l’intérieur lors de l’incendie, car la porte principale intérieure était verrouillée.

Et les deux clés de cette porte étaient dans le bureau de M. Bernier, a témoigné ce dernier.

L’autre copropriétaire a offert un témoignage divergent — mais aussi contradictoire. Elle a d’abord dit qu’elle avait la clé sur elle, mais qu’avec la panique, elle avait oublié. Puis, elle a été mise en contradiction avec ses déclarations faites à la police peu après l’incendie: à ce moment, elle avait dit avoir essayé d’ouvrir la porte, mais que la serrure était gelée. Mercredi, elle a dit que cette version était aussi vraie, mais qu’elle avait tenté d’ouvrir une autre porte avec la clé.

Mme Plante a aussi relaté ne pas avoir participé à l’évacuation des résidants. La fumée dense l’en empêchait, soutient-elle.

Mercredi matin, une femme a aussi raconté qu’elle s’était fait offrir un poste de préposé de nuit à la résidence du Havre à un salaire de 2 $ de l’heure et s’être fait dire qu’elle pouvait dormir durant son quart de travail.

Guylaine Larivée a dit avoir postulé pour l’emploi de préposée de nuit. Elle a indiqué que le propriétaire Roch Bernier avait justifié ce taux horaire de 2 $ de l’heure en lui expliquant que la tâche n’était pas si lourde et qu’elle pouvait dormir pendant le travail. Elle a dit avoir refusé le poste.

Le témoignage de Bruno Bélanger, qui était de garde lors de la nuit du drame, est fort attendu.

Le coroner Cyrille Delâge a déjà entendu des dizaines de témoins lors des six précédentes journées d’audiences, en novembre.

Le processus d’enquête va se conclure avec les experts de la Sûreté du Québec, qui vont analyser toute la preuve et tenter de faire la lumière sur ce qui s’est produit cette nuit-là.

Les audiences doivent se terminer au plus tard jeudi.