Manifestation à Westmount - Le FRAPRU cogne à la porte de Charest

Une centaine de personnes sont venues manifester hier devant la résidence du premier ministre Jean Charest, rue Victoria, à Westmount, pour réclamer la construction de HLM. «Ça fait dix ans qu’il ne s’est pas construit un seul HLM à Montréal,
Photo: Jacques Grenier Une centaine de personnes sont venues manifester hier devant la résidence du premier ministre Jean Charest, rue Victoria, à Westmount, pour réclamer la construction de HLM. «Ça fait dix ans qu’il ne s’est pas construit un seul HLM à Montréal,

Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a invité hier midi le premier ministre du Québec, Jean Charest, à déguster une soupe populaire devant sa résidence de Westmount en compagnie d'une centaine de manifestants, venus le rencontrer pour lui demander de mettre sur pied un nouveau programme de construction d'habitations à loyers modiques (HLM).

Le premier ministre a décliné l'offre, mais la vingtaine de policiers qui faisaient le pied de grue devant sa résidence sous la première neige de décembre, semblaient trouver la soupe aux légumes particulièrement alléchante.

Cette manifestation se déroulait à l'occasion d'une semaine nationale d'actions, qui a débuté lundi dernier, organisée par le FRAPRU pour démontrer l'importance immédiate de construire de nouveaux HLM. «Ça fait dix ans qu'il ne s'est pas construit un seul HLM à Montréal, alors qu'il y a 16 500 ménages sur la liste d'attente pour obtenir un HLM uniquement à Montréal», dénonce le coordonateur du FRAPRU, François Saillant.

«Le seul espoir pour ces gens, c'est d'attendre qu'un autre ménage décide de quitter un HLM. Mais, en période de pénurie de logements locatifs, les gens dans les HLM ne déménagent pas. Le taux de roulement qui existait il y a quelques années, autour de 10 %, n'existe plus», souligne M. Saillant.

Le manifestants ont scandé leurs slogans au rythme des tambours devant les rideaux fermés de la résidence de M. Charest. «Laissez faire les baisses d'impôt, faites donc des logements sociaux», ont clamé les membres du FRAPRU et de diverses associations de quartier.

Le lieu de la manifestation voulait souligner le contraste entre, d'un côté, «les gens qui n'ont pas de logement, ou qui payent un pourcentage vraiment disproportionné de leur revenu pour se loger» et de l'autre, «vous avez une premier ministre qui a deux résidences: une à Westmount qui vaut 700 000 $ et une autre à Sherbrooke», explique M. Saillant.

Quand se loger coûte cher

Le FRAPRU demande au gouvernement Charest de construire 4000 HLM au Québec par année, en plus de la construction annuelle des 4000 coopératives et logements à but non lucratif promise par les libéraux.

Selon M. Saillant, il y a 94 000 ménages à Montréal dont le loyer engloutit plus de la moitié de leurs revenus. «Certains doivent même débourser entre 60 et 90 % de leurs revenus pour payer leur loyer. Il doivent couper ailleurs pour joindre les deux bouts», déplore-t-il.

L'Office municipal d'habitation de Montréal a par ailleurs annoncé dernièrement qu'il y avait 600 ménages, qui n'ont pas d'adresse propre, sur des listes d'attente pour des HLM. «Ils donnent l'adresse d'un parent ou d'un ami, parce qu'ils vivent là, explique M. Saillant. C'est un phénomène tout à fait nouveau. En 2001, ça n'existait pas. Ça accroît encore plus l'urgence de construire des HLM.»

Le faible taux de logements inoccupés sur l'île rend la situation encore plus difficile pour les gens à faible revenu. Bien que celui-ci ait augmenté de 0,2 % comparativement à l'année dernière, pour atteindre 1 % aujourd'hui, ce chiffre est en dessous du point d'équilibre traditionnellement fixé à 3 %. «Le taux a peut-être augmenté, mais celui-ci reste trompeur, parce qu'il comprend des logements haut de gamme. Et ça, il n'en manque pas du tout. On a dépassé les 3 % de logements inoccupés dans le haut de gamme. Ce qui manque cruellement, ce sont des logements bas de gamme, où le loyer est de 450 $ et moins», soutient M. Saillant.

L'année dernière, le taux d'inoccupation pour les logements bas de gamme était de 0,4 %. M. Saillant estime qu'il est aujourd'hui descendu à 0,2 %.

La porte-parole du Comité logement Ahuntsic-Cartierville, Dominique Perreault, ajoute de son côté que les familles nombreuses éprouvent de plus en plus de difficultés à se trouver un logement abordable.

«On a un grand besoin de logement social pour les grandes familles. Nous avons des gens qui se retrouvent avec cinq enfants dans un trois et demi», déplore-t-elle. Plus de 1300 personnes sont en attente d'un HLM dans ce quartier.

Le FRAPRU estime qu'il y a 25 000 ménages québécois qui se trouvent actuellement sur une liste d'attente pour obtenir un HLM. «Dans l'état actuel des choses, ils vont attendre longtemps, affirme Marie-Josée Latour, porte-parole du FRAPRU. Si on n'est pas capable d'avoir un engagement clair de M. Charest, on va continuer de "l'achaler", jusqu'à temps qu'il comprenne que le logement, ce n'est pas un luxe, c'est un droit fondamental.»