Appel au retrait du projet de loi fédéral

À quelques jours du 25e anniversaire de la tuerie à l’École Polytechnique, des voix s’élèvent pour réclamer le retrait du projet de loi fédéral visant à faciliter la possession d’armes à feu.

« Le lobby des armes est en train de gagner la guerre. Nous avons besoin de renfort », a plaidé Nathalie Provost, une survivante de la fusillade du 6 décembre 1989.

« Nous réclamons que le gouvernement fédéral retire le projet de loi C-42 et interdise les armes d’assaut », a-t-elle poursuivi en conférence de presse à Montréal, vendredi matin.

À ses côtés, la porte-parole du groupe Polysesouvient, Heidi Rathjen, a affirmé que la loi fédérale sur le contrôle des armes à feu est aujourd’hui plus faible qu’elle ne l’était au moment de la fusillade, qui a fait 14 victimes et 13 blessés.

La demande de retrait du projet de loi C-42 est notamment appuyée par l’Ordre des ingénieurs du Québec, l’École Polytechnique, l’École de technologie supérieure et le Réseau des ingénieurs du Québec.

Ottawa en désaccord

À en croire la réaction du ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, tout indique que la requête restera lettre morte.

 

« On ne doit pas pour autant ostraciser et pénaliser une frange importante de la population qui s’adonne à des activités traditionnelles québécoises comme la chasse, la pêche », a-t-il offert vendredi en entrevue avec Radio-Canada.

Les propos du ministre ont fait bondir Heidi Rathjen — même si cette dernière dit avoir l’habitude de la rhétorique conservatrice.

« Ça n’a aucun sens. C’est malhonnête, c’est de la désinformation ! Les allégements ne touchent presque pas les propriétaires d’armes de chasse », a-t-elle dénoncé, disant être consciente des minces chances de réussite de la démarche entamée vendredi.

« Avec ce gouvernement-là, c’est certain que nous ne sommes pas optimistes, mais il faut essayer, et il faut surtout informer les Canadiens […] que les lois ressemblent de plus en plus à celles des États-Unis », a exposé la porte-parole en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.


NPD et PLC contre
 

Le projet de loi déposé le 7 octobre dernier a fait l’objet d’un débat en deuxième lecture mercredi aux Communes.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral ont déjà signalé leur intention de s’y opposer.

« Nous, on trouve que c’est un mauvais projet de loi, et je comprends les gens d’être très préoccupés », a déclaré la députée néodémocrate Hélène Laverdière.

Les conservateurs détenant une majorité en Chambre, il y a fort à parier que le projet de loi sera adopté s’il franchit toutes les étapes requises avant les prochaines élections générales.

Mais « ce n’est pas parce qu’ils [les conservateurs] ne veulent rien entendre qu’il faut se taire ; il faut que les gens continuent de parler », a souligné la députée montréalaise.

Le Parti libéral ne croit pas qu’il faille carrément retirer le projet de loi C-42.

Le chef de la formation, Justin Trudeau, a signalé mercredi qu’il contenait « des éléments constructifs », comme « les restrictions sur la capacité de quiconque qui ait subi une condamnation pour violence conjugale d’accéder à des armes à feu ».

Idéalement, il faudrait le scinder, a précisé vendredi son attaché de presse, Cameron Ahmad.

 

« Nous serions ainsi en mesure de voter contre les dispositions qui mettraient la vie des Canadiens en danger et pour celles qui protégeraient la population », a-t-il spécifié.

L’une des dispositions controversées contenues dans le projet de loi concerne les pouvoirs en matière de classification des armes à feu : le dernier mot reviendrait aux politiciens, et non aux autorités policières, quand il s’agira de classer certaines armes comme restreintes.

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