Le chef pompier défend ses décisions

Le chef pompier de L’Isle-Verte, Yvan Charron, a appelé des renforts uniquement à son arrivée à la Résidence du Havre, alors qu’il avait appris auparavant que les résidents étaient tous coincés à l’intérieur du bâtiment en flammes.

Demander de l’aide une fois rendu sur les lieux est la façon de faire pour le service incendie de L’Isle-Verte, a déclaré mardi M. Charron aux audiences du coroner portant sur le décès de 32 personnes lors de cet incendie tragique, survenu en janvier dernier.

Il a ainsi requis des équipes des municipalités avoisinantes environ 19 minutes après le premier appel de détresse.

Après que son travail eut été remis en question la semaine dernière lors des audiences du coroner, le chef pompier a défendu mardi ses décisions et le travail de son équipe.

Exercice d’évacuation

Il a témoigné qu’il croyait que tous les résidents seraient déjà à l’extérieur du bâtiment à son arrivée sur les lieux, se basant sur un exercice d’évacuation effectué quelques années auparavant. Celui-ci avait été réalisé en plein jour, avec l’aide du personnel de la résidence.

Pourtant, la préposée du 911 lui avait dit que les résidents étaient coincés à l’intérieur de la Résidence du Havre et que la fumée les empêchait de voir quoi que ce soit.

En chemin, l’un des pompiers de son équipe l’avait aussi avisé que l’évacuation n’était même pas commencée.

Témoignant à l’audience au palais de justice de Rivière-du-Loup, le chef pompier a dit qu’il n’avait pas pensé que les gens seraient endormis et auraient possiblement pris des médicaments. Lui-même n’était « peut-être pas réveillé autant », son téléavertisseur ayant sonné alors qu’il dormait.

Il a admis savoir que la Résidence du Havre était classée à « haut risque » et que beaucoup de personnes non mobiles y habitaient. Le bâtiment comptait 52 unités d’habitation.

Yvan Charron n’a pas établi de poste de commandement en arrivant sur les lieux du brasier. Il a préféré aller sauver des gens, ce qui était à ce moment sa priorité, a-t-il témoigné. Selon lui, avant que les renforts n’arrivent, il avait le temps d’aider des résidents à sortir.

« J’étais en contrôle », a-t-il ensuite affirmé, soutenant que son intervention était structurée — une conclusion avec laquelle tous ses pompiers se sont dits en accord à l’audience.

Le coroner a semblé inquiet de l’absence d’un poste de commandement. « S’il n’y a pas de coordination, les pompiers deviennent une partie du problème plutôt que de la solution », lui a lancé le coroner Cyrille Delâge.

Après la procureure du coroner qui dirige les interrogatoires principaux, l’avocate des propriétaires, Dominique Bertrand, a aussi questionné M. Charron, revenant sur sa décision de ne pas appeler à l’aide d’autres casernes avant d’être rendu sur place.

La formation du chef pompier, qui est aussi directeur du service incendie pour L’Isle-Verte, a fait l’objet de nombreuses questions.

Celui-ci n’a jamais fait sa formation d’officier et plusieurs de ses pompiers n’ont pas suivi de cours de mise à jour de leurs qualifications puisqu’ils n’y étaient pas obligés en vertu de la loi. Une clause de droits acquis dans la nouvelle loi les en exemptait. « On a des jobs à temps plein », s’est défendu M. Charron, qui est agriculteur.