Un enfant sur quatre vit en situation de vulnérabilité

« C’est notre seule collecte de fonds au cours de l’année, et ses fruits représentent le tiers de notre budget », rappelle le pédiatre Gilles Julien.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « C’est notre seule collecte de fonds au cours de l’année, et ses fruits représentent le tiers de notre budget », rappelle le pédiatre Gilles Julien.

Comme chaque année, le Dr Gilles Julien ne peut s’empêcher d’être nerveux à l’approche de sa guignolée annuelle. « Ça me stresse beaucoup, car si le public n’est pas au rendez-vous, j’ai un problème », déclare-t-il. À ses yeux, l’argent récolté compte moins que la signification du don : plus la participation est importante, plus il sent que son travail est apprécié. Une espèce d’imprimatur populaire, si on veut. « Sans ce soutien, je ne pense pas que je pourrais continuer », dit-il.

Si l’on se fie au succès des années précédentes, il n’y a pas de quoi s’inquiéter pour cette 12e édition de la Guignolée du Dr Julien, qui se tient ce samedi. Depuis 2012, l’événement permet d’amasser plus d’un million de dollars, dont la majorité vient des poches des particuliers. Tous ces dons financeront directement les services prodigués à plus de 2000enfants défavorisés dans les deux centres de pédiatrie sociale en communauté fondés par le Dr Julien dans les quartiers Hochelaga-Maisonneuve et Côte-des-Neiges. Il s’agit de suivis médical, psychosocial, psychoéducatif et éducatif ; de thérapies innovantes, comme l’art-thérapie et la musicothérapie ; de soins orthophoniques, psychologiques, pédopsychiatriques et neuropsychologiques ; et d’activités sportives et culturelles.

« C’est notre seule collecte de fonds au cours de l’année, et ses fruits représentent le tiers de notre budget », rappelle le pédiatre.

Un enfant sur quatre

Selon le Dr Julien, la situation des enfants défavorisés au Québec ne s’améliore pas. « Un enfant sur quatre vit dans un état de vulnérabilité tel qu’il ne peut se développer correctement sur plusieurs plans, indique-t-il. C’est énorme ! Dans un milieu comme celui d’Hochelaga-Maisonneuve, c’est pratiquement un enfant sur deux. »

Leurs conditions de vie sont affreuses. « Nous visitons des logements pleins de moisissures et de coquerelles, raconte le pédiatre. Le vent se faufile sous les portes mal isolées et par les fenêtres cassées. Les jeunes sont toujours malades et n’ont pas accès à des soins de qualité. »

Actuellement, 16 centres de pédiatrie sociale parviennent à soutenir 4000 enfants au Québec. Mais ils seraient plus de 30 000 dans la province. « Nous travaillons à un projet qui nous permettrait d’aider 20 000 enfants d’ici les cinq prochaines années, informe le Dr Julien. Cela implique toutefois une croissance des centres qui, pour y parvenir, devraient passer de 16 à 40, et ce, dans tous lesmilieux vulnérables du Québec. »

Malgré le contexte d’austérité, le Dr Julien a bon espoir que son projet se concrétise puisque le premier ministre Philippe Couillard a affirmé dans son discours inaugural qu’il faisait des enfants vulnérables et du développement de la pédiatrie sociale des priorités. « Je mise là-dessus, dit-il. Nous sommes en train de reconstruire un Québec qui soutiendra davantage les enfants vulnérables grâce à un nouveau paradigme de médecine sociale qui est très efficace et peu coûteux en comparaison aux grandes institutions qui, elles, n’y arrivent pas. »

Mais cela ne fait pas l’affaire de tous, et le Dr Julien se sait contesté. Des établissements de santé et de services sociaux ont le sentiment que lui et son équipe viennent jouer dans leurs plates-bandes. « Notre créneau est très particulier, et peu de gens sont suffisamment équipés pour s’occuper de ces enfants et de leur famille, estime-t-il. C’est complexe. Nous sommes confrontés à des problèmes de santé physique, de santé mentale, d’identité, d’apprentissage, de mauvaises conditions de vie et, souvent, tout cela en même temps… Certains se sentent en compétition avec nous et y vont de critiques très dures. »
 

La Guignolée du Dr Julien se poursuit jusqu’au 15 janvier.

www.fondationdrjulien.org

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