Garderies: rassemblés pour le tarif unique

À elle seule, la manifestation de Montréal a réuni des milliers de personnes.
Photo: Jacques Nadeau Le devoir À elle seule, la manifestation de Montréal a réuni des milliers de personnes.

Des dizaines de milliers de Québécois ont participé dimanche à des manifestations contre l’intention du gouvernement de moduler les tarifs en garderie. Les rassemblements appelés par l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) ont eu lieu à Montréal, à Québec et dans neuf autres villes.

La modulation des tarifs est présentée comme une attaque contre l’universalité du programme de garderie, fondement du régime. Le gouvernement pense imposer une échelle de frais qui tiendrait compte des revenus des familles.

Le tarif pourrait atteindre 20 $ par jour selon des plans dévoilés par Le Devoir. Depuis le premier octobre, les frais de base se situent à 7,30 $ par jour, par enfant.

À elle seule, la manifestation de Montréal a rassemblé des milliers de personnes. Les manifestants, accompagnés d’enfants en bas âge, souvent venus en autobus jaunes pour l’occasion, ont rempli la place des Festivals, au centre-ville.

Tenus à l’écart

« La première chose que l’on dénonce, c’est d’être tenus à l’écart des discussions qui ont lieu en ce moment et des décisions en train de se prendre, dit en entrevue Louis Senécal, président-directeur général de l’AQCPE. La ministre de la Famille nous donne toutes sortes de raisons de nous inquiéter, elle nous dit même que nous avons raison d’être inquiets, mais ne nous donne aucune réponse sur les différents changements qui peuvent être apportés à la politique familiale. À la suite d’un article du Devoir, le premier ministre a avoué qu’il envisageait une modulation de la tarification selon les revenus. Nous nous opposons à l’idée de mettre fin à l’universalité du programme. »

Pour l’Association, il semble beaucoup plus équitable de laisser l’impôt s’occuper de la collecte et de la redistribution de la richesse, y compris vers le système des garderies. Au contraire, la modulation ne touche que les seuls parents, riches et plus ou moins pauvres.

« Quand on va à l’hôpital, on ne paye pas les services en fonction de ses revenus, dit encore M. Sénécal. De même, tous les contribuables financent les écoles même s’ils n’ont pas d’enfant. L’universalité demeure logique et équitable. En modulant en fonction des revenus, on demande aux parents une contribution additionnelle pour éponger un déficit public que tous ont créé, qui appartient à tout le monde, à toutes les générations. C’est donc par les impôts que doit passer la lutte contre le déficit. »

La journée de protestation complète une tournée nationale de mobilisation menée par l’AQCPE et la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Des délégués ont entendu les craintes des parents et des travailleurs du secteur dans quatorze régions. Les critiques populaires les plus courantes touchent le manque de places et de financement dans les CPE.

« Les familles et les membres du réseau nous disent que ce réseau est tout aussi important que les autres offres de services du gouvernement, en santé ou en éducation, résume M. Sénécal. Ils nous disent aussi que, comme dans ces autres secteurs, le financement se fait par les impôts de l’ensemble des contribuables. Déjà, les plus riches contribuent plus que les gens qui gagnent moins d’argent. Alors, pourquoi doublement moduler le tarif ? »

Québec a annoncé le report à 2021 de la création de nouvelles places en CPE. Le réseau aurait subi 250 millions de compressions budgétaires en dix ans.

« Je suis d’accord avec cette idée : tout le monde doit contribuer, commente le porte-parole de l’AQCPE. Je dois ajouter que le budget du ministère de la Famille représente 3,5 % du budget de l’État québécois. Or, depuis dix ans, nous, les CPE, nous avons déjà subi un quart de milliard de dollars de compressions, dont 70 millions au dernier budget. Nous avons largement fait notre part. » L’Association propose d’augment les tarifs à 8 $ par jour par enfant. Les plus pauvres ne subiraient pas cette hausse généralisée et universelle.

Offensive contre l’austérité

Le mécontentement contre les mesures d’austérité du gouvernement Couillard ne s’essouffle pas, alors que deux autres grandes manifestations sont prévues le 29 novembre, à Montréal et à Québec. Elles sont organisées par un collectif formé d’organisations syndicales, de groupes communautaires, féministes et environnementaux. La présidente du Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, Dominique Daigneault, affirme que d’autres « moyens d’action » sont en préparation pour sensibiliser la population, mais surtout pour faire fléchir le gouvernement. Le syndicat propose une fiscalité progressive incluant notamment des mesures comme l’augmentation du nombre de paliers d’imposition des particuliers ou la réintroduction de la taxe sur le capital des banques pour renflouer les coffres de l’État.


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