Épidémie de tueries de masse aux États-Unis?

Sandy Hook, Fort Hood, Virginia Tech, Aurora… Quatre noms d’institutions ou de lieux aux quatre coins des États-Unis désormais stigmatisés par les tueries de masse qui s’y sont déroulées ces dernières années. Selon une étude du FBI dévoilée en septembre 2014 recensant ce type d’événements entre 2000 et 2013, ces quatre incidents, parmi les plus meurtriers de l’histoire américaine, seraient symptomatiques d’une tendance à la hausse aux États-Unis. Des criminologues et autres experts contestent toutefois ces chiffres, plaidant des failles méthodologiques et l’effet amplificateur des médias.

Dans son étude dévoilée en septembre, le FBI indique que le nombre de tueries de masse et de victimes était en progression entre 2000 et 2013. Plus exactement, c’est à partir de 2007 que les chiffres augmentent. Des 160 incidents du genre répertoriés pendant ces 13 années, il y en a eu 16,4 par année entre 2007 et 2013, comparativement à 6,4 entre 2000 et 2006. Un total de 486 personnes ont été tuées lors de ces tueries depuis 2000, dont 366 au cours des sept dernières années seulement.

Le gouvernement américain a commandé cette recherche dans la foulée des tueries particulièrement meurtrières qui avaient secoué la population américaine. Fait à noter, les analystes de l’agence fédérale ont exclu les tueries liées à la violence familiale ou conjugale, de même que celles liées aux gangs et au crime organisé.

Tragique ? Apeurant ? « Certes », affirme James Alan Fox, criminologue et spécialiste des tueries de masse à l’Université Northeastern. « Ces actes de violence extrême dont les cibles sont prises aléatoirement par le tireur sèment l’inquiétude, car elles sont imprévisibles et peuvent frapper n’importe qui. Or elles sont extrêmement rares : elles représentent moins de 1 % des homicides commis avec arme à feu », rappelle-t-il.

Selon les chiffres du département américain de la Justice, de 10 800 à 12 800 personnes meurent chaque année depuis 2000 d’actes de violence impliquant des armes à feu dans ce pays d’un peu plus de 300 millions d’habitants. Or le nombre annuel de victimes des tueries de masse reste habituellement sous la barre des 100. M. Fox est d’ailleurs de ceux qui estiment que la fréquence à laquelle surviennent ces événements est stable depuis des décennies aux États-Unis, de même que le nombre de victimes, contrairement à ce qu’indique l’étude du FBI. Parmi les failles méthodologiques de cette dernière, il cite l’exclusion des tueries impliquant des membres de la famille ou encore le fait que le FBI s’est appuyé, en plus des rapports de police, sur des sources ouvertes telles que les médias. Or ceux-ci « couvrent aujourd’hui beaucoup plus ces tueries qu’ils ne le faisaient au début des années 2000. Plusieurs événements de l’époque ne se retrouvent donc pas dans les recherches », relate M. Fox. Les tueries d’Aurora et de Newtown, en 2012, ont d’ailleurs été jugées les histoires les plus importantes de l’année selon un sondage de l’agence Associated Press mené auprès des dirigeants de médias américains.

En se basant uniquement sur les données de la police fédérale et en considérant toutes les tueries (sans égard au lieu ou au motif) ayant fait au moins quatre morts, James Alan Fox et sa collègue Monica J. DeLateur en arrivent à la conclusion que le nombre moyen d’incidents et de victimes depuis 1976 n’a pas réellement changé. « Ce qui est très clair en regardant l’ensemble de ces tueries de masse est la variabilité très aléatoire des décomptes annuels », concluent-ils dans leur étude « Mass Shootings in America : Moving Beyond Newtown », publiée début 2014.

Tueries les plus meurtrières depuis 2000

Université Virginia Tech (Virginia) : 32 morts (2007)

Base militaire de Fort Hood (Texas) : 13 morts (2009)

Cinéma à Aurora (Colorado) : 12 morts (2012)

École primaire Sandy Hook, Newtown (Connecticut) : 27 morts, dont 20 enfants (2012)