Une attaque contre l’université, selon la FEUQ

Jacinthe Leblanc Collaboration spéciale
Le gouvernement libéral a déjà demandé aux universités des compressions budgétaires de 172 M$ pour l’année 2014-2015.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le gouvernement libéral a déjà demandé aux universités des compressions budgétaires de 172 M$ pour l’année 2014-2015.

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Réduction d’offres de cours. Imposition de contingentement dans certains programmes. Fermeture de programmes. Diminution du nombre d’étudiants admissible aux universités. Réduction des services aux étudiants. Augmentation des frais institutionnels obligatoires. Pour l’instant, ce ne sont que des pistes envisagées par le réseau universitaire afin de répondre aux compressions budgétaires exigées par Québec. Jonathan Bouchard, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), voit le tout comme une attaque envers la mission fondamentale des universités, qui est d’abord et avant tout d’éduquer les étudiants et la population.

Le gouvernement libéral a déjà demandé aux universités des compressions budgétaires de 172 M$ pour l’année 2014-2015. Voilà que Québec impose des coupes additionnelles de 32 millions au réseau universitaire. « En ce moment, mentionne Jonathan Bouchard, on a d’énormes questionnements, à savoir quels sont les motifs réels. Est-ce qu’il y a un plan caché derrière [les coupes] du gouvernement ? » questionne-t-il. Plusieurs universités, dont la fin de l’année financière est le 1er avril, n’ont pas encore trouvé comment intégrer ces coupes dans leur budget.

M. Bouchard dit être en contact constant avec le ministère de l’Éducation et le ministre lui-même. Le message qu’il en ressort, « c’est une soumission totale face aux exigences du Conseil du trésor », déplore-t-il. L’impression que le Conseil du trésor a une mainmise complète sur l’action gouvernementale est forte. Pendant ce temps, plusieurs projets attendent toujours de voir le jour. C’est le cas du Conseil national des universités, une idée lancée par la FEUQ il y a près de cinq ans visant à penser le réseau universitaire comme un tout. Jonathan Bouchard dit que tous, y compris le ministre Bolduc, voient le potentiel d’un tel conseil, mais la question qui revient constamment est celle de l’argent. « On voit qu’il n’y a pas vraiment de vision à travers toutes ces coupes ou à travers les agissements du gouvernement. C’est simplement la course ou le sprint au déficit zéro », s’indigne le président.

Selon lui, les conséquences de ces mesures d’austérité dans le domaine de l’éducation ne sont pas à prendre à la légère. Présentement, « ce qui se discute un peu partout, raconte M. Bouchard, que ce soit dans les grandes universités à Montréal [ou] dans les plus petites universités en région », ce sont les conséquences au niveau des offres de cours ou encore du contingentement de programmes ciblés, voire la fermeture de certains programmes. « Tout va se faire à la session d’hiver, précise Jonathan Bouchard. Cela va probablement être une session très difficile pour plusieurs universités […]. Comment [seront-elles] capables de livrer leurs cours, leur mission fondamentale ? »

« L’éducation, c’est un des plus grands investissements qu’une société peut faire. C’est ce qui devrait être priorisé. Pas comment on peut équilibrer le budget dans 2 ans, mais comment, dans 10 ou 15 ans, on peut avoir une société plus riche », soutient-il.

La course au déficit zéro

La FEUQ se désole de voir le gouvernement mettre de l’avant une idéologie pour l’atteinte à tout prix du déficit zéro. « Est-ce que le déficit zéro est souhaitable pour une société ? demande Jonathan Bouchard. On le croit. Mais c’est [dans] la manière dont on doit y arriver et [dans] la manière aussi dont on doit le penser ». Pour M. Bouchard, le gouvernement a fait planer l’idée d’un dialogue social, tout en lançant des commissions sur la fiscalité et sur la révision des programmes.

« On croyait vraiment qu’il était y pour avoir un travail de réflexion de fond dans ces commissions-là […]. Mais [le gouvernement les utilise plutôt] comme outil pour trouver des places où sauver de l’argent sans réellement regarder comment on pourrait améliorer la redistribution de la richesse ou comment on pourrait pérenniser l’assiette fiscale du Québec. L’équilibre budgétaire, rappelle-t-il, se fait entre les revenus et les dépenses. Il n’y a absolument rien qui est fait en ce moment pour regarder comment le gouvernement pourrait augmenter ses revenus de quelconque manière ».

Des solutions aux compressions ?

La FEUQ propose plusieurs solutions pour éviter les compressions imposées aux universités. Elle a d’ailleurs déposé deux mémoires à la commission sur la fiscalité et à celle sur la révision des programmes. Parmi les solutions identifiées, il y a la création d’un palier d’imposition sur le revenu des particuliers déclarant plus de 250 000 $, solution réclamée par bon nombre de groupes et de coalitions. La fédération étudiante suggère également une imposition des gains en capitaux plus grande. Un troisième exemple apporté par M. Bouchard est une refonte de la taxe verte qui, en plus d’aller chercher de l’argent supplémentaire, aurait « un impact sur l’environnement au Québec [et] sur les émissions de gaz à effet de serre », illustre-t-il.

Les solutions ne manquent donc pas. Alors, pourquoi ne pas prendre le temps d’avoir les réflexions et les discussions nécessaires à l’amélioration du réseau universitaire et sur l’avenir du Québec ? « On se demande à quoi bon faire un sprint au déficit zéro […] si c’est pour mettre à terre le réseau de l’éducation au passage. Ce n’est pas le défi auquel devrait s’acharner le gouvernement », croit fermement le président de la FEUQ.

Appel à la solidarité

Le collectif Refusons l’austérité, dont la FEUQ fait partie, appelle à une grande manifestation le 29 novembre prochain. Pour Jonathan Bouchard, cet événement sera l’occasion pour tout un chacun de démontrer son insatisfaction à l’égard du gouvernement provincial. L’événement se veut un rassemblement solidaire entre les différents secteurs et les populations touchés par les mesures d’austérité prises par le gouvernement Couillard.