Bourassa a fait preuve d’un certain courage, dit Landry

Camille Laurin
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Camille Laurin

L’ancien premier ministre Bernard Landry se souvient : il y a 40 ans, presque jour pour jour, le français est devenu la seule langue officielle de la province, sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Si M. Landry juge que le premier ministre de l’époque « aurait pu en faire plus » pour protéger la langue française, il lui attribue un certain mérite, admettant que le projet de loi 22 est venu jeter les bases de la Charte de la langue française.

 

Le 31 juillet 1974

 

Se remémorant la journée du 31 juillet 1974, où la langue française a été déclarée patrimoine national de l’État québécois, l’ex-chef péquiste estime qu’« il faut profiter de cette date pour se rappeler l’important virage psychologique qu’a pris le gouvernement de Bourassa ».

 

Durant cette période, le débat sur la langue française faisait rage, rappelle M. Landry. Tiraillé entre l’opposition de la communauté anglophone, qui voulait préserver ses droits, et les francophones, qui réclamaient plus de reconnaissance, M. Bourassa a finalement tranché pour que le français devienne la seule langue officielle. Le Parti libéral a fait preuve « d’un certain courage » avec cette mesure législative, qui a joué un rôle dans sa défaite électorale deux ans plus tard, estime M. Landry, en entrevue au Devoir.

 

Les souverainistes n’ont pas trouvé que la loi allait assez loin, poursuit M. Landry. « M. Bourassa n’a pas voulu s’attaquer à la question d’obliger les immigrants à aller à l’école française… Ils choisissaient presque tous des établissements anglophones, créant une érosion démographique du français qui nous aurait rapidement mis hors de combat. Heureusement, on a pu changer les choses avec la loi 101. » Trois ans plus tard, sous le gouvernement de René Lévesque, le ministre Camille Laurin a guidé l’adoption de la loi 101, aussi dénommée Charte de la langue française.

  

Les apports de la loi 22

 

Pour l’Office québécois de la langue française (OQLF), la loi 22 constitue une étape importante de l’histoire, puisqu’elle a notamment imposé l’adoption de la langue française par l’administration publique. Le français est aussi devenu la seule langue officielle des affaires, la langue parlée dans les entreprises, la langue d’enseignement officielle. « La loi 22 est un chapitre important de la protection de notre langue, elle a contribué à changer des fonctionnements-clés de notre société », explique Jean-Pierre Le Blanc, porte-parole de l’OQLF.

 

À Québec, le premier ministre libéral, Philippe Couillard, s’est pour sa part engagé à poursuivre la protection de la langue française. « Notre gouvernement se fera un devoir quotidien de protéger et de promouvoir la langue française, en mettant un accent particulier sur sa valorisation », a-t-il déclaré mercredi.

 

Le Parti québécois a plutôt exprimé ses craintes d’assister à un recul de la défense du français au Québec. Le porte-parole de l’opposition en matière de langue française, Maka Kotto, a déploré que la nouvelle ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, ne semble afficher aucune volonté de mettre en oeuvre une réforme de la Charte de la langue française.

5 commentaires
  • Céline A. Massicotte - Inscrite 1 août 2014 09 h 06

    Félicitation à Bernard Landry pour cette absence de partisannerie

    Pour moi, cette capacité est l'un des pilier de ce qu'on appelle faire de la politique autrement, sans arriver jamais à la définir, et donc à y parvenir.

    Voilà pour Landry, mais qu'en était-il de Bourassa? Difficile à dire... Une chose est sûre il ne pouvait sûrement pas croire qu'une telle décision plairait aux anglophones et allophones qui, en bonne partie, constituait la base de l'électorat du PLQ; par contre, il pouvait croire qu'une telle décision irait chercher une bonne part de l'électorat francophone, voire indépendantiste, et là il s'est gouré. On ne le saura jamais, mais en tout cas on ne peut rien lui reprocher à cet égard.

    Pour revenir à Landry, je ne sais pas mais... s'ennuie-t-il de la politique? Il s'est prononcer pour la profession de foi de Péladeau pour l'indépendance, contre la charte de nos prétendu valeurs, pour l'adoption du discours de Beaulieu (deuxième mouture?) par le P. q., et là... il revient pour honorer en quelque sorte la mémoire de Bourassa en ce qui concernait l'avenir de la langue française, en fin de course. À suivre?

    • Jacques Pruneau - Inscrit 1 août 2014 20 h 08

      Absence de partisanerie, je n'irais pas jusque là. Mais absence de mémoire, certainement. La Loi 22 était contestée de toutes parts (anglophones) et le gouvernement Bourassa payait les frais.

      On n'a pas touché au vrai problème: le libre choix de la langue dans les écoles. Bourassa, en bon Bourassa qu'il était, jouait sur tous les tableaux mais ne réglait rien.

      Je pense que M. Landry s'ennuie non pas de la politique, mais de dire son mot sur tout et rien. Ce qui est son droit, bien entendu.

  • Jacques Houpert - Abonné 1 août 2014 11 h 39

    Bon prince, monsieur Landry

    C'est vrai qu'il a fallu à Robert Bourassa un "certain" courage pour faire adopter sa loi 22.

    Mais d'où lui venait ce courage ? À son corps défendant, il cédait à la pression de la rue et du PQ. Il lâchait un peu de lest. Mais pas assez pour satisfaire un électorat qui le lui a fait savoir en portant le PQ au pouvoir en 1976.

    Un an plus tard, en 1977, Camille Laurin donnait aux Québécois ce que Robert Bourassa leur avait refusé: la loi 101. Une loi protectrice, salvatrice, libératrice. Une loi fondatrice.

    Les députés libéraux votèrent unanimement le rejet de la loi 101. Par la suite, ils l'ont protégée avec toute la mollesse et l'ambiguïté dont M. Couillard continue de faire preuve aujourd'hui .

    Si, aujourd'hui, Mme David vante le mérite de la loi 22 et du Parti Libéral qui auraient ouvert la porte à la loi 101 que dira-t-elle dans trois ans quand le Québec célébrera la promulgation de la loi 101 ? Que les libéraux ont ouvert une porte qu'ils ont vérouillée par la suite ?

    JH

    • J-F Garneau - Abonné 1 août 2014 16 h 12

      Vous êtes moins "bon prince" que monsieur Landry.
      Rappelons-nous que Bourassa a imposé le baillon, puisque le PQ faisait du "blocage" systematique. Claude Charron déclarait à l'époque vouloir utiliser "tous les moyens de procédures utilisables" pour empêcher l'adoption du projet de loi! Pourquoi? Parce que cela enlevait au PQ la "propriété" du dossier linguistique. De la petite politique. La loi 22 avait le potentiel d'être un coup dur pour le PQ en prouvant qu'on peut vivre au Québec en français sans la séparation. En parlant de mollesse.

  • Donald Bordeleau - Abonné 2 août 2014 00 h 51

    Voeu de Bourassa et action avec la loi 101.

    Mes enfants maîtrise le français et l'anglais.

    Ils sont le produit de l'école en français du quartier.

    Présentement les programmes existent dans nos écoles pour bien apprendre les deux langues.

    C'est une responsabilité des parents à voir à l'apprentissage de leurs enfants. Pas besoin de cours d'anglais au primaire, les enfants aujourd'hui sont en avance sur nos génération.