Plus de 800 000 suicides chaque année dans le monde

La majorité des personnes qui se suicident ont plus de 50 ans et le suicide touche deux fois plus d’hommes que de femmes, selon le rapport, le premier du genre.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir La majorité des personnes qui se suicident ont plus de 50 ans et le suicide touche deux fois plus d’hommes que de femmes, selon le rapport, le premier du genre.

Genève — Quelque 800 000 personnes se suicident chaque année dans le monde, soit une toutes les 40 secondes — ce qui est davantage que les victimes de guerre ou de catastrophes naturelles, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui juge « inacceptable » l’ampleur du phénomène.

 

La majorité des personnes qui se suicident ont plus de 50 ans et le suicide touche deux fois plus d’hommes que de femmes, selon ce rapport de l’OMS publié jeudi à Genève, le premier du genre.

 

L’Asie du sud-est est également plus touchée que le reste de la planète, à l’inverse de pays à tradition catholique comme l’Italie.

 

Quelque 1,5 million de personnes meurent chaque année de mort violente, dont 800 000 de suicide, expliquent les auteurs du rapport.

 

Ce chiffre de 800 000 est « inacceptable », car le suicide peut être « évité » par une politique de prévention, a déclaré le Dr Shekar Saxena, directeur du département de santé mentale à l’OMS, en présentant le rapport à la presse jeudi à Genève.

 

En outre, ce rapport souligne que le suicide est la 2e cause de mortalité chez les jeunes âgés de 15 à 29 ans.

 

L’absorption de pesticides, la pendaison et les armes à feu sont les méthodes de suicides les plus répandues.

 

En France, en 2012, 10 093 personnes se sont suicidées, dont 7475 hommes et 2618 femmes. Le taux de suicide est de 12,3 pour 100 000 habitants, supérieur à la moyenne mondiale de 11,4.

 

Un problème tabou

 

« Il faut agir pour répondre à un grave problème de santé publique resté trop longtemps tabou », selon la directrice générale de l’OMS Margaret Chan, qui souligne également que cet acte désespéré est « évitable ».

 

L’agence de l’ONU prône en effet une stratégie globale de prévention du suicide, car beaucoup de personnes qui ont attenté à leur vie ne reçoivent pas l’aide dont ils auraient besoin.

 

Le taux de suicide le plus élevé est en Asie du sud-est, avec un taux de suicide de 17,7 pour 100 000 habitants, supérieur à la moyenne mondiale de 11,4 pour 100 000.

 

En Europe aussi, le taux de suicide (12 %) est plus élevé que la moyenne mondiale, avec 35 000 victimes recensées.

 

Six pays européens sont parmi les 20 pays les plus touchés par ce fléau.

 

Le Bélarus avait le taux le plus élevé en Europe en 2000 (35,5 %). En 2012, ce taux a baissé à 18,3.

 

La Lituanie en 2012 avait un taux de 28,2, la Russie de 19,5, la Hongrie de 19,1, l’Ukraine de 16,8, la Pologne de 16,6, la Lettonie de 16,2, la Finlande de 14,8, et la Belgique de 14,2.

 

Dans des pays à tradition catholique comme l’Italie (4,7) et l’Espagne (5,1), les taux sont nettement plus bas.

 

Le Guyana affiche le record mondial des suicides avec un taux de 44,2, suivi par la Corée du Nord (38,5).

 

Le taux de suicide le plus bas a été relevé en Arabie saoudite (0,4).

 

Mesures préventives

 

L’objectif de la stratégie de l’OMS est de réduire de 10 % le taux de suicide dans l’ensemble des pays d’ici 2020.

 

Selon l’OMS, le suicide et ses tentatives sont encore considérés comme des actes criminels dans 25 pays dans le monde, notamment en Afrique et en Amérique Latine.

 

Ce rapport de près de 100 pages a pour but d’encourager les pays qui ont pris des mesures pour prévenir le suicide, et à placer cette question « à l’ordre du jour ».

 

Selon l’OMS, « des interventions et un traitement efficaces et opportuns, peuvent contribuer à prévenir le suicide et les tentatives de suicide ».

 

L’OMS a aussi dénoncé dans ce rapport la présentation « sensationnaliste » par les médias de suicides de personnalités célèbres.

 

Les médias, a estimé l’experte de l’OMS le Dr Alexandra Fleischmann, devraient éviter de parler de « suicide », et privilégier le terme de « perte ».

 

Le professeur Ella Arensman, présidente de l’association internationale sur la prévention du suicide, a indiqué pour sa part avoir reçu plusieurs courriels après la couverture médiatique du suicide de l’acteur Robin Williams de personnes qui avaient traversé des crises suicidaires et qui étaient en train de replonger.

 

Le rapport de l’OMS n’étudie pas la question du suicide assisté, comme la Suisse l’autorise. « C’est un phénomène trop faible sur le plan statistique pour être inclus dans l’étude », selon le Dr Saxena.

 

En Suisse, il y a eu l’an dernier 350 suicides assistés, via des organisations ad-hoc comme Dignitas et Exit. Le taux de suicide dans ce pays, hors les suicides assistés, est de 12,2 pour 100 000 habitants.

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 5 septembre 2014 09 h 27

    Aide médicale à mourir et Moins de suicides


    Avec l'aide médicale à mourir (AMAM), balisée et bien installée dans le processus de la continuité des soins, comme dans la Loi 52 québécoise, bien des vieux et des mourants n'utiliseront pas le suicide pour terminer et leur agonie et leur vie.

    Ainsi le nombre des suicides va diminuer de beaucoup, pour le mieux-être et le mieux-vivre de tous.

    Une réflexion. En Belgique, l'euthanasie n'est pas légale. Ce qui est légal, c'est de pouvoir la demander. Sous conditions très strictes elle pourra vous être accordée. Vous savez, la très grande majorité des demandes sont refusées. Par contre, grâce à cette demande, les demandeurs reçoivent les soins autres appropriés. Ainsi bien des suicides sont évités.

    Il en sera de même au Québec grâce à notre Loi concernant les soins de fin de vie (5-6-2014). Et c'est et ce sera tant mieux.

    Dernière réflexion. La terminologie AMAM est fort appropriée et cohérente avec la prévention du suicide. Parler de suicide assisté nuit à cette prévention.

    Les mourants qui demandent une aide médicale pour terminer leur agonie ne choisissent pas entre la vie et la mort, mais entre différentes façons de mourir. Jacques Pohier, La mort opportune.