Grabuge à l’hôtel de ville de Montréal

Des employés municipaux ont pris d’assaut l’hôtel de ville de Montréal lundi en début de soirée.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des employés municipaux ont pris d’assaut l’hôtel de ville de Montréal lundi en début de soirée.

Des centaines de syndiqués opposés à la réforme des régimes de retraite ont envahi la salle du conseil municipal de Montréal en début de soirée, lundi, semant le désordre à l’hôtel de ville. Furieux, le maire Denis Coderre a dénoncé le grabuge et promis qu’il y aurait des conséquences aux gestes commis. Mais l’attitude des policiers, qui ne seraient pas intervenus pendant le grabuge, soulève aussi de nombreuses questions.

 

Les manifestants, qui s’étaient réunis devant l’hôtel de ville vers 18h30, sont entrés par centaines dans l’édifice pour se diriger dans le hall d’honneur et forcer la porte de la salle du conseil. Les gardes de sécurité ont été rapidement débordés et n’ont pu les empêcher d’investir les lieux.

 

Brandissant une banderole sur laquelle on pouvait lire « Coderre voleur », les manifestants ont bruyamment occupé les lieux. D’autres syndiqués sont montés sur les mezzanines, faisant voler des feuilles de papier dans toute la salle. En voulant prendre possession de ses objets personnels dans son pupitre, le conseiller de Projet Montréal Marc-André Gadoury aurait été bousculé par des manifestants.

 

Où sont les policiers ?

 

Les manifestants ont finalement évacué la salle, laissant les lieux sens dessus dessous avec des papiers épars sur le plancher et les pupitres des élus.

 

Le président du conseil, Frantz Benjamin, a indiqué au Devoir qu’après avoir entendu des rumeurs sur la possibilité d’une manifestation surprise, l’administration avait demandé la présence de policiers. Mais selon M. Benjamin, ceux-ci ne seraient pas intervenus le moment venu. « C’est honteux », a-t-il dit.

 

Le conseil municipal, qui avait débuté son assemblée mensuelle à 14 h, avait interrompu ses travaux pour la pause du souper lorsque ces événements sont survenus. Les élus ont tenu à poursuivre l’assemblée malgré le désordre qui régnait encore dans la salle du conseil après le départ des manifestants. À la reprise des travaux, le maire Coderre a parlé de gestes « inacceptables » des syndiqués : « Jamais, au grand jamais, je vais laisser qui que ce soit nous intimider pour faire notre travail », a-t-il lancé.

 

Plus tard en soirée, le maire a qualifié de « sauvage » le comportement des manifestants. « Ils lançaient des verres. C’est un méfait ça. Il y a des conseillères qui ont reçu des verres qu’ils lançaient d’en haut », a-t-il relaté.

 

À un certain moment, des conseillers ont voulu se réfugier dans son bureau, mais les syndiqués ont tenté d’y pénétrer, cassant des carreaux de fenêtres, a-t-il expliqué. « Ce n’est pas rien. On n’a pas juste attaqué le maire. On a attaqué l’institution. On a attaqué l’Hôtel de ville. On a attaqué les élus, a-t-il martelé. Ce soir, c’est un accroc majeur à la démocratie. »

 

Questionné sur l’attitude des policiers, qui ne seraient pas intervenus pendant le grabuge, et sur le fait que ce sont d’autres policiers montréalais qui enquêteront sur l’affaire, le maire a répondu que les journalistes devront poser leurs questions au directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, qui doit faire le point mardi matin.

 

De son côté, le chef de l’opposition, Richard Bergeron, s’est dit « outré » par le comportement des syndiqués. « Ce soir [lundi soir], ils viennent de perdre énormément, s’il leur restait de l’estime et du support de la population. Malheureusement, ce capital de sympathie vient de fondre à vue d’oeil. C’est totalement contre-productif comme manière de manifester », a-t-il déclaré.

 

« Je suis solidaire du maire. J’invite les syndicats à ne pas hyperpersonnaliser cette bataille sur la personne de Denis Coderre. J’espère qu’à partir de maintenant, nous serons beaucoup plus posés […] et que nous saurons nous asseoir autour d’une table de négociation. »

 

Ce coup d’éclat est survenu à deux jours du début de la commission parlementaire qui se penchera sur le projet de loi 3 à compter de mercredi. Rappelons que la réforme des régimes de retraite du gouvernement Couillard prévoit notamment un partage égal des coûts et des déficits des régimes de retraite des employés municipaux.

 

Le porte-parole de la Coalition syndicale pour la libre négociation, Marc Ranger, a tenté de dissocier son organisation de la manifestation. « Ce n’était pas une activité de la Coalition », a-t-il affirmé au Devoir lundi soir.

 

Il a admis que la manifestation avait « dérapé ».« Des actions comme ça, ça ne nous aide pas, a-t-il convenu. On a un dossier complexe et, dernièrement, j’avais constaté qu’on parlait davantage du fond du dossier. On ne peut pas avoir de dérapage. Je vais lancer un appel au calme. »

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