Bombardier menace de déménager certaines activités

Si la situation perdure, Bombardier n’écarte pas la possibilité de déménager une partie de ses activités, notamment le secteur de la recherche et du développement, à l’extérieur du Québec.
Photo: Clément Sabourin Agence France-Presse Si la situation perdure, Bombardier n’écarte pas la possibilité de déménager une partie de ses activités, notamment le secteur de la recherche et du développement, à l’extérieur du Québec.

La décision de l’Ordre des ingénieurs du Québec d’accuser une vingtaine d’employés de Bombardier de s’être fait passer pour des ingénieurs sans en avoir le droit suscite l’émoi dans l’industrie aéronautique : l’avionneur ira devant les tribunaux, et il n’écarte pas la possibilité de déménager hors Québec certaines de ses activités.

 

Lundi, l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) a accusé 24 employés de Bombardier « d’avoir posé des actes d’ingénieurs » sans en avoir le droit, et a affirmé que trois autres personnes employées par la firme ont « usurpé » le titre d’ingénieur. Des accusations ont aussi été déposées contre Bombardier, qui aurait encouragé ces actes.

 

Ces décisions ont soulevé l’ire de la compagnie, qui déplore que l’OIQ ait amené ce débat « sur la place publique ». « Nous allons plaider non coupable, nous allons les défendre, et nous allons contester », dit Isabelle Gauthier, porte-parole de Bombardier, en entrevue téléphonique avec Le Devoir.

 

Bombardier dit que les employés visés par l’OIQ sont bel et bien des ingénieurs, même s’ils ne sont pas membres de l’OIQ. D’ailleurs, ils n’ont pas à en être membres, soutient Mme Gauthier. « Les pratiques de l’industrie de l’aéronautique sont régies par une loi qui est au niveau fédéral », et aux yeux de Transports Canada, ces employés sont des ingénieurs, affirme-t-elle. Transports Canada n’a pas réagi pour le moment.

 

La décision de l’OIQ surprend Bombardier, qui assure que la situation va avoir des conséquences dans toute l’industrie aéronautique, qui emploie des milliers de personnes au Québec. « On ne peut pas laisser ça sous silence, c’est gros, ce qui se passe […] Tous les grands joueurs de l’industrie aéronautique se retrouvent dans la même situation », explique-t-elle. Si la situation perdure, Bombardier n’écarte pas la possibilité de déménager, peut-être, une partie de ses activités, notamment le secteur de la recherche et du développement, à l’extérieur du Québec. « C’est une option parmi d’autres, mais ce n’est pas un premier choix », dit-elle.

 

Aéro Montréal

 

Aéro Montréal, qui représente l’industrie aérospatiale, a d’ailleurs réagi mardi, expliquant que le secteur était ébranlé par la décision de l’OIQ. « On a des spécialistes, des délégués d’approbation de conception, qui sont certifiés par Transports Canada, qui vont à leur tour certifier tout ce qui est fabriqué, tout ce qui est conception et design, dans le secteur aéronautique. […] On n’est pas régis par l’Ordre des ingénieurs, on est régis par Transports Canada », dit Suzanne Benoît, présidente et directrice générale de l’organisme. Par ailleurs, l’industrie aéronautique est fortement mondialisée, et des ingénieurs de partout dans le monde travaillent sur les projets d’avion au Québec, dit Mme Benoît. Ils ne peuvent tous devenir membres de l’OIQ.

 

Toutefois, la problématique n’est pas nouvelle. L’OIQ et l’industrie aéronautique ont même mis en place un comité pour tenter d’arriver à un accord. « Ça fait 18 mois qu’on parle avec l’Ordre des ingénieurs. […] On va trouver des accommodements », dit-elle. Aéro Montréal craint que d’autres constats d’infraction ne soient distribués par l’OIQ à d’autres entreprises du secteur dans un futur proche.

 

L’Ordre assure qu’il n’a pas dans sa ligne de mire d’autres entreprises aérospatiales.

Nous allons plaider non coupable, nous allons les défendre, et nous allons contester

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