La communauté burkinabée réunie dans le deuil

Plus de 60 personnes se sont regroupées vendredi soir au parc Marie-Victorin, à Longueuil, pour tenir une vigile à la chandelle en mémoire des victimes.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Plus de 60 personnes se sont regroupées vendredi soir au parc Marie-Victorin, à Longueuil, pour tenir une vigile à la chandelle en mémoire des victimes.

C’est par dizaines que les Burkinabés ont afflué vendredi à Longueuil, vers le petit appartement de Rita Sanhouidi, dont l’époux, Wilfried Somda, a tragiquement péri dans l’écrasement du vol d’Air Algérie au Mali. Au lendemain du drame, qui a coûté la vie à 116 passagers, dont 12 Québécois — 11 d’origine burkinabée —, la communauté s’est rapidement mobilisée.

 

« C’est tellement horrible, tout ce qui compte c’est qu’on se soutienne et qu’on reste forts pour Rita et ses enfants », témoigne Bernard Guigemdé, un ami d’enfance de Wilfried Somda venu tenir compagnie à Mme Sanhouidi. Il peine encore à croire que son ami, qui était d’ailleurs père d’une petite fille de trois ans, ne reviendra pas. « Il m’avait laissé ses clés de voiture, je devais aller le chercher à l’aéroport », dit-il en fixant le vide. Le plus ébranlant, selon lui, c’est que la femme de Wilfried doit accoucher d’un moment à l’autre d’un petit garçon.

 

Encore sous le choc de la terrible annonce, Mme Sanhouidi n’a pas voulu accorder d’entrevue au Devoir. En plus de la mort de son époux, la dame a aussi perdu toute la famille qu’elle avait au pays, soit le frère de Wilfried, Winmalo Somda, ainsi que sa femme et leurs deux enfants. « Elle est vraiment démolie, on est là pour elle, mais il serait bien qu’elle puisse avoir de l’aide de professionnels », observe Catherine Koudogbo, qui connaissait aussi Wilfried depuis l’enfance.

 

L’une des amies de Mme Sanhouidi, Tania Alfaro, se dit touchée par l’élan de solidarité de la communauté. « Tous les collègues de Wilfried, ses amis, mais aussi des connaissances éloignées… tout le monde est venu voir Rita, lui offrir de la nourriture, de l’argent, du réconfort », raconte-t-elle. Le va-et-vient était effectivement constant lorsque Le Devoir s’est rendu au domicile de la famille Somda, vendredi. « Je ne connaissais pas beaucoup cette famille, mais je suis de tout coeur avec eux, je suis venu offrir mon aide », explique Mahamoudou Sawadogo.

 

Plusieurs familles décimées

 

Les 12 victimes, dont la destination finale était le Québec, y vivaient ou s’apprêtaient à s’y installer, selon les informations de l’Association des Burkinabés du Grand Montréal.

 

Une mère de famille de Sherbrooke, Isabelle Prévost, est au nombre des victimes de la tragédie. Son conjoint, Danny Frappier, a confirmé qu’elle avait pris place dans l’appareil qui s’est écrasé au Mali jeudi matin. La femme âgée de 35 ans, qui avait trois enfants de cinq, sept et neuf ans, était en vacances en Afrique.

 

La tragédie a aussi durement touché Mamadou Zoungrana, technologue au Centre de santé et de services sociaux de Papineau, en Outaouais. Il a perdu son épouse et leurs deux enfants dans la tragédie. Nouvellement résidents permanents, ils étaient sur le point de venir s’établir au Québec.

 

À Québec, Martine Sandwidi Bikyenga laisse dans le deuil son fils Moïse. Les deux derniers détenteurs de la résidence permanente qui ont péri dans l’accident, Aboubacar Yameogo et sa mère, Kadidia Kouanda, avaient aussi mis le cap sur le Québec pour s’y installer.

 

Une cérémonie de commémoration

 

Plus de 60 personnes se sont regroupées vendredi soir au parc Marie-Victorin, à Longueuil, non loin de la résidence de la famille Somda. Priant, chantant et posant des lampions sur l’eau — symbole de vie pour les Burkinabés —, les individus ont voulu manifester leur soutien aux proches des victimes.

 

« Nous avons spontanément organisé ce rassemblement, je crois que nous sentions le besoin de nous regrouper, de vivre collectivement ce deuil », explique Mahamadi Savadogo, le président l’Association des Burkinabés du Grand Montréal. Ce dernier, qui s’entretient depuis jeudi avec les proches des victimes, avoue être saisi d’un sentiment d’impuissance face à un tel drame.

 

Malgré tout, ce dernier et son équipe ont mis sur pied une campagne de financement, invitant la population à se rendre sur le site Internet de l’Association des Burkinabés du Grand Montréal pour savoir comment contribuer. « Oui, il y a une onde de choc qui traverse la communauté, mais il faut profiter de ce moment pour aider les familles qui veulent se rendre au Mali ou encore contribuer aux coûts liés aux services funèbres », soutient-il.

1 commentaire
  • Jacques Moreau - Inscrit 27 juillet 2014 16 h 24

    Perte de support financier, et social

    Ce qui le plus triste pour certaine personne est qu'il m'apparait qu'une famille autant au Canada, qu'au Burkina Faso, perd un parent de jeunes enfants, qui ont bien besoin de leur 2 parents à cet âge. Plus difficle encore pour celle qui reste au Canada avec des amis et connaissance canadiennes en lieu de support famillial. Pour le reste c'est comme pour tout autre accident d'avions, ca fait beaucoup de victimes d'un coup, et ca frappe un groupe plus que d'autre.