Frank Zampino aurait été au coeur du scandale

Frank Zampino, aurait joué un rôle de premier plan dans le trucage du contrat de 356 millions de dollars.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Archives Frank Zampino, aurait joué un rôle de premier plan dans le trucage du contrat de 356 millions de dollars.

L’ancien président du comité exécutif, Frank Zampino, aurait joué un rôle de premier plan dans le trucage du contrat de 356 millions de dollars pour l’installation de compteurs d’eau à Montréal.

De nouveaux documents judiciaires obtenus par Le Devoir et d’autres médias révèlent que le numéro deux de l’administration Tremblay aurait été mêlé de près aux jeux de coulisses qui ont permis au consortium Génieau (Simard-Beaudry et Dessau) de remporter la mise.

M. Zampino, déjà accusé de fraude pour la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur, aurait été en contact étroit avec les entrepreneurs Tony Accurso et Frank Minicucci (Simard-Beaudry), l’ingénieur Rosaire Sauriol (Dessau), l’entrepreneur Paolo Catania (F. Catania) et le collecteur de fonds d’Union Montréal Bernard Trépanier.

Ils auraient bafoué les règles contractuelles de la Ville de Montréal, interdisant aux élus et aux fonctionnaires de socialiser avec les soumissionnaires.

Des instructions très claires avaient été données aux firmes intéressées par le contrat, afin qu’elles ne communiquent pas avec les fonctionnaires ou les élus. « Un manquement à cette règle serait considéré comme une faute grave entraînant l’exclusion du candidat de l’appel de propositions », indique un enquêteur dans une déclaration assermentée.

Agenda loquace

Le document a été produit en cour afin d’obtenir des mandats de perquisition visant les résidences des Accurso, Minicucci, Catania, Zampino, Abdallah et Trépanier.

Les informations contenues dans les mandats de perquisition n’ont pas fait l’objet d’un débat devant les tribunaux. Les documents font état des soupçons des enquêteurs.

Les policiers de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ont saisi l’agenda de Frank Zampino dans le cadre de leur enquête. Durant la période critique qui couvre le lancement du deuxième appel de propositions (en avril 2007) et la décision du comité de sélection (en novembre 2007), Frank Zampino aurait rencontré Frank Minicucci à trois reprises. Rosaire Sauriol assistait à l’une de ces rencontres. Le jour même du dépôt des propositions, le 10 octobre 2007, M. Zampino rencontrait Frank Minicucci à son bureau de l’hôtel de ville.

Entre 2005 et 2008, l’agenda de Frank Zampino mentionne 49 rencontres avec Bernard Trépanier, 12 avec Tony Accurso, 65 avec Rosaire Sauriol, 11 avec Frank Minicucci et 22 avec Paolo Catania.

Frank Zampino, Robert Abdallah, Rosaire Sauriol, Frank Minicucci, Tony Accurso, Paolo Catania et Bernard Trépanier sont visés par l’UPAC.

L’enquête porte sur des infractions possibles de fraude, complot, abus de confiance, corruption dans les affaires municipales et fraude envers le gouvernement.

Les sept hommes auraient multiplié les sorties au Centre Bell, les voyages, les soupers entre couples, etc.

Les enquêteurs étudient minutieusement les activités de ce réseau social. Les perquisitions visaient à mettre la main sur une série d’items : souvenirs, photos, billets de voyage ou cartes d’embarquement, lettres de remerciement, anciens passeports, documents bancaires, courriels, agendas, etc. Ces éléments pourraient s’avérer utiles pour faire la preuve d’infractions d’abus de confiance et de corruption de fonctionnaires.

Les enquêteurs ont sollicité des informations auprès de nombreuses compagnies aériennes, afin de déterminer qui avait payé les billets d’avion pour les voyages de Frank Zampino en compagnie Paolo Catania et de Tony Accurso. Ils n’y sont pas arrivés. Les informations relatives à l’adresse de facturation et au mode de paiement sont incomplètes.

Personne n’a été arrêté à ce jour, plus de cinq ans après le début de l’enquête.

Un BBQ chez Zampino

Le réseau social de Frank Zampino englobait des élus encore actifs en politique municipale, révèlent de nouveaux documents judiciaires obtenus par Le Devoir et d’autres médias. Chaque année, Frank Zampino organisait un BBQ à sa résidence d’Anjou. Sur sa liste d’invités figuraient trois politiciens encore actifs : Claude Dauphin (maire de Lachine), Michel Bissonnet (maire de Saint-Léonard) et Mario Battista (conseiller de Saint-Léonard). Des élus d’Union Montréal qui ont pris leur retraite étaient aussi présents : Sammy Forcillo, Cosmo Maciocia, Francine Sénécal et son conjoint, feu Martial Fillion. Des gens d’affaires mêlés aux contrats des compteurs d’eau et du Faubourg Contrecoeur assistaient aussi à la petite fête mondaine : Rosaire Sauriol et Paolo Catania.