Les Rédemptoristes devront payer 20 millions à leurs victimes

En vertu de l'entente entre les deux parties, les pères rédemptoristes renoncent aussi à invoquer le délai de prescription comme moyen de défense.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir En vertu de l'entente entre les deux parties, les pères rédemptoristes renoncent aussi à invoquer le délai de prescription comme moyen de défense.

Après quatre années de bataille judiciaire, la congrégation des pères rédemptoristes versera 20 millions de dollars aux anciens élèves du Séminaire Saint-Alphonse, qui ont été victimes de sévices sexuels lors de leur séjour. Le montant record au Québec mettra à mal financièrement la congrégation, qui devra mettre fin à sa présence en Haïti.

Le montant est important: les avocats des deux parties se sont dits satisfaits de l’entente qui est survenue littéralement quelques minutes avant la date d’échéance fixée par le juge pour porter la cause en appel. Mais c’est une victoire amère pour Frank Tremblay, qui a été agressé sexuellement à plus de 80 reprises par le prêtre Raymond-Marie Lavoie alors qu’il n’avait que 13 ans. « On était des enfants dans ce temps-là, pour moi, il n’y a pas de prix pour ça », estime-t-il.

Le recours collectif a été lancé en 2010. Il visait tous les élèves du Séminaire Saint-Alphonse, à Sainte-Anne-de-Beaupré, ayant été victimes de sévices sexuels infligés par l’un des prêtres membres de la congrégation catholique des rédemptoristes entre 1960 et 1987. M. Tremblay estime qu’une entente aurait pu survenir dès 2010. « Ils se sont protégés entre eux », dit-il.

Pour l’avocat des victimes, Robert Kugler, la décision va créer un précédent. « Le montant de 20 millions de dollars est le montant le plus important jamais payé au Québec dans le cadre d’un recours collectif lié à des agressions sexuelles », explique-t-il.

Le 11 juillet dernier, un jugement de la Cour supérieure du Québec avait décrété que les Rédemptoristes devaient verser un dédommagement pouvant atteindre jusqu’à 150 000 $ par victime, au terme du tout premier recours collectif autorisé contre une congrégation religieuse dans la province. Me Kugler a aussi spécifié qu’en vertu de l’entente entre les deux parties, les pères rédemptoristes renoncent à invoquer le délai de prescription comme moyen de défense.

L’entente servira de jurisprudence dans d’autres causes similaires au Québec, assure un autre des avocats des victimes, Pierre Boivin. Il espère que l’entente l’aidera dans une autre cause qu’il défend, et qui oppose d’anciens pensionnaires de l’Institut des sourds et muets de Montréal disant avoir été membres de la Congrégation des clercs de Saint-Viateur de Montréal entre 1967 et 1982.

La version définitive de l’entente n’a pas encore été rédigée, et un juge de la Cour supérieure du Québec doit encore l’approuver. Mais une chose est certaine : la congrégation, qui mène des projets humanitaires dans plusieurs pays, va subir un très dur coup financier, dit l’avocat Pierre Baribeau, qui la défend.

Gestion délicate

La congrégation ne sera pas acculée à la ruine, dit M. Baribeau, mais sa gestion financière de la congrégation sera désormais « délicate et serrée ». Il apparaît clair que les Rédemptoristes devront mettre un terme à leur présence humanitaire en Haïti, afin de pouvoir utiliser ces fonds pour rembourser les victimes. D’autres projets pourraient être concernés, dit M. Baribeau, qui estime que cette vaste congrégation, qui vient en aide à de nombreuses personnes démunies dans le monde, va devoir payer pour les mauvaises actions d’une poignée de ses membres. M. Baribeau estime que les pères ont voulu trouver une entente pour éviter des souffrances supplémentaires aux victimes, même si cela veut dire que la congrégation va devoir faire de nombreux sacrifices financiers.

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