Lumière sur un jugement contesté

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Incompréhension, frustration, colère. Le flot des réactions n’a pas tardé à enflammer les réseaux sociaux vendredi matin, quand est tombée la décision du juge André Vincent de la Cour supérieure du Québec autorisant Guy Turcotte à retrouver la liberté, d’ici à ce qu’il fasse face à la justice pour une seconde fois pour le meurtre de ses deux jeunes enfants.

À l’indignation des proches des jeunes victimes est venue s’ajouter dans les heures qui ont suivi celle du public et de plusieurs organismes de défense des victimes d’actes criminels, secoués par cette remise en liberté.

Or, selon les criminalistes consultés, la décision rendue par le juge Vincent n’est pas étonnante et est similaire à celle réservée à d’autres présumés meurtriers en attente de leur procès.

« On ne peut pas dire que Turcotte a bénéficié d’un traitement différent de celui qu’aurait reçu tout autre accusé dans des circonstances similaires. Le juge a appliqué des règles très précises quant à la dangerosité et au risque de récidive », aexpliqué vendredi l’avocatcriminaliste Conrad Lord.

Selon ce dernier, seuls les accusés présentant un lourd passé criminel, ouvrant la porte à un risque élevé de récidive, ou présentant un état mental précaire, sont détenus en attendant leur procès. Dans le cas de Turcotte, ce sont les rapports produits par la Commission d’examen sur les troubles mentaux — qui a statué sur la santé mentale de l’accusé dès 2012 — qui ont servi de balises au juge, affirme Me Lord.

« Même si Turcotte attend un nouveau procès, ces rapports ont toujours autorité. Mais cette remise en liberté provisoire ne présume en rien de l’issue qui l’attend au terme de son second procès », insiste-t-il.

De la même façon, Cathie Gauthier, cette mère de Chicoutimi arrêtée en 2008 pour le meurtre de ses trois enfants, avait aussi été remise en liberté avant de faire face à la justice et d’être reconnue coupable.

Déclaré criminellement non-responsable avant que la Cour d’appel ordonne la tenue d’un nouveau procès, Guy Turcotte devra respecter à la lettre certaines conditions pour conserver sa liberté. En théorie, la Couronne pourrait en appeler de la décision du juge Vincent, mais le procureur de la Couronne, René Verret, n’a pas ouvert la porte à cette possibilité, disant devoir « faire preuve d’un grand respect à l’égard de la décision rendue ».

 

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