Reconversion du Grand Hôtel-Dieu de Lyon

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Situé sur une presqu’île, au cœur de Lyon, le Grand Hôtel-Dieu est bordé à l’est par le Rhône, au sud par la rue De La Barre et à l’ouest par la rue Bellecordière.
Photo: Philippe Merle Agence France-Presse Situé sur une presqu’île, au cœur de Lyon, le Grand Hôtel-Dieu est bordé à l’est par le Rhône, au sud par la rue De La Barre et à l’ouest par la rue Bellecordière.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie 2014

Le Grand Hôtel-Dieu de Lyon, un hôpital dont l’origine remonte au Moyen Âge, aujourd’hui désaffecté, sera l’objet ces prochaines années d’une importante reconversion. Le maître d’oeuvre du projet, l’architecte lyonnais Albert Constantin, viendra en parler à Montréal lors d’un colloque organisé par Héritage Montréal portant sur la reconversion des bâtiments patrimoniaux.

Situé sur une presqu’île, au coeur de Lyon, le Grand Hôtel-Dieu est bordé à l’est par le Rhône, au sud par la rue De La Barre et à l’ouest par la rue Bellecordière. Le quadrilatère est fermé au nord par un autre édifice, plus récent. L’actuel bâtiment — il ne reste plus rien des constructions moyenâgeuses — est au fond un ensemble de trois bâtiments identifiés selon le dôme qui les coiffe. Au nord de cet ensemble, situé en retrait, on trouve le plus ancien bâtiment datant du XVIIe siècle et portant le nom de dôme des Quatre Rangs, l’édifice formant une croix. À l’est, donnant sur le Rhône, se trouve le grand dôme de Soufflot, du nom de l’architecte qui a conçu le bâtiment. Construit au XVIIIe siècle, c’est le plus important des trois. Datant du XIXe siècle, le dôme Pascalon, situé au sud et donnant sur la rue De La Barre, vient compléter l’ensemble. Quant au côté ouest, ce sont les cours arrière des bâtiments, aujourd’hui placardées, qui donnent sur la rue Bellecordière.

« Ce qui est fascinant avec cet ensemble, explique Albert Constantin, c’est qu’il a subi plusieurs greffes au fil des siècles, mais ces greffes ont été si bien faites que, aujourd’hui, on a l’impression qu’il s’agit d’un seul et unique bâtiment. »

 

La proposition Constantin

Au départ, Albert Constantin, qui a eu les coudées franches pour la conception de cette reconversion, devait répondre à trois contraintes. « La Ville de Lyon voulait voir là un hôtel cinq étoiles, elle ne voulait pas que cela devienne un projet résidentiel et il ne devait pas y avoir d’actes médicaux dans le nouvel établissement. »

Il a d’abord choisi de placer l’hôtel cinq étoiles dans l’édifice le plus important, celui dont la façade donne sur le Rhône. L’entrée de l’hôtel sera placée sous le grand dôme de Soufflot et l’hôtel occupera tout le bâtiment. « Il n’y a pas ici de rupture de ton puisque le grand dôme de Soufflot est déjà le plus prestigieux des trois. »

La mémoire hospitalière de l’édifice sera conservée et logée dans le dôme des Quatre Rangs, la plus ancienne partie. On y aménagera un centre de congrès à vocation médicale. Des espaces sont prévus pour accueillir des expositions portant sur la médecine et la santé. On y logera aussi la Cité de la gastronomie, un espace d’exposition, de recherche et d’échange sur la gastronomie.

Le dôme Pascalon sera converti en espaces à bureaux. Trois nouveaux édifices à bureaux, de facture moderne et en verre, occuperont les cours arrière, qui donnent sur la rue Bellecordière. « Ces cours sont délabrées et nuisent au développement de la rue Bellecordière. Ces trois nouveaux édifices, en plus d’ajouter une touche XXIe siècle à l’ensemble, serviront aussi à redonner son lustre à la rue Bellecordière, qui du côté ouest est un bel exemple d’architecture lyonnaise. »

Les 8000 mètres carrés de cours intérieures que l’on trouve au Grand Hôtel-Dieu seront désenclavés et donc accessibles aux Lyonnais. Des terrasses, des jardins, des lieux de repos, des restaurants occuperont ces espaces. De plus, le rez-de-chaussée de l’ensemble, sur ses trois façades, sera entièrement dédié aux activités commerciales. « Une sorte de retour du balancier, parce qu’à l’époque de Soufflot, on y trouvait déjà des commerces. Cette activité commerciale servait à défrayer une partie des frais de fonctionnement de l’hôpital. »

Cette reconversion majeure représente une belle occasion pour un architecte comme Albert Constantin. « Le patrimoine, ce n’est pas seulement de vieilles pierres à conserver. Il faut être aussi en mesure de dynamiser le patrimoine. La reconversion du Grand Hôtel-Dieu est une occasion de changer l’histoire d’un bâtiment. En s’appuyant sur l’histoire pour penser l’avenir, on peut donner une ligne de force et une nouvelle vie à un bâtiment patrimonial. »

Et à Montréal, maintenant

Dès l’ouverture du nouveau CHUM, l’Hôtel-Dieu de Montréal cessera ses activités hospitalières et devra être reconverti. L’exemple de Lyon peut-il servir ? « Dans l’approche, peut-être, avance Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal, mais certainement pas dans la fonction, car je ne vois pas comment l’on pourrait en faire un centre d’activités commerciales. »

Conclusion à laquelle en est arrivé le groupe d’experts chargés d’étudier cette question. On propose plutôt d’y loger des institutions liées au domaine de la santé, des locaux pour groupes communautaires ainsi que du logement social, en tout genre. « Ce genre de mixité convient davantage, croit Dinu Bumbaru. D’une part, l’Hôtel-Dieu a toujours servi les Montréalais, donc la communauté locale, et la présence des groupes communautaires préserverait cette fonction. D’autre part, la réputation de l’Hôtel-Dieu dépasse les frontières de Montréal, et la présence de grandes institutions de santé lui donnerait une vocation nationale. »

Si certains pavillons pourraient être convertis en logements sociaux, le rapport suggère aussi d’en construire des neufs dans le stationnement en bordure de la rue Saint-Urbain. « Ce serait un juste retour des choses puisqu’on redonnerait à cette portion de la rue Saint-Urbain la trame urbaine résidentielle qu’elle avait jusqu’aux années 90. »

S’il est trop tôt aujourd’hui pour prendre des décisions définitives, il faut y penser dès maintenant. « C’est la raison pour laquelle nous avons organisé ce colloque aux Entretiens Jacques-Cartier. On espère qu’il permettra de dégager certaines pistes de réflexion. »