De moins en moins d’appelés

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Pour Michel Proulx, le trajet vers l’ordination est long et rempli d’obstacles.
Photo: Courtoisie Conférence religieuse canadienne Pour Michel Proulx, le trajet vers l’ordination est long et rempli d’obstacles.

Ce texte fait partie du cahier spécial Grand Séminaire de Montréal

Depuis les années 1960, il y a une baisse constante des effectifs dans le monde religieux québécois, particulièrement en raison du vieillissement de ses membres et d’une relève anémique sur le plan de l’appel à la vocation : la communauté masculine n’échappe pas à cet appauvrissement en ressources humaines qui pèse lourd sur l’implication des communautés dans la vie civile.

 

Michel Proulx, prieur du monastère des Prémontrés de Saint-Constant et président au cours des deux dernières années de la Conférence religieuse canadienne (CRC), témoigne de cette réalité. L’ordre semi-contemplatif des Prémontrés forme l’un des groupes religieux les plus anciens : il a été fondé au XIIe siècle par Saint-Norbert. Les Pères étaient au nombre d’une vingtaine au moment de Vatican II et, depuis lors, leur déclin s’est accentué : « Il y a eu quelques décès, mais on n’est pas épargné par ce que je pourrais appeler la crise vocationnelle. » Il entre dans le vif du sujet en s’appuyant sur son expérience de professeur d’exégèse au Grand Séminaire pendant 12 ans : « Il y a des changements assez profonds qui se sont produits : autrefois, ce sont des jeunes qui, après le cours classique, se dirigeaient presque naturellement vers le Grand Séminaire, ce qui n’est plus du tout le cas. Premièrement, les candidats à la prêtrise sont beaucoup moins nombreux, et il existe des diocèses où il n’y a aucun séminariste. » Seulement 25 aspirants prêtres figurent aux sept niveaux de formation du Séminaire cette année.

Il laisse observer que la moyenne d’âge des étudiants a grimpé même si des plus jeunes forment une minorité : « Je dirais qu’elle se situe autour de 28 à 35 ans. » Il se pose une crise existentielle pour ces gens : « Ils avaient déjà débuté une carrière dans un autre domaine ; tout allait bien, ils réussissaient, mais finalement ils sentaient un vide dans leur vie et un appel à quelque chose d’autre. » Et il y en a d’autres qui frappent aux portes de la prêtrise : « On a aussi, et c’est un phénomène en forte croissance, des personnes beaucoup plus âgées, que je qualifierais de récents retraités qui ont fait toute une carrière dans un autre domaine. » Au sujet des plus jeunes aspirants, qui sont dans la vingtaine, il apporte cette observation : « Ce sont souvent des gens qui ont vécu une conversion et qui n’avaient pas cheminé dans l’Église. »

Peu importe l’âge des recrues, il s’avère que le trajet vers l’ordination est long et parsemé d’embûches, comme le rapporte le Père Proulx : « Plusieurs débutent et ne se rendent pas à la fin ; la proportion de ceux qui deviennent prêtres est quand même relativement faible, car c’est un cheminement de longue durée ; on parle de six ans au Grand Séminaire. » Il livre cette réflexion à ce propos : « Il ne faut pas que l’on se retrouve avec des prêtres à rabais : ils sont appelés à côtoyer des gens qui sont bien formés dans d’autres domaines, et c’est pourquoi ils doivent posséder de bonnes connaissances en philosophie et en théologie. »

 

Détournement de mission

À titre de président de la Conférence religieuse canadienne, cet organisme qui regroupe toutes les congrégations de religieux au Canada, Michel Proulx cite les résultats d’une étude : « Elle montre que 50 % d’entre eux ont plus de 80 ans et 93 % plus de 60 ans ; 25 % sont confinés à l’infirmerie. On ne peut pas attendre d’eux qu’ils aient la même implication dans la vie civile qu’autrefois ; l’énergie et la santé n’y sont plus. » Les communautés en menaient large en éducation et en santé au Québec dans le passé.

Il attire l’attention sur un autre phénomène qui contrecarre les interventions religieuses : « C’est le fait de la sécularisation et de tout le développement en faveur d’une société laïque, ce qui fait que les religieux ne sont plus les bienvenus dans divers milieux ; je pense notamment aux écoles et aux hôpitaux. » Les cas de sévices sexuels très médiatisés font également pencher la balance vers l’exclusion. Après avoir tout de même fourni quelques exemples de gestes de compassion posés envers des démunis par sa communauté, le Père Proulx sert cette analyse : « Étant donné que les effectifs sont moins nombreux, je constate que les prêtres et les religieux s’impliquent davantage dans ce qui est leur est spécifique, soit dans la pastorale, la liturgie, dans le ressourcement et dans ce que j’appellerais l’accompagnement dans la quête de sens.  »

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