Des témoins racontent l’horreur

Les cris horribles des résidants pris au piège ont déchiré la nuit glaciale de L’Isle-Verte, le 23 janvier dernier, couvrant le bruit du brasier et des débris enflammés qui tombaient au sol. La vidéo d’une femme, arrivée par hasard sur les lieux de l’incendie, à la Résidence du Havre, saisit bien l’horreur du moment.​
 

Les cris horribles des résidants pris au piège ont déchiré la nuit glaciale de L’Isle-Verte, le 23 janvier dernier, couvrant le bruit du brasier et des débris enflammés qui tombaient au sol.

La vidéo d’une femme, arrivée par hasard sur les lieux de l’incendie, à la Résidence du Havre, saisit bien l’horreur du moment.

Nathalie Paquin Tanguay se rendait en Gaspésie avec des membres de sa famille lorsqu’elle a aperçu l’incendie.

Ils se sont arrêtés, et, angoissée, elle a filmé la scène pendant que ses frères tentaient d’aider les personnes âgées de la résidence, dont certains étaient sur leurs balcons, appelant à l’aide, a-t-elle relaté.

«La madame est sur le bord!», peut-on l’entendre crier dans la vidéo.

«Vite, vite, vite!», implore-t-elle ses frères pendant que des cris retentissent.

Sans son

Une ordonnance de non-publication est en vigueur pour le son de ces vidéos, imposée par respect pour les familles des résidants qui ont péri.

Aux audiences sur le drame de L’Isle-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, le coroner a entendu des témoignages saisissants, mercredi matin, ceux des personnes arrivées sur les lieux avant les services d’urgence, dont un homme qui a déclaré que lorsqu’il a vu le premier pompier, «il était déjà trop tard».

Cet homme, Pascal Paquin, le frère de Nathalie, a aussi fait part de ce qu’il a vu mercredi aux audiences du coroner sur l’incendie qui a coûté la vie à 32 personnes âgées.

M. Paquin avait l’impression d’avoir été sur place à la Résidence du Havre «depuis une éternité» lorsque les pompiers sont arrivés.

Avant cela, il a dit avoir eu le temps de tenter de débarrer la porte d’entrée, de crier pour voir si des gens avaient besoin d’aide, d’aller chercher de l’équipement dans sa voiture, d’essayer d’atteindre des résidants sur leur balcon pour les sauver, d’aller prendre une échelle et de remonter pour une autre tentative.

Il n’a pas réussi à sauver un homme qui appelait à l’aide de son balcon, l’échelle étant trop courte.

«Arrivez!»

Après seulement, il a vu des pompiers.

«Ben câlisse, arrivez!», l’entend-on crier sur la vidéo de sa soeur, sans entendre ce que les personnes qu’il a croisées disaient ou faisaient.

Aux audiences du coroner, M. Paquin a expliqué ce qu’il a fait ce soir-là.

«Il n’y a pas un pompier qui a fait le tour du bâtiment pour voir s’il y avait des gens en détresse», a-t-il dit, refoulant sa colère.

«C’était le ’free for all’», a-t-il laissé tomber.

Tendu, devant arrêter son témoignage à plusieurs reprises parce qu’il pleurait, il a déclaré que lorsqu’il a vu un premier pompier en uniforme, celui-ci ne portait pas de masque à oxygène.

«Moi, j’ai failli suffoquer en haut», a-t-il dit.

Sa soeur affirme qu’ils sont arrivés sur place vers minuit 15 minutes, minuit 30 minutes.

La progression du brasier a été phénoménale, a-t-elle dit.

Elle a vu deux personnes, dont son frère, tenter d’ouvrir la porte principale de la Résidence du Havre, en vain.

Survivants

Des survivants ont aussi livré leur version des faits mercredi.

Arnaud Côté, âgé de 84 ans, a aidé trois femmes à sortir de la résidence. Elles se déplaçaient avec difficulté à l’aide de marchettes.

Quant à Conrad Morin, 89 ans, il est un ancien pompier. Il habitait au second et dernier étage de la résidence mais sa femme, Éva, avait une chambre au rez-de-chaussée car elle n’était pas autonome.

Il a voulu d’abord aller la sauver, explique-t-il, mais en s’engouffrant dans le corridor, il a dû rebrousser chemin, la fumée étant trop dense.

«J’entendais les femmes crier: ’Venez nous chercher! Venez nous chercher!’», a-t-il relaté au coroner Cyrille Delâge.

Il s’est résigné à sortir par sa porte-patio, deux étages au-dessus du sol.

L’ancien pompier a d’abord déchiré le plastique coupe-froid qui recouvrait la porte.

«J’ai sorti mes draps puis je les ai attachés à la rampe. Mais ça a cassé, je suis tombé sur la glace.»

«Sept fractures», a-t-il répondu à la procureure du coroner, Marie Cossette, qui lui demandait s’il avait été blessé.

Sa femme n’a pu être sauvée.

Journées ajoutées

Les audiences du coroner devaient se terminer lors de cette sixième journée d’audiences, mais Me Cossette a annoncé que des journées seront ajoutées en décembre, plusieurs témoins importants n’ayant pas encore été entendus.

Les copropriétaires de la Résidence du Havre, le gardien de nuit et les enquêteurs de la Sûreté du Québec, qui doivent fournir leur analyse de toute la preuve, n’ont pas encore témoigné.

Le rôle du coroner n’est pas de trouver des responsables mais plutôt de formuler des recommandations afin de s’assurer que pareil drame ne se reproduise pas.