La gent féminine «persona non grata» à Guantánamo

Un prisonnier de Guantánamo aurait refusé d’être « touché » par une femme lorsqu’il était escorté de sa cellule jusqu’au tribunal. Le juge J. Kirk Waits lui a donné raison, invoquant la foi musulmane.
Photo: Mladen Antonov Agence France-Presse Un prisonnier de Guantánamo aurait refusé d’être « touché » par une femme lorsqu’il était escorté de sa cellule jusqu’au tribunal. Le juge J. Kirk Waits lui a donné raison, invoquant la foi musulmane.

À Guantánamo, les gardiennes de prison sont persona non grata, certains détenus musulmans voyant dans leur contact au quotidien une atteinte à leur religion. Les autorités américaines se défendent toutefois de mettre en place le moindre quota.

Un juge militaire vient d’interdire la gent féminine auprès d’un prisonnier irakien qui l’avait expressément demandé et avait refusé d’être «touché» par une femme lorsqu’il était menotté et escorté de sa cellule jusqu’au tribunal, ou encore pour rencontrer ses avocats.

«La foi musulmane exige qu’il évite tout contact physique avec toute femme qui n’est pas son épouse ou membre de sa famille», écrit le juge J. Kirk Waits, en donnant raison au prisonnier Abd Al Hadi Al Iraqi.

Interrogé sur le recours «en urgence» sans précédent du prisonnier, le commandant de Guantánamo s’est dit «opposé à toute discrimination».

«Si une gardienne est chargée d’un mouvement [de détenu], c’est qu’elle est qualifiée pour cette mission. Point final», a tranché le contre-amiral Kyle Cozad.

Lui enlever cette tâche «serait une discrimination de fait contre un membre de mes troupes qualifié pour la mission», estime-t-il.

Dans un entretien conduit dans ses quartiers généraux de Guantánamo, le chef du centre de détention rappelle «qu’il y a des femmes parmi les gardiens de prison et le personnel médical pénitentiaire depuis que le premier avion a atterri d’Afghanistan en janvier 2002» avec les premiers détenus à bord.

Les femmes «font partie de notre histoire», insiste-t-il.

«Il n’y a pas de quota» dans la prison, elles représentent «entre 13 et 14%» des troupes, une proportion comparable aux effectifs du Pentagone, et s’il arrive qu’un déploiement soit entièrement masculin «ce n’est que pure coïncidence», affirme-t-il.

Chacun son rôle

Sur cette base navale américaine, à Cuba, les soldates déployées dans la prison portent les mêmes treillis et les mêmes bottes que les hommes. Le maquillage et les bijoux sont proscrits. Seul signe extérieur de féminité: le chignon qui enserre leurs cheveux sur la nuque.

Leur mission n’est pas toujours facile. Une jeune infirmière, chargée de l’alimentation forcée, reconnaît que certains grévistes de la faim refusent qu’elle les sangle sur la chaise de contention ou qu’elle mette en place la sonde naso-gastrique, parce qu’elle est une femme. Elle admet avoir essuyé des «crachats».

«Mais j’ai continué mon travail», assure la militaire identifiée seulement par le nom «Beeds» sur sa poitrine, pour que les détenus ne connaissent jamais son vrai nom. «Je leur ai dit que j’étais là en tant que professionnelle médicale», explique l’infirmière en treillis, dans l’hôpital de la prison.

«Cela arrive rarement» qu’un détenu refuse d’être soigné ou nourri par une infirmière ou une aide-soignante, renchérit à ses côtés l’officière médecin, une femme souriante aux petites lunettes ovales, arrivée sur la base huit mois plus tôt.

«Nous essayons de répondre à leurs demandes s’ils ont une objection», précise-t-elle, mais ce n’est pas toujours possible de trouver un homme pour remplacer la soldate en poste «en raison de nos effectifs limités».

Les deux militaires pensent qu’il y a «une compréhension mutuelle du rôle de chacun». «Ils doivent protester et, nous, nous devons accomplir notre mission et, dans la plupart des cas, c’est ainsi que cela se passe», ajoute la Senior Medical Officer.

Pour Zach, le conseiller culturel de la prison, de confession musulmane, rien n’interdit dans sa religion d’être soigné ou touché par une femme pour des raisons médicales.

«Tant que le contact ne signifie rien d’autre, elles ne touchent pas la peau, elles portent des gants, elles portent des habits, ce n’est qu’un travail», souligne cet Américain d’origine jordanienne, employé par le Pentagone pour servir de «passerelle» entre les détenus et les gardiens.

«Les extrémistes jouent sur l’ignorance des gens. Depuis que je suis arrivé en 2005, le sujet est revenu sur le tapis plusieurs fois», raconte-t-il, visiblement furieux de cette lecture du Coran.«Plus nous faisons attention à leurs revendications, plus nous encourageons l’extrémisme».

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 17 novembre 2014 09 h 26

    Quelle hypocrisie

    Les ÉU sont si respectueux des droits humains qu'ils accordent des "accomodements déraisonables" à caractère religieux à ces prisonniers à qui ils refusent par ailleurs le droit civique le plus fondamental d'être accusé d'un crime précis en dedans d'un délai raisonnable devant un tribunal impartial.