Le Québec idéal d’un ministre poète

Plusieurs personnalités politiques, dont Louise Beaudoin et Bernard Landry, ont assisté à la cérémonie.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Plusieurs personnalités politiques, dont Louise Beaudoin et Bernard Landry, ont assisté à la cérémonie.

Sur des airs de l’artiste Pauline Julien, des Québécois de diverses origines ont rendu hommage au journaliste, poète et homme politique Gérald Godin, dimanche après-midi. Vingt ans après sa mort, les liens tissés entre l’ex-député de Mercier et les communautés culturelles sont toujours visibles.

Les quelque 200 personnes réunies au Complexe Memoria situé sur le boulevard Saint-Laurent ont assisté à un spectacle mélangeant poésie et chanson. Par la suite, des jeunes ont entonné des chants grecs et fait vibrer l’auditoire au rythme d’une danse traditionnelle chilienne.

Des représentants des communautés grecque, chilienne et portugaise ont remercié dans leurs discours celui qui a entre autres été ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration de 1981 à 1984 au sein du gouvernement de René Lévesque pour son implication au sein de leur communauté respective.

L’actuel député de Mercier, Amir Khadir, estime que « le travail des gens comme Godin en interculturalisme » a permis de prévenir des dérapages. « Même [les politiciens] les plus ethniques, les plus nationalistes, ou même ceux qui se sont laissé tenter par une politique identitaire ne l’ont pas fait par rejet de l’autre, mais plutôt par une volonté [de mettre en avant] l’identité des Québécois d’origine canadienne-française. »

L’ex-député péquiste Robert Perreault rappelle l’image du député-poète faisant sa campagne électorale à bicyclette. « Il y avait quelque chose d’un peu naturel pour M. Godin d’aller vers les gens, peu importe leur religion et leur culture. Il aimait les gens. »

L’ex-premier ministre Bernard Landry, le chef du Bloc Québécois Mario Beaulieu et l’ancienne ministre déléguée aux Affaires intergouvernementales canadiennes Louise Beaudoin étaient présents.

Le Québec de Godin

Différentes personnalités politiques présentes ont décrit la vision qu’avait Godin du Québec de demain : « solidaire », « ouvert », « multiethnique », « indépendant », « où l’on pourrait parler français ».

Ce modèle de « solidarité » est « de moins en moins appliqué », estime M. Khadir, mais il reste ancré dans les moeurs. « C’est une idée tellement forte au Québec que même ceux qui n’épousent pas les mêmes politiques en matière sociale que Godin s’en réclament. »

L’ex-député péquiste Daniel Turp croit que « si M. Godin était encore là, il serait dans des marches » pour dénoncer les compressions.

Nathalie Rochefort, ex-députée libérale dans Mercier, estime plutôt que le modèle idéal de Godin a « évolué ». Les coupes budgétaires sont « obligatoires » dans certaines situations, dit-elle.

D’autres ont déploré un changement de vision quant à l’apprentissage du français aux nouveaux arrivants. « En 2010, le gouvernement a cru que c’était une bonne idée d’en couper le financement, a lancé John Theodosopoulos, président du Congrès hellénique du Québec. M. Godin, lui, a investi énormément dans la communauté grecque pour que nos enfants puissent aller à l’école en français. »

Gérald Godin est décédé d’un cancer du cerveau le 12 octobre 1994, après 18 ans de vie politique. Son entrée dans ce domaine a été fracassante puisqu’il avait remporté la circonscription de Mercier en délogeant le premier ministre sortant Robert Bourassa lors des élections du 15 novembre 1976.

Avec La Presse canadienne