Les coupes à la Financière agricole provoqueront une baisse de la production, selon l’UPA

Thierry Haroun Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme - Austérité

L’Union des producteurs agricoles est déçue de la décision du gouvernement du Québec de ne pas verser la totalité du budget de l’année 2014-2015 à la Financière agricole du Québec. Ce budget a pourtant été adopté par décret ministériel il y a quelques semaines à peine, rappelle en entrevue au Devoir le président de l’UPA, Marcel Groleau, qui en a justement long à dire sur ce sujet.

« Ce sont 113 millions de dollars sur un budget total de 598 millions que le gouvernement du Québec ne versera pas à la Financière agricole du Québec », note M. Groleau, ajoutant avoir demandé des explications au ministre responsable de l’Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes, Martin Coiteux, lors d’un récent entretien. Et alors ? « Il a dit qu’il retenait cette somme par le fait que la Financière était en situation de surplus et en raison du contexte du marché [agricole]. L’année 2013 a été en effet excellente sur le plan des prix que les producteurs ont obtenus dans le secteur des céréales ainsi que celui des viandes. Mais cette conjoncture est très exceptionnelle et on ne croit pas qu’elle va se répéter. D’ailleurs, les prix concernant les céréales et les viandes ont commencé à fléchir », fait valoir Marcel Groleau.

Le président de l’UPA a aussi tenu à rappeler au ministre Coiteux qu’il était impératif d’améliorer la sécurité de revenu des agriculteurs en réinvestissant dans les programmes de la Financière, comme celui portant sur l’assurance stabilisation. « C’est ce qu’il faut faire si on souhaite que les producteurs investissent dans leurs entreprises parce que, depuis trois ans, on note un certain ralentissement dans ce sens. Les agriculteurs font de la gestion de risque, aussi, quand il y a des années où les prix sont mauvais. Il faut prévenir les prochaines crises. Comme vous le savez, il y a de mauvaises années, en agriculture, pas besoin de faire de grandes études là-dessus ! Cette année, par exemple, il y a eu une gelée hâtive en septembre et les producteurs ont perdu leur récolte. Au Témiscamingue, il a plu énormément, ce qui empêche la récolte. S’il arrive une maladie dans le secteur du porc, eh bien, ça peut affecter de manière importante plusieurs fermes… »

L’année 2009 en mémoire

Marcel Groleau donne aussi en exemple l’année 2009. Cette année-là, le gouvernement du Québec avait aussi imposé des mesures de resserrement aux programmes de la Financière agricole. Résultat : la production a chuté de 20 % à 50 % selon les secteurs (porcin, ovin ou bovin). Une baisse de production qui a engendré des pertes de revenus de plus de 300 millions de dollars pour les fermes concernées et tout autant à l’échelle de la transformation alimentaire. « Ce ne sont pas des économies, ça. L’austérité dans notre cas provoque une baisse de la production, et donc un retard dans les réinvestissements et dans la mise à niveau de nos équipements. Et lorsque les agriculteurs ne réinvestissent plus dans les nouvelles technologies, par exemple, il se fait moins de formation. Cette connaissance est moins à jour, ce qui fait que nos entreprises deviennent moins concurrentielles », dit-il.

À propos d’austérité

En parlant d’austérité, Marcel Groleau a profité de l’entrevue pour dire à quel point il était inquiet des impacts qu’entraîneront les récentes décisions du gouvernement du Québec en matière de développement des collectivités. « Nos villes, villages et campagnes ont besoin d’outils de développement pour réussir, et le désengagement actuel ne va pas dans le sens de leurs intérêts, bien au contraire. » Il fait ici référence à l’abolition des conférences régionales des élus et des CLD. Un communiqué de l’UPA indique d’ailleurs que c’est avec l’aide de la CRÉ que la Gaspésie a assuré le financement de la Table de concertation bioalimentaire et de l’association Gaspésie gourmande, qui fait la promotion des produits de la région. « Le Boeuf Alléchamps, une coopérative regroupant 40 producteurs de bovins de l’Abitibi-Témiscamingue, est un autre bel exemple de l’utilité de la CRÉ de cette région », lit-on plus loin.

Les CLD sont quant à eux engagés dans une multitude de projets favorisant le démarrage d’entreprises, la diversification de l’offre alimentaire, l’agrotourisme, l’aide à la relève et le développement de la zone agricole, poursuit le document. « À titre d’exemple, une entente spécifique entre les acteurs de la Mauricie a permis le financement de projets structurants, comme Cultivez l’entrepreneur en vous !, une démarche qui vise à maximiser le potentiel des entreprises agricoles. Ou encore dans les Laurentides, où les CLD appuient plusieurs initiatives dans les secteurs de l’agriculture biologique et de la formation agricole. »

 

Une dernière chose…

Enfin, Marcel Groleau avait une dernière chose à soulever concernant l’atteinte de l’équilibre budgétaire en 2015-2016 par le gouvernement libéral de Philippe Couillard. « Oui, l’équilibre budgétaire, c’est important. Ce que j’aurais toutefois apprécié, c’est que Québec eût impliqué les milieux concernés dans cette démarche. Or, les commissions mises sur pied par le gouvernement sur ce sujet ont fait un travail à l’interne sans discuter avec les clientèles intéressées. Pour nous, cette façon de faire est incompréhensible et choquante ! »

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