Le monde de l’assurance craint une explosion des réclamations

Les géants mondiaux de l’industrie de l’appréhension s’inquiètent également des nouveaux risques que font peser sur l’activité humaine l’infonuagique.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les géants mondiaux de l’industrie de l’appréhension s’inquiètent également des nouveaux risques que font peser sur l’activité humaine l’infonuagique.

Connecté, mais aussi un peu plus risqué. Le concept de ville intelligente, actuellement très prisé par la classe politique, éveille des craintes dans le monde de l’assurance. Celui-ci estime qu’une numérisation accrue de l’activité humaine en milieu urbain risque, à court terme, de faire apparaître des failles sécuritaires et des espaces plus fragiles possiblement coûteux, autant pour l’administration publique que pour les citoyens.

 

Devant les mutations du présent, les géants mondiaux de l’industrie de l’appréhension s’inquiètent également des nouveaux risques que font peser sur l’activité humaine l’infonuagique, les caméras personnelles utilisées par les sportifs amateurs, mais également l’agriculture urbaine, la pollution de l’air en zone urbaine et les cigarettes électroniques, peut-on lire dans un rapport interne du réassureur Swiss Re, un des piliers internationaux du monde de l’assurance. Cette compagnie influente est en quelque sorte l’assureur des compagnies d’assurance.

 

Dans un document sur les risques émergents, diffusé il y a quelques jours de manière confidentielle dans ses cercles d’initiés, Swiss Re juge que dans une perspective de moins de 3 ans, les villes intelligentes vont induire des réseaux numériques potentiellement vulnérables qui pourraient entraîner des pertes, des accidents et porter atteinte à la propriété privée, peut-on lire.

 

L’accumulation de données dans des bases centralisées, la multiplication de réseaux sans fil — et des champs électromagnétiques nécessaires à leur bon fonctionnement — et la numérisation de structures jusque-là mécaniques sont également pointés du doigt comme des sources de dysfonctionnement possibles, de vol d’identité, de piratage informatique, de prise de contrôle à des fins malicieuses, qui pourraient induire des coûts et des réclamations importantes, estime la compagnie.

 

Dans le même registre, le réassureur regarde avec perplexité le développement de l’infonuagique — le cloud computing, comme disent les Anglais —, ce concept qui consiste à délocaliser les données informatiques pour les rendre accessibles en tout temps, en tout lieu et par plusieurs appareils en même temps.

 

Selon lui, cet engouement pour l’« informatique dans le nuage » expose l’humain à des risques croissants de perte de données, d’altération de données ou de piratage risquant de nuire au bon déroulement des affaires d’une entreprise ou d’une administration, en plus de l’exposer à des poursuites devant les tribunaux. Swiss Re évoque d’ailleurs les atteintes à l’image et aux finances d’une compagnie si des données personnelles sur des clients se retrouvent ainsi exposées.

 

« Ce ne sont pas des hypothèses, mais bien des analyses sérieuses des risques émergents, estime Isabelle Larouche, spécialiste du monde de l’assurance à l’École d’actuariat de l’Université Laval. Les rapports de Swiss Re sont toujours très attendus, parce qu’ils sont à la fine pointe en matière d’évaluation des nouveaux dangers à l’échelle mondiale. »

 

Outre la ville intelligente et l’infonuagique, le géant suisse de la réassurance pointe l’agriculture urbaine comme un secteur qui pourrait perturber le monde de l’assurance en amenant des maladies et des biocontaminations, d’ordinaire cantonnées dans les campagnes, dans des zones humainement densifiées, avec à la clé des menaces accrues sur la santé humaine et sur les réclamations d’assurance. Dans son rapport, la pollution de l’air dans les milieux urbains est également ciblée comme source de décès prématurés en croissance, tout comme les caméras personnelles — de type GoPro — utilisées lors de la pratique de sports et qui, en attisant le caractère casse-cou des propriétaires, peuvent accentuer des comportements à risque. La cigarette électronique, « si elle devait s’avérer aussi ou plus néfaste pour la santé que la cigarette », peut-on lire, est aussi posée dans le document comme un risque modéré d’ici un à trois ans pour le monde de l’assurance.

2 commentaires
  • Mario Grenier - Inscrit 22 août 2014 11 h 24

    De l'avantage de la GoPro pour les assureurs

    « … tout comme les caméras personnelles — de type GoPro — utilisées lors de la pratique de sports et qui, en attisant le caractère casse-cou des propriétaires, peuvent accentuer des comportements à risque. »

    Il me semble que les assureurs devraient aussi saluer la présence de ces caméras portatives qui permettent notamment de prouver la responsabilité des parties lors d’un événement, par exemple lorsqu’elle est portée par des cyclistes, non ?

  • Victoria - Inscrite 22 août 2014 12 h 17

    Aux frontières du réel

    Moi qui croyais avoir les idées sur l’oreiller en réagissant à l’article : « Les fausses alertes se multiplient - Les nouveaux appareils de… », Amélie Daoust-Boisvert | Santé, Le Devoir 21-08-2014.
    En fin de compte, j’étais assez proches des possibilités hier matin.
    Et, les assureurs ont presque toujours le gros bout du bâton.