Marcel Côté, le Grand Montréalais de facto

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
Si Marcel Côté se préoccupait tant de la métropole, c’est qu’il était persuadé que la richesse économique émanait d’abord des villes.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Si Marcel Côté se préoccupait tant de la métropole, c’est qu’il était persuadé que la richesse économique émanait d’abord des villes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Grands montréalais 2014

Débordant d’énergie et d’idées, l’homme d’affaires décédé il y a quelques mois était de tous les projets et de toutes les batailles pour améliorer le sort de la communauté montréalaise.

Marcel Côté aurait sans doute maugréé un peu à l’idée de recevoir le titre de Grand Montréalais. « Il ne cherchait pas les honneurs et demandait même à son entourage de ne pas soumettre sa candidature pour des prix », se souvient Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui était collègue et ami du grand homme d’affaires, davantage connu du public comme candidat déchu à la mairie de Montréal. Mais voilà, dans les hommages qui ont suivi son décès le 25 mai dernier, tout le monde ou presque a dit de lui qu’il était « un grand Montréalais ». « La communauté lui décernait le titre de facto », remarque M. Leblanc. C’est maintenant au tour de l’Académie des Grands Montréalais de le faire, cette fois-ci officiellement.

« Marcel aurait sans doute reçu cet honneur en affirmant qu’il n’avait pas fait tant de choses que ça, et même qu’il avait encore beaucoup à faire », croit Daniel Denis, associé chez SECOR-KPMG. En effet, Marcel Côté n’était pas homme à s’asseoir sur ses lauriers. Celui qui a fondé et dirigé pendant plus de 30 ans le cabinet-conseil en gestion SECOR était de tous les projets et de toutes les batailles pour améliorer le sort de la communauté montréalaise. On connaissait son implication auprès du YMCA, de la Fondation du Grand Montréal, de l’Orchestre symphonique de Montréal, de la Compagnie Marie Chouinard et des Amis de la montagne. Mais ses engagements étaient beaucoup plus nombreux. « C’est seulement après sa mort que j’ai découvert tout ce à quoi Marcel participait. C’est incroyable, tous les gens qu’il aidait sans jamais s’en vanter ! », s’étonne encore la chorégraphe Marie Chouinard.

« Avec son entourage immédiat, nous avons tenté dernièrement de dresser la liste de tous les organismes dans lesquels il était engagé afin de continuer à leur donner un coup de main, raconte Daniel Denis. Nous n’y sommes pas encore arrivés, car Marcel aidait souvent des gens issus de toutes sortes de milieux sans pour autant que son rôle ne soit officiel. Il était très généreux de ses conseils. »


Montréal tatouée sur le coeur

Si Marcel Côté se préoccupait tant de la métropole, c’est qu’il était persuadé que la richesse économique émanait d’abord des villes. En cela, il était fortement influencé par l’urbaniste américaine Jane Jacobs, qui a signé l’ouvrage Cities and the Wealth of Nations. « Marcel estimait que le développement économique des villes créait une richesse qui pouvait éventuellement servir à diminuer les inégalités en étant redistribuée », affirme Daniel Denis.

« Il passait beaucoup de temps à l’extérieur de chez lui, à arpenter la ville à vélo, à assister à des spectacles, à participer à des événements, poursuit-il. Il habitait réellement Montréal et, ce faisant, il voyait souvent des choses qu’il n’acceptait pas ou qu’il pensait pouvoir améliorer. Il cherchait constamment des moyens pour faire en sorte qu’on soit plus riche et créatif sur les plans culturel et social. »

C’est sans doute cela qui l’a poussé à se présenter à la mairie de Montréal en 2013. « Bien sûr, on ne s’engage pas dans cette joute politique sans vouloir gagner, reconnaît Michel Leblanc. Mais j’ai l’impression que ce que Marcel souhaitait par-dessus tout, c’était que ses idées pour l’avenir de Montréal soient entendues sur la place publique. »

L’antithèse du cynisme

Joyeux, curieux, enthousiaste, drôle : Marie Chouinard ne manque pas de mots pour louanger son ami, qui a présidé le conseil d’administration de sa compagnie pendant 12 ans. « Il était toujours en train de rire et de s’amuser, se rappelle-t-elle avec un bonheur évident. Il faisait dix mille choses à la fois, tout le temps. C’était un homme d’action qui ne tergiversait jamais. Il ne s’enfargeait pas dans les fleurs du tapis, et c’était d’ailleurs un de ses défauts. Il pouvait dire les choses crûment, mais c’était impossible de lui en vouloir tant il le faisait sans aucune malice. Parce que Marcel était un homme au coeur pur. »

Pour Michel Leblanc, Marcel Côté était l’antithèse du cynisme. « Il ne pensait jamais que les décisions étaient irrévocables ou prises derrière des portes closes, et si c’était le cas, il les combattait publiquement pour les changer. Selon moi, c’est l’héritage que Marcel nous lègue. » À ce sujet, Michel Leblanc se remémore la bataille épique que son ami a menée pour que la nouvellement fusionnée Abitibi-Consolidated choisisse Montréal et non Toronto pour y établir son siège social. « Nous étions en 1996 au lendemain du référendum, remarque-t-il. Le climat était morose à Montréal et personne ne pensait que notre ville incarnait l’avenir des sièges sociaux. Et pourtant, Marcel s’est battu, et Montréal a gagné. Beaucoup ont attribué la reprise de la métropole à cette décision. »

Marie Chouinard, elle, retient le désintéressement total de Marcel Côté. « Il ne faisait rien pour se mettre de l’avant. Il tirait ses plus grandes joies de la satisfaction d’avoir pu aider sa communauté. Je découvre ce plaisir de plus en plus. J’ai créé les Prix de la danse de Montréal il y a quatre ans et j’adore organiser cet événement. C’est quelque chose que je fais pour les autres et non pour moi ou ma compagnie. Quand ce sentiment m’habite, je fais un petit clin d’oeil à mon ami en lui disant tout bas : je comprends ton enthousiasme, Marcel, je comprends… »

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