L’UPAC arrête un chargé de projet

Le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, juge «encourageante» cette arrestation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, juge «encourageante» cette arrestation.

Plus ça change, moins c’est pareil. L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a arrêté mardi un chargé de projet de Pomerleau, Éric Carbonneau, qui aurait tenté de vendre à SNC-Lavalin des informations privilégiées sur un appel d’offres à venir pour la réfection de l’échangeur Turcot.

Carbonneau, 36 ans, est accusé de fraude et de perception de commission secrète pour avoir tenté de jouer l’une des plus vieilles partitions de l’hymne à la corruption. Il a comparu en après-midi au palais de justice de Longueuil.

Le chargé de projet aurait exigé de SNC-Lavalin « plusieurs millions de dollars », en argent comptant, pour fournir des informations stratégiques à la firme. Il aurait été disposé à vendre les plans et devis techniques du consortium Groupement nouvel échangeur Turcot, auquel appartient Pomerleau, à un représentant de SNC-Lavalin, une firme qui est membre du consortium rival, Groupe futur Turcot.

Seuls trois consortiums se disputent le contrat de 3,7 milliards de dollars de l’échangeur Turcot. Si elle avait porté ses fruits, la manoeuvre de Carbonneau aurait grandement faussé le jeu de la libre concurrence pour cet appel d’offres.

SNC délatrice

L’affaire a pris une tournure encourageante pour le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière. SNC-Lavalin, qui faisait partie des problèmes de corruption et de collusion il y a quelques mois à peine, entre autres pour son rôle dans la fraude au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), a pris l’initiative de contacter l’UPAC pour dénoncer Carbonneau.

« Je trouve ça encourageant, dans le sens où on a des gens de bonne foi qui savent où porter plainte et qui savent qu’il y aura des choses de faites, a dit M. Lafrenière. Si on tombait “silence radio” sur ces événements-là, ce serait plus inquiétant. »

La collaboration exemplaire de SNC-Lavalin a permis à l’UPAC de boucler l’enquête en trois semaines. « La firme SNC-Lavalin a agi avec diligence et un haut niveau d’éthique en nous contactant », a dit André Boulanger, responsable des enquêtes sur la corruption à la Sûreté du Québec.

L’UPAC s’est faite avare de commentaires sur les circonstances ayant mené à l’arrestation d’Éric Carbonneau. Ce dernier n’avait pas de complice chez SNC-Lavalin, et il a été arrêté juste avant de prendre livraison de son enveloppe brune. « L’accusé a agi de son propre chef, à l’insu de son employeur », a précisé André Boulanger. Un agent double aurait pu être utilisé pour le piéger, mais l’UPAC refuse de confirmer la justesse de cette hypothèse. « C’est l’une des multiples hypothèses qu’on pourrait mettre sur la table », a ajouté André Boulanger.

Le groupe Pomerleau s’est dit « stupéfait et extrêmement déçu » de la conduite de son chargé de projet, qui travaillait pour l’entreprise depuis moins de deux ans. Éric Carbonneau a été suspendu sans solde dans la journée.

L’UPAC fait de la vigie des chantiers « une priorité », a dit M. Lafrenière. L’escouade surveille notamment 17 grands chantiers à travers la province.