Recours collectif contre des Frères maristes

Une autre congrégation religieuse est visée par une demande de recours collectif.
Photo: Thinkstock Une autre congrégation religieuse est visée par une demande de recours collectif.

Des Frères maristes sont visés par une requête de recours collectif pour des sévices physiques, sexuels et psychologiques qu’ils auraient commis dans un centre de jour et d’hébergement pour adolescents, à Saint-Hyacinthe.

La requête s’appuie sur le témoignage d’hommes ayant séjourné entre 1970 et 1986 au centre Patro Lokal. La congrégation des Frères maristes (Iberville) — aujourd’hui connue sous le nom d’Oeuvres Rivat — assurait la direction et l’administration de ce centre de la Montérégie aujourd’hui fermé. Ces frères étaient l’autorité parentale des jeunes hommes généralement âgés de 12 à 17 ans, qui y résidaient sur une base volontaire.

La personne désignée dans la requête soumise à la cour lundi, Joël Cosperec, s’était réfugiée au Patro Lokal en 1977. Il avait alors 13 ans et avait été « brutalisé une fois de plus par son père alcoolique » et expulsé du logement où il demeurait avec « comme unique habit ses sous-vêtements », peut-on lire dans le document. Il aurait subi de nombreux attouchements sexuels et violences psychologiques jusqu’en 1981, année où il a quitté le Patro Lokal. Durant son séjour, la victime avait tenté de discuter avec son agresseur et lui avait demandé d’arrêter ses sévices, mais celui-ci avait réagi avec une attitude froide et avait par la suite ridiculisé le jeune devant le reste du groupe.

M. Cosperec a choisi de briser le silence à la suite d’une discussion avec un autre ex-résident, qui lui a dit avoir lui aussi vécu de tels sévices, lit-on dans la requête. « Auparavant, M. Cosperec était certain d’être le seul à avoir été victime d’abus », raconte Me Marie-Josée Corriveau, son avocate.

À ce jour, près d’une dizaine de victimes se sont jointes à l’Association des amis du Patro Lokal de Saint-Hyacinthe, qui agit à titre de requérante dans ce dossier. « Ce sont surtout des gens qui ont habité au Patro Lokal en même temps que M. Cosperec. Il nous est difficile de prendre contact avec des gens venant des groupes précédant ou suivant sa présence », indique Me Corriveau.

Parmi eux se trouve un homme qui a subi, durant son séjour de quatre ans au Patro Lokal lorsqu’il était adolescent, des agressions sexuelles de deux à trois fois par semaine de la part de deux frères.

Le nombre de victimes pourrait être élevé, selon l’avocate, puisque les jeunes étaient hébergés par groupe de six ou sept à la fois et que le foyer a été ouvert durant 16 ans.

Me Corriveau est toutefois consciente qu’il sera difficile pour certaines victimes de se joindre au mouvement de dénonciation. « Ces gens étaient démunis et vulnérables avant même d’aller au Patro Lokal », regrette Me Corriveau.Ils semblent en être sortisencore plus troublés. « Ceux que j’ai rencontrés ont la cinquantaine, mais sont manifestement encore excessivement perturbés par cette histoire horrible », poursuit-elle.

Accusés d’avoir «fermé les yeux»

Trois frères sont accusés d’avoir commis des agressions sur les jeunes, alors que le collectif de demandeurs reproche aux autres membres de la congrégation d’avoir « fermé les yeux » sur les événements.

La requête évoque qu’il est « impossible que les religieux, membres de la congrégation, qui habitaient avec les jeunes au Patro Lokal, ignoraient que certains d’entre eux abusaient de certains jeunes ». Me Corriveau explique qu’il s’agissait « d’un petit endroit », « qu’ils vivaient en communauté » et que l’un des frères était « très actif auprès de beaucoup de jeunes ».

« Ces agressions sexuelles se produisaient avec la complicité des religieux membres, préposés et mandataires de la congrégation », dénonce l’Association des amis du Patro Lokal de Saint-Hyacinthe.

Le demandeur propose que le recours collectif soit introduit devant la Cour supérieure du district de Saint-Hyacinthe, en Montérégie. Il réclame une indemnisation de 250 000 $ par victime à titre de dommages, comme la souffrance physique et psychologique occasionnée par les sévices, la perte de confiance en soi, les difficultés relationnelles et la perte de jouissance de la vie. Un montant 150 000 $ par personne est également demandé à titre de dommages-intérêts punitifs et exemplaires.

Les Frères maristes, aussi appelés Petits Frères de Marie, sont un ordre de religieux catholiques qui disent « suivre Jésus à la manière de Marie ». Il existe quelque 3500 frères répartis dans 79 pays sur cinq continents. Ils s’occupent d’environ 500 000 enfants et jeunes au total. Le Canada compte 125 frères divisés en 17 fraternités ou communautés.