Les chrétiens cibles d’un «harcèlement croissant»

Des propriétés détruites ou saisies, une jeune femme condamnée à mort pour apostasie : selon le chef du Conseil des églises soudanaises, la minorité chrétienne du pays fait face à un harcèlement croissant de la part des autorités islamistes.

 

Kori Elramla Kori Kuku, secrétaire général du Conseil des églises soudanaises, estime que sa communauté a été fragilisée par l’indépendance du Soudan du Sud en 2011 et le départ des chrétiens vers ce nouveau pays où les chrétiens et animistes sont majoritaires.

 

La condamnation à mort pour apostasie prononcée en mai contre une Soudanaise chrétienne, Meriam Yahia Ibrahim Ishag, a mis en lumière les entraves à la liberté religieuse dans le pays tenu depuis 25 ans par un régime islamiste. La jeune mère de famille, qui avait trouvé refuge à l’ambassade américaine après l’annulation de sa peine par une cour d’appel, a été accueillie jeudi en Italie.

 

En trois ans, « les choses ont complètement changé, nous sommes privés de la liberté dont nous jouissions », a assuré M. Kuku dans un entretien cette semaine à l’AFP.

 

L’instance qu’il dirige inclut plus d’une dizaine de confessions, dont des catholiques et des coptes, et pour tous, la situation est « très mauvaise », explique-t-il.

 

Il cite ainsi un article de presse affirmant que le ministère des Affaires religieuses n’autoriserait plus la construction de nouvelles églises compte tenu du départ de la plupart des chrétiens vers le sud.

 

Un haut responsable du parti au pouvoir, Rabbie Abdelatti Ebaid, a cependant assuré ne pas avoir eu connaissance d’une telle décision.

 

Dans les faits, M. Kuku assure que les églises sont déjà dans le viseur des autorités.

 

Selon lui, une église du nord de la capitale a été détruite par des bulldozers au motif qu’elle ne disposait pas de titres de propriété. Et un bâtiment hébergeant une autre église dans le centre de Khartoum a été saisi par les autorités.

 

Des agents de la sécurité ont aussi interrompu, selon lui, un groupe de discussions réunissant des chrétiens et musulmans venus du Darfour, du Nil-Bleu et du Kordofan-Sud — des régions en proie aux violences.

 

Selon M. Kuku, les agents sont intervenus peu après le début de l’atelier marqué par des lectures de passages de la Bible et du Coran.« Personne n’a été forcé » à lire où à écouter, s’exclame-t-il, « je ne vois pas ce qu’il y a de mal à lire la Bible ».

 

Selon Christian Solidarity Worldwide, une ONG basée en Grande-Bretagne qui défend la liberté religieuse, les expulsions, confiscations, destructions de propriétés de l’Eglise et autres actes antichrétiens ont augmenté depuis décembre 2012.

 

« Nous avons le sentiment que nos droits ne sont pas respectés », même si la Constitution garantit la liberté de culte, explique M. Kuku au siège du Conseil des églises, un petit bâtiment qui ne se distingue que pas une petite croix dans la ferronnerie au-dessus de la porte.

 

Le chef du Conseil reconnaît que les cérémonies religieuses continuent de se dérouler sans entraves, mais en présence d’agents de sécurité chargés de surveiller les offices.

 

Bien qu’il n’y ait pas de données précises sur le nombre de chrétiens restés au Soudan, M. Ebaid, membre du parti du Congrès national du président Omar el-Béchir, assure que ces derniers ont « un poids économique, un poids intellectuel » et que « leurs opinions sont respectées ». Ils ne sont « pas à la marge » de la société, insiste ce haut responsable.

 

M. Béchir a de son côté récemment assuré que son pays était un « modèle de stimulation de la tolérance religieuse », selon les médias officiels. « Je suis conscient que nous sommes une minorité. Mais nous avons le droit, en tant que citoyens soudanais, de pratiquer notre foi, de construire des églises et d’exercer notre liberté religieuse », revendique M. Kuku.

 

« Nous n’entravons pas leurs prières à Dieu. Pourquoi entraveraient-ils les nôtres », remarque-t-il.


 
4 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 28 juillet 2014 02 h 43

    Rien de comparable avec ici

    Quand le projet de Charte a été mis sur la place publique, certains, plusieurs même ont crié à l'islamophobie, au racisme, à la xénophobie etc...

    Pourtant rien de comparable avec ce qui se passe dans ces pays n'est concevable ou observable ici...

    Et quand on voit ce qui se passe là-bas, on peut penser qu'il faudra bien un jour ou l'autre que la Charte soit remise sur la place publique, et adoptée.

    Oui, la laïcité est le seul moyen d'éviter les dérives sectaires et d'assurer une égalité réelle entre tous les citoyens.

    N'en déplaise aux bien-pensants.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 28 juillet 2014 13 h 02

      Effectivement ! Quand religion n'est plus synonyme de paix, mais de conflits, nous nous devons de la contrôler !

  • Isabelle Guillemette-Bilodeau - Inscrite 28 juillet 2014 07 h 17

    Briser le silence

    Je suis heureuse que Le Devoir publie cet article. La persécution des chrétiens est un sujet très préoccupant mais jusqu'à cette année, j'avais l'impression que les médias occidentaux ne s'en souciaient pas tellement. Ce n'est pourtant pas d'hier que des chrétiens sont victimes de violence à cause de leur appartenance religieuse. Par contre, je trouve dommage qu'il faille que cette violence atteigne des sommets pour qu'on brise enfin le silence.

  • gabrielle rochon - Inscrite 28 juillet 2014 08 h 53

    La christianophobie

    S'étand comme la peste. Partout dans le moonde on retrouve ce phénomène. La tolérance est très grande à ce niveau et rare sont les dénonciations de cet état de chose.

    Ce qui se passe présentement est le côté violent de cette persécution, elle a aussi une autre facette, celle moins violente en apparence mais tout aussi ravageuse.

    On ne compte plus, les représentations, pièces, chants etc.. qui usent de d'outrages envers la foi chrétienne, ça passe bien, on les drapent du mot : art.