Expulsée à cinq mois du but

La Nigériane Winifred Agimelen, au Canada depuis 2008, a fait auparavant deux demandes de statut de réfugiée, toutes deux refusées.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La Nigériane Winifred Agimelen, au Canada depuis 2008, a fait auparavant deux demandes de statut de réfugiée, toutes deux refusées.

Winifred Agimelen comptait les heures, dimanche, avant d’être renvoyée dans son Nigeria natal avec ses trois enfants. Pour une dernière fois, depuis l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, elle a supplié les autorités de suspendre son expulsion jusqu’en février. Car à cette date, elle aurait la réponse à la demande de parrainage de son mari, première des deux étapes menant vers la résidence permanente.


« J’ai peur pour mes enfants, si je retourne là-bas », a confié la femme d’une petite voix étranglée, entourée de ses deux fillettes de 5 et 8 ans, de son fils de 12 ans et de membres de la communauté nigériane rassemblés par l’organisme Solidarité sans frontières. Elle craint notamment les exactions du groupe islamiste armé Boko Haram dans le nord du pays, qui s’en prend particulièrement aux enfants.


Mme Agimelen rappelle aussi que la fièvre Ebola a multiplié les décès dans le pays ces dernières semaines. Et son fils, qui souffre de troubles de comportements et de langage, n’aurait pas accès là-bas aux traitements qu’il reçoit ici.


Winifred Agimelen est arrivée au Canada en 2008, après s’être échappée d’un enlèvement, enceinte de son troisième enfant. Sa fille, alors âgée de deux ans, risquait d’être «sacrifiée aux dieux» pour le non-paiement d’une dette de son beau-père. La fillette risquait aussi d’être excisée — comme sa mère l’avait été.


Réfugiée ou parrainée ?


Ici, Mme Agimelen a fait deux demandes de statut de réfugiée qui lui ont été refusées. Cet été, elle apprenait qu’elle avait aussi échoué à l’Examen des risques avant renvoi (ERAR), qu’elle passé en octobre 2013, et dont elle avait mal compris les exigences.


Entre-temps, elle a rencontré un Canadien d’origine nigériane qu’elle a épousé et qui a fait une demande de parrainage fin 2012 afin qu’elle devienne résidente permanente.


Mais ayant lui-même bénéficié d’un tel parrainage, il pouvait agir comme parrain seulement cinq ans après avoir acquis son propre statut de résident permanent. Une nouvelle demande a donc été remplie en février 2014, une fois ce délai atteint. Il restait cinq mois avant qu’une décision ne soit rendue, en février prochain.


« Si elle avait fait sa demande de parrainage avant de se faire offrir l’ERAR [en 2013], elle aurait eu un sursis automatique de 60 jours pour accélérer le traitement de sa demande », explique son avocate, Angela Potvin, qui a tenté en vain d’obtenir un sursis, jeudi, devant la Cour fédérale. Elle déplore que ce détail de procédure, pourtant respecté lors de la première démarche de parrainage, force une femme et ses enfants — dont une ayant la citoyenneté canadienne et pas de permis pour entrer au Nigeria — à retourner dans un pays où sévissent l’islamisme radical et une épidémie, et où elle n’a plus de réseau.


« Ici, ses enfants sont à l’école, elle a un emploi et un permis de travail valide, signale l’avocate. À ce point-ci, ça nous prend une intervention du ministre [de la Sécurité publique, Steven Blaney], on a essayé toutes les autres options. » En outre, son expulsion annulera la demande de parrainage que son mari devra reprendre à zéro.

4 commentaires
  • Louise Melançon - Abonnée 15 septembre 2014 10 h 43

    Que de légalisme!

    Un autre cas - trop souvent de ce temps-ci - où la procédure légale l'emporte sur le bon sens! Que c'est triste d,avoir des fonctionnaires aussi fermés d'esprit!

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 15 septembre 2014 15 h 18

      Croyez-vous vraiment que ce genre de décision est prise au niveau des fonctionnaires? Pour ma part, je ne crois pas.

  • Georges LeSueur - Inscrit 15 septembre 2014 16 h 56

    Et pourtant...

    « Ici, ses enfants sont à l’école, elle a un emploi et un permis de travail valide,...»
    Pour un gouvernement responsable et humain, cela suffirait pour plus de clémence.
    On ne peut héberger tout le monde. Mais les personnes honnêtes et actives dans la société, devraient bénéficier d'un préjugé favorable. On garde bien des petits "boms" venus d'ailleurs, coupables de multiples vols et trafic de drogue. Où est la logique ?

  • Jamal Kazi - Inscrit 15 septembre 2014 23 h 39

    Chair à canot

    Au téléjournal ce soir, explication de comment la fermeture des frontières européennes et nord-américaines pousse les gens à tenter des passages clandestins dangereux, quitte à risquer la noyade dans la mer Méditerranée, par exemple. Le cas de cette pauvre dame n'est qu'une commande politique: envoyons le signal qu'il ne leur sert à rien d'essayer. N'êtes pas les bienvenus, allez vous noyer hors de notre vue, ça coûte moins cher. Le peuple ici veut pouvoir se payer des bébelles. Ce qu'on fait des gens ou de la nature, bof. Tant qu'on a nos bébelles...